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426. Valeurs non temporelles du futur simple

1. Un emploi non redondant

En général, pour exprimer l’idée de futur, on utilise le présent accompagné d’un adverbe ou d’un autre indice exprimant le futur (p. 422 §2). Cependant, il est possible d’utiliser aussi le futur simple même s’il y a dans la phrase un indice qui exprime l’idée de futur. Dans ce cas, le futur simple n’est pas redondant : il prend une valeur spéciale exprimant en général un engagement sur l’avenir, détaché du présent, et dont le locuteur n’assume pas entièrement la responsabilité, car l’action se trouve entachée d’une certaine quan­tité d’incertitude, d’hypothèse :

Je te rends ton livre demain. Palautan kirjasi huomenna.
Je te rendrai ton livre demain. Saat kirjasi sitten huomenna.

2. Valeur pragmatique

Le plus souvent, le futur simple exprime moins le temps que l’aspect pragmatique de l’action envisagée, autrement dit la manière dont le locuteur envisage ou présente ce qu’il dit. Le futur ne fait pas partie du système du présent, ni par son sens ni par sa morphologie. Le futur est le temps de ce qui est supposé, hypothétique, possible, autrement dit il décrit une réalité qui n’est pas palpable et sur laquelle le locuteur ne peut pas intervenir (du moins pas entièrement).

Ainsi, le futur est moins certain que le présent (dans un sens grammatical comme dans un sens concret). Si on com­pa­re les deux phrases il vient demain et il viendra demain, on constate que la phrase au présent indique une certitude plus grande, un fait considéré comme pratiquement réel (« il suffit d’attendre, et demain il sera là »). Tandis que il viendra demain introduit une distance par rapport au présent ; la venue de il est une chose qui est repoussée dans le futur et reste au moins légèrement hypo­thétique : « il viendra demain [= du moins c’est prévu / du moins il l’a promis / s’il ne se produit rien d’imprévu, etc.] ». Le fait que le futur soit détaché du présent explique qu’il y a toujours une cer­taine distance entre l’énon­cé et l’énon­ciateur.

3. Probabilité proche de la certitude

Le futur peut exprimer une probabilité proche de la certitude, mais qui n’est pas une certitude. Dans ce cas, en finnois, on uti­li­se souvent le futur périphrastique tulla+-mAAn :

Voilà quarante-quatre clarinettes pour le test comparatif que nous vous présentons, plus qu’aucun magasin de musique ne pourra en déballer sur son comptoir.
Allez enquêter sur cette affaire, je vous connais, vous vous débrouillerez bien.
Où cela se passait-il ? Je n’en saurai jamais rien.
L’été prochain flotteront aussi les pédalos, glisseront les planches à voile et souffleront les pagayeurs.
Évidemment ce n’est pas le très grand confort, ça ne pourra pas être vivable trop longtemps.
Cette rage des Anglais d’éliminer un ministre coupable d’avoir couché avec une call-girl ou un député engrosseur de sa secrétaire stupéfiera toujours les Français, qui croient à la vie privée.

4. Futur historique

Cette valeur de certitude est en quelque sorte surexploitée dans ce qu’on appelle le futur historique, qu’on uti­li­se dans un récit au passé. Comme on sait très bien que l’action exprimée au futur s’est produite dans le passé, la probabilité est maximale. L’action décrite par le futur historique pourrait le plus souvent être décrite au passé simple (ou passé composé), mais le futur historique permet en quelque sorte de changer temporairement de perspective, comme une sorte d’intervention en aparté du narrateur, qui reprend en­sui­te son récit au passé : [1]

Louis XIV fut couronné roi en 1661. Son règne entamait une longue période de prospérité pour la France. Pendant plusieurs décennies, Louis XIV sera le monarque le plus puissant du monde en grande partie grâce à Colbert.

Dans les exem­ples suivants, on trouve mêlés présent historique (p. 408 §2) et futur historique :

Quand son frère Jo arrive une heure plus tard, Suzy tourne sans les regarder les pages jaunes d’un annuaire. C’est à Jo que reviendra la tâche d’appeler, toute la nuit, les hôpitaux et les commissariats en vain.
En effet, la mort inopinée de Staline le 5 mars 1953 désamorce la machine infernale, et les inculpés seront relaxés, quoique jamais réhabilités.

Le futur historique s’emploie beaucoup dans les ouvrages historiques, il est très fréquent dans la presse et il est assez fréquent mê­me dans la langue parlée. Le finnois connait aussi un futur his­to­ri­que, il est ex­pri­mé par le futur périphrastique olla...vA ou tulla...mAAn ou, plus simplement par un adverbe comme myö­hem­min:

Lenin ottaa vallan. Hän on luova Neuvostoliiton. Lénine prit le pouvoir. C’est lui qui créera l’Union soviétique.

5. Engagement

Le futur exprime aussi une certitude moins grande, une probabilité plus limitée. La réalisation de l’action envisagée dépend de ce que l’avenir apportera. Cette distance entre le réel et le possible se retrouve typiquement quand le futur exprime un engagement. Cet engagement peut être une promesse, ou un ordre (dont rien ne garantit qu’il soit réalisé) :

Je te rapporterai tes livres demain.
Annie lui dit : je t’expliquerai demain, tout !
Quand elle sera plus grande, je lui ferai graver des cartes de visite.
Je te téléphonerai début septembre pour qu’on décide comment Zoé et toi pourrez vous voir.
Papa, si tu ne me rapportes pas ce soir le petit chat que tu m’as promis, je ne te parlerai plus jamais de ma vie.
Vous aurez toutes les instructions dans quelques jours.
On sortira tous les deux. Après le spectacle, on dinera au champagne ! Je passerai au théâtre, je prendrai les deux meilleures places.

6. L’éventuel

Ces deux valeurs de probabilité et engagement, peuvent se retrouver, mêlées à des degrés va­ria­bles, dans une phrase introduite par si ou son équi­va­lent, et qu’on appelle l’éventuel (p. 755 §2) :

Si tu viens en été en Finlande, tu pourras voir le soleil de minuit.

On ne peut pas considérer à proprement parler qu’il s’agisse d’une conséquence inévitable de la con­di­tion posée par si, car on pourrait aussi uti­li­ser le présent dans la principale (les valeurs dif­fè­rent donc selon les cas) :

Si tu viens en été en Finlande, tu peux voir le soleil de minuit.