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415. Le passé antérieur et le passé surcomposé

1. Le passé antérieur

Le passé antérieur est formé du passé simple de l’auxiliaire et du participe passé. De nombreux fran­co­pho­nes confondent ce temps avec l’imparfait du subjonctif (p. 362 §2), et on trouve de très nombreuses occurrences de formes de passé antérieur erronés avec accent circonflexe à la 3e personne du singulier, par exem­ple quand il *eût vu s’éloigner le cortège...

Le passé antérieur marque l’antériorité d’une action ponctuelle (aspect évènementiel) par rapport à une action au passé simple. Il s’uti­li­se donc dans le contexte du récit au passé simple et il est toujours en relation avec un passé simple. Il s’emploie pratiquement toujours dans une proposition sub­or­don­née temporelle introduite par quand, lorsque, après que, dès que, aussitôt que ou des conjonctions de sens équi­va­lent :

Quand il eut compris que Deneulin s’était barricadé dans la chambre des porions, il répondit :
  – Après ? Est-ce que ce serait de notre faute ?
Les sherpas burent l’eau toute la soirée et, une fois qu’ils furent partis, le yéti, doué d’un sens profond de l’imitation, but la bassine d’alcool.
Aussitôt qu’ils furent sortis de la ville, un lion les vit, rugit et courut vers eux.
J’étais consul, et, sur mon rapport, le nombre de jours décernés d’habitude aux consulaires fut doublé, après que vous eûtes entendu la lettre de Pompée.

Le passé antérieur est donc un temps uti­li­sé en principe uniquement dans le récit, dans la langue écrite. Cependant, à cause des oukases des puristes proscrivant l’uti­li­sation du sub­jonc­tif passé dans les tem­po­rel­les introduites par après que, le passé antérieur est de nouveau fréquemment (et indument) uti­li­sé, par exem­ple dans la presse écrite, dans un contexte de discours (narration au passé composé, voir p. 750).

2. Le passé surcomposé

Le passé surcomposé est formé du passé composé de l’auxiliaire et du participe passé. Les verbes in­transi­tifs conjugués avec l’auxiliaire être et les verbes à pronom réfléchi n’ont pas de forme sur­com­po­sée, mais le passif surcomposé est possible : quand il a eu été libéré. Le passé surcomposé sert prin­ci­pa­le­ment à exprimer dans le discours la valeur d’antériorité exprimée par le passé antérieur, qui est uti­li­sé dans le récit :

Quand il eut mangé, il sortit se promener.
Quand il a eu mangé, il est sorti se promener.

Le passé antérieur sert en principe à marquer l’antériorité d’un évènement par rapport à un autre, dans un récit au passé composé et s’uti­li­se essentiellement à l’oral. Il est d’un emploi relativement limité en fran­çais standard moderne et ne s’uti­li­se guère qu’après les conjonctions dès que, quand, une fois que. De plus, il s’uti­li­se essentiellement avec des verbes décrivant l’achèvement d’un processus (manger, finir de faire qch, terminer etc.).

À l’oral, le passé surcomposé peut toujours se remplacer par un passé composé et, à l’écrit, la valeur du pas­sé surcomposé peut être rendue par le pas­sé antérieur. Pour toutes ces raisons, les occurrences pos­sibles sont relativement peu nombreuses :

Et quand ils ont eu fini de discuter, ils sont repartis tranquillement.
Après que les chevaux ont eu mangé, il n’est pas resté un brin de foin dans la crèche.

Dans le français standard du nord, on peut dire que le cas le plus fréquent d’emploi du passé sur­com­po­sé est avec le verbe finir de : quand on a eu fini de + in­fi­ni­tif. En effet, à cause du sens d’achèvement du verbe finir, la forme quand on a fini de peut renvoyer à un présent (d’habitude ou autre), comme dans l'exemple (a) ; si on veut exprimer de façon claire que le verbe a une valeur passée, le passé surcomposé permet de lever l'ambiguité :

(a) Le dimanche, quand on a fini de manger, en général on va faire une petite promenade.
(b) Le dimanche, quand on a eu fini de manger, on est allés faire une petite promenade.

On a trouvé plus de 6000 occurrences des formes ai/as/a/ont eu fini de + in­fi­ni­tif sur Internet (aout 2011). Le passé surcomposé s’uti­li­se plus fréquemment dans le français du Sud (voir ALPF p. 43), où il a une valeur spé­ci­fi­que : il indique une action qui a eu lieu dans un passé indéterminé coupé du présent du locuteur. Exem­ple de ce type trouvé sur Internet :

Je connais des gens qui ont eu mangé du chat pendant la seconde guerre, quand il y avait des restrictions et que la viande était rare.

En outre, le passé surcomposé est bien attesté dans la langue ancienne.

415. Tableau comparatif des temps verbaux du passé


discours récit
évènementiel
passé composé passé simple
antériorité passé surcomposé passé antérieur
état de fait
imparfait imparfait
antériorité plus-que-parfait plus-que-parfait