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414. Le plus-que-parfait

1. Le passé composé du passé

Le plus-que-parfait est formé de l’imparfait de l’auxiliaire et du participe passé. Le plus-que-parfait français correspond en gros à son équi­va­lent finnois. Tout comme l’imparfait est le présent du passé (p. 410 §1), le plus-que-parfait, qui est formé avec l’imparfait de l’auxiliaire et du participe passé, peut être décrit comme un passé composé (exprimant l’achevé) dans le récit au passé. On y retrouve toutes les valeurs (non intrinsèques mais qui découlent de la situation) du présent, de l’imparfait et du passé composé : habitude, itération, achèvement, etc. Soient d’abord ces exem­ples avec le présent et le passé composé (présent de l’auxiliaire et participe passé) :

Quand je ne comprends pas quelque chose, je vais voir Jean.
Quand je n’ai pas compris quelque chose, je vais voir Jean.

Dans la première phrase, le présent exprime l’habitude, mais aussi un processus en cours : le locuteur se rend compte qu’il est train de ne plus comprendre, et va s’informer. Dans la deuxième phrase, le passé composé introduit une nuance d’achevé : une fois que le locuteur, malgré ses efforts, se rend compte qu’il n’a pas compris (ou ne pourra pas comprendre), il va s’informer. Là aussi, cette phrase marque, en plus, l’habitude.

Transposés dans un récit au passé, le présent comprends et le présent de l’auxiliaire (du passé composé) ai deviennent des imparfaits :

Quand je ne comprenais pas quelque chose, j’allais voir Jean.
Quand je n’avais pas compris quelque chose, j’allais voir Jean.

2. Temps relatif du passé

Le plus-que-parfait marque ainsi l’antériorité d’un état de fait par rapport à un évènement passé ou à un état de fait passé. Les verbes de l’exem­ple p. 409 §2 transposés au plus-que-parfait établissent un arrière-plan temporel à une action passée. Les verbes à caractère évènementiel sont présentés comme réalisés et décrivent ainsi des états de faits antérieurs à l’évènement qui est présenté (annonça, qui ne figure pas dans l’extrait au passé composé, mais a été rajouté dans le récit pour les besoins de la démonstration) :

De bon matin, nous sommes partis en bus pour une visite de la route en longeant le lac Léman jusqu’à Montreux. Nous avons découvert des petits villages pittoresques. L’après-midi, nous sommes allés en train aux Pléiades. Après un bon bol d’air, nous avons été conviés à un apéritif au bâtiment forestier de la commune. La journée s’est terminée sur un bon repas offert par l’association. [adapté d’un blog suisse]

De bon matin, nous étions partis en bus pour une visite de la route en longeant le lac Léman jusqu’à Montreux. Nous avions découvert des petits villages pittoresques. L’après-midi, nous étions allés en train aux Pléiades. Après un bon bol d’air, nous avions été conviés à un apéritif au bâtiment forestier de la commune. La journée s’était terminée sur un bon repas offert par l’association. Et soudain, la radio annonça que la voie de chemin avait été coupée par un important éboulement de pierres, ce qui rendait notre retour impossible.

Exactement comme l’imparfait, dont il est la forme composée, le plus-que-parfait est un temps relatif : il implique obligatoirement l’existence (mê­me implicite) d’un verbe narratif au passé. Dans le deuxième groupe d’exem­ples de la p. 409 §2, une fois transposées au plus-que-parfait, les actions passées dont les conséquences durent encore sont présentées comme un état de fait antérieur à une action qui s’est pro­dui­te :

L’Union européenne a établi une nouvelle stabilité en Europe.
L’union européenne avait établi une nouvelle stabilité en Europe.
[sous-entendu par exem­ple : puis il y a eu un changement].

La découverte de ce médicament a permis de prolonger notablement la vie des patients.
La découverte de ce médicament avait permis de prolonger notablement la vie des patients.
[sous-entendu par exem­ple : puis on a découvert quelque chose de plus efficace encore].

3. Usage fréquent en français

En français, le plus-que-parfait s’uti­li­se nettement plus fréquemment à l’oral qu’en finnois. En relatant un petit évènement, on place « le décor » avec des plus-que-parfaits :

Hier, j’étais allé faire des courses et il m’avait semblé avoir emporté la liste des trucs à acheter, mais finalement je l’avais oubliée, alors j’ai dû retourner en cata pour la chercher parce qu’elle était longue et je me serais de nouveau fait enguirlander pour avoir oublié la moitié.
Ce matin j’avais commencé un billet sur le sujet que tu développes. Je ne l’ai pas envoyé finalisé.
Tout à l’heure tu m’avais dit que tu devais aller chez le dentiste. T’es pas encore parti ?

Dans le mê­me contexte, les plus-que-parfaits en italique dans les exem­ples seraient en finnois plus na­tu­rellement des prétérits kävin ostoksilla, olin melko varma, otin sen mukaan, aloitin, sanoit etc. En finnois on dit plutôt äsken sanoit que äsken olit sanonut. Cette dif­fé­ren­ce est due au fait qu’en français le passé composé exprime à la fois l’évènementiel ponctuel et l’achevé, alors que ces deux valeurs sont rendues en finnois par le pretérit et le parfait respectivement. Le plus-que-parfait français peut donc exprimer un évè­ne­ment antérieur par rapport à un temps passé, tandis que le plus-que-parfait finnois n’exprime nor­ma­lement qu’un état de fait antérieur dans le passé.