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412. Les équi­va­lents français du prétérit finnois

1. Généralités

Comme expliqué p. 409 à p. 411, le français uti­li­se pour la narration du passé deux temps dif­férents (passé simple et passé composé) là où le finnois n’en a qu’un seul, le prétérit. Cette par­ti­cu­la­rité du français ne se retrouve pas telle quelle dans les autres langues romanes, encore que l’italien uti­li­se assez fréquemment le passato prossimo équi­va­lent du passé composé français pour la narration, mais sans que cela cor­res­ponde exactement à l’usage du français. Les dif­fi­cul­tés que pose cette équ­iva­lence ne sont pas l’ex­clu­si­vi­té des fin­no­pho­nes : anglais, allemand, suédois, néerlandais, espagnol et mê­me italien ne sont que quel­ques exem­ples de langues dont les locuteurs sont confrontés aux mê­mes problèmes.

Le prétérit finnois (imperfekti) exprime éga­le­ment le passé non achevé, l’équi­va­lent de l’imparfait français. L’imperfekti finnois peut ainsi correspondre à trois temps différents en français :

imperfekti = imparfait, passé simple, passé composé.

2. Le temps de la narration du passé

L’une des fonctions du prétérit finnois est de servir de temps de la narration du passé. Il peut dans ce cas être rendu en français soit par le passé simple soit par le passé composé, selon des règles qui sont simples (alors qu’en italien et en espagnol l’opposition entre temps passé narratif simple et composé est nettement moins facile à cerner) : le passé simple est le temps uti­li­sé dans le récit, le passé composé est le temps uti­li­sé dans la deixis, le discours (p. 501). Conséquences :

A. Dans la narration de la langue parlée, on uti­li­se exclusivement le passé composé.

B. Le passé simple s’uti­li­se en français moderne courant exclusivement à l’écrit. Il peut être employé oc­ca­sion­nel­lement à l’oral, comme temps « solennel » imitant la lan­gue écrite [1]. En outre, dans la langue parlée, on uti­li­se parfois le passé simple par plaisanterie (précisément pour imiter le « beau langage », mais en donnant une tournure comique ou ironique au propos), par exem­ple Que décidâtes-vous ? Cet emploi plaisant du passé simple se retrouve dans certaines expressions ironiques pratiquement de­ve­nues figées ou en voie de figement, notamment :

Ce fut dur ! Olipa homma!
Ce fut long ! Kylläpä kesti!

En revanche, le passé simple n’est plus uti­li­sé « régionalement » dans le sud de la France, comme l’af­fir­ment certaines grammaires [2].

C. Il est impossible d’uti­li­ser le passé simple, qui est un temps du récit, avec des déictiques comme hier, il y a deux jours etc., qui sont des marques de l'énonciation de discours (p. 501). Une phrase comme *il le fit hier est agrammaticale en français moderne. Il n’empêche qu’on en trouve fréquemment des exem­ples dans la presse écrite, par hypercorrectisme (p. 583). On assiste mê­me à une sorte de re­nou­veau du passé simple.

D. Le prétérit finnois peut aussi exprimer le non évènementiel, donc le présent du passé exprimé en français par l’imparfait, voir p. 410.

3. Recommandations

L’étudiant de français fin­no­pho­ne n’a pas tellement à se poser de questions au niveau de la per­for­man­ce orale ou écrite, car dans le récit de l’oral, c’est avant tout le passé composé qui est privilégié, les situations requérant un passé simple étant pour l’étudiant FLE assez improbables (« artificielles ») : rédaction d’un roman en français, ou d’une œuvre historique, etc. Le reste : rapport de conférence, lettre, etc., mémoire de master, thèse, requiert en principe le passé composé. Dans un écrit de grande envergure (thèse), on peut cependant rencontrer des cas dans lesquels on peut employer le passé simple, par exem­ple en évo­quant la biographie d’un auteur, l’évolution d’une théorie, etc. (voi aussi p. 413).