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416. Le conditionnel

1. Généralités

Le conditionnel était autrefois considéré comme un mode verbal distinct de l’in­di­ca­tif, mais il est au­jour­d’hui classé parmi les temps de l’in­di­ca­tif. Il ne présente pas de dif­fi­cul­tés particulières pour les finno­pho­nes, dans la mesure où le finnois connait éga­le­ment un conditionnel présent et passé (en finnois, le konditionaali est considéré comme un mode verbal), qui s’emploient de la mê­me manière et dans les mê­mes conditions qu’en français. L’exception notable est que le français n’uti­li­se normalement pas le condi­tion­nel dans la sub­or­don­née introduite par si, alors que le finnois uti­li­se le conditionnel à la fois dans la sub­or­don­née conditionnelle et dans la principale (p. 756 et p. 763) :

Jos olisin tiennyt, en olisi tullut. Si j’avais su, je ne serais pas venu.

Morphologiquement, le conditionnel compte trois temps :

2. Expression de la condition

Le conditionnel présent s’uti­li­se dans l’expression de la condition et exprime le potentiel et l’irréel du présent ; le conditionnel passé 1e forme exprime l’irréel du passé (p. 755 §5). Ces temps ne s’uti­li­sent pas seu­le­ment dans des principales en relation avec des propositions conditionnelles in­tro­dui­tes par la conjonc­tion si, mais dans une grande variété de contextes, comme en finnois (p. 755 §6) :

Pourquoi je peins ? Si je trouvais la réponse à cette question, je poserais à jamais mes pinceaux.
Si j’avais plus de temps je ferais un blog parce que j’ai deux trois bricoles à dire.
Supposons qu’à tel match, nous ayons pris les trois points, peut-être que nous aurions été un peu plus déconcentrés au match suivant à l’extérieur.

3. Concordance des temps

Le conditionnel présent et le conditionnel passé 1e forme s’uti­li­sent aussi comme formes ver­ba­les de la concordance des temps et correspondent à un futur simple ou un futur antérieur dans une proposition dé­pen­dant d’une principale avec verbe au passé (p. 627) :

Personne ne pouvait dire à ce moment-là si l’opération réussirait.
Julien nous avait promis qu’il nous téléphonerait dès qu’il serait rentré.

4. Affirmation hypothétique

Le conditionnel présent et le conditionnel passé 1e forme expriment aussi une affirmation hy­po­thé­ti­que et équi­va­lent pour le sens à il parait que, on prétend que, on a annoncé que, des rumeurs disent que. En finnois on uti­li­se diverses cons­truc­tions (huhutaan että, eräiden lähteiden mu­kaan, kuulem­ma, etc.) :

Des débris de l’appareil auraient été retrouvés flottant au large des côtes brésiliennes.
Il s’agirait d’un conflit familial d’ordre financier et la victime serait le frère de l’artiste.
Selon les premiers éléments de l’enquête, ce médecin de 64 ans aurait détourné d’importantes sommes d’argent au préjudice de ses patients.

5. Forme de politesse

Le conditionnel présent et le conditionnel passé 1e forme servent aussi à exprimer une hypothèse, une suggestion atténuée et polie ; en finnois, on uti­li­se éga­le­ment le conditionnel dans ce cas :

[sur un forum de discussion] Bonsoir, est ce que le pare-brise n’aurait pas été remplacé,et mal collé ? C’est-à-dire que la personne qui a collé le pare-brise n’aurait pas bien mis la colle, ce qui pourrait provoquer un « appel d’air » ?

De mê­me, le conditionnel présent sert couramment, comme en finnois, à formuler une demande polie :

Pardon Madame, est-ce que vous sauriez où se trouve le service de la scolarité ?
Je voudrais deux bottes d’asperges et un kilo de cerises.
Est-ce que vous auriez de la monnaie de 50 euros ?
Pourriez-vous me dire comment aller au Champ de Mars ?
Est-ce qu’on pourrait fermer la fenêtre ? Il y a un courant d’air.