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436. Le subjonctif en dehors de la subordination : valeur optative

1. Que + subjonctif

L’impératif ne peut s’uti­li­ser à proprement parler que pour donner une injonction à un animé. Quand on « donne un ordre » à la 3e per­sonne en renvoyant à un sujet non animé, on parle d’un emploi optatif. Le terme optatif signifie « à valeur de souhait ». Com­parer :

Qu’il vienne le plus vite possible ! [ordre auquel une personne doit obéir]
Que cette rencontre soit le signe du renouveau des relations entre nos deux pays ! [souhait : la rencontre ne peut pas « exécuter un ordre »]

Formellement, l’optatif est construit sur le modèle de l’impératif de 3e personne, avec un verbe au sub­jonctif introduit par que :

Que cela lui serve de leçon !
Que cette visite soit le symbole des bonnes relations de nos deux pays !
Que l’ouverture de ce musée permette aux habitants de la région de mieux découvrir le glorieux passé de celle-ci !

2. Avec le verbe pouvoir

On peut aussi exprimer l’optatif avec le subjonctif du verbe pouvoir (puis­se(nt)) suivi d’un in­fi­ni­tif. Cette forme correspond formellement à un impératif de 3e personne, mais elle n’est pas précédé de la con­jonc­tion que :

Puisse cette visite être le symbole des bonnes relations de nos deux pays.
Puisse cette nouvelle année t’apporter sagesse et modération !
Puisse le paysan en chanter quelques passages derrière sa charrue, puisse le tisserand en fredonner quelque chose à son métier, puisse le voyageur s’alléger !
Puissent mes vœux être exaucés !
Puissent tes craintes, tes inquiétudes et tes tristesses s’effondrer !

Cette forme peut se conjuguer aussi avec un sujet de 1e ou 2e personne (en plus de la 3e personne). Il s’agit là aussi d’un optatif et non pas d’un véritable ordre :

Puisses-tu réussir ! [je souhaite que tu réussisses] Kunpa onnistuisit! 
Puissè-je (voir p. 533 §3) au moins avoir un dernier entretien avec lui ! Kunpa voisin puhua vielä viimeisen kerran hänen kanssaan!
Puissiez-vous les convaincre ! Kunpa saatte heidät vakuuttuneiksi!
Puissent-ils changer d’avis ! Kunpa he muuttaisivat mielensä!

L’uti­li­sation de puisse relève plutôt de la langue soutenue. Dans la langue courante, on peut uti­li­ser par exem­ple l’expression si seulement + conditionnel :

Puissent-ils changer d’avis ! = Si seulement ils changeaient d’avis !
Puisses-tu réussir ! = Si seulement tu pouvais réussir !

3. Subjonctif sans que

L’optatif peut aussi s’exprimer avec un subjonctif non introduit par que, dans un certain nombre de cas définis et limités :

Le ciel vous entende !
Dieu vous entende !
Le diable emporte ces imbéciles !
La peste soit des astrologues !
Fasse le ciel que cela réussisse ! [avec inversion du sujet]

C’est cette cons­truc­tion, avec sujet inversé, que l’on trouve dans l’expression vive…, qui est donc un em­ploi optatif du subjonctif de vivre (et correspond exactement au finnois eläköön) :

Vive le roi !
Vive la République !
Vivent les vacances ! / Vive les vacances !
Vivent les sapeurs-pompiers !
Vive le Québec libre !

Normalement, le verbe vive s’accorde en nombre avec le sujet, puisque le mot qui le suit est en fait le sujet postposé : Vivent les vacances ! Cependant, le mot vive a connu un processus de grammaticalisation qui en fait une sorte de pré­po­si­tion invariable (cf. l’évolution de l’adjectif sauf devenu invariable quand il est employé comme pré­po­si­tion) et il n’est pas rare de le rencontrer au singulier avec un sujet pluriel.

4. Expressions figées

Dans certains cas, le sujet impersonnel cela du verbe au subjonctif employé avec valeur optative est sous-entendu. Ces expressions sont plus ou moins figées :

Je dois dire, ne vous en déplaise, que votre travail n’apporte rien de nouveau. [= que cela ne vous déplaise pas]
Minun täytyy kaikella kunnioituksella [mot à mot : älköön pahoittako mieltänne, se, että totean, että työnne ei tuo mitään uutta.
Grand bien lui fasse ! [= que cela lui fasse grand bien]
Kaiken mokomin! [mot à mot : paljon hyvää siitä hänelle koittakoon!]
Si Antoine ne veut pas partir avec nous à Bali, qu’à cela ne tienne, le voyage reviendra moins cher !
Jos Antoine ei halua lähteä mukaan Balille, sitä vaan! Matka tulee halvemmaksi.
Ce qu’à Dieu ne plaise / à Dieu ne plaise.

L’expression qu’à cela ne tienne ! (relativement fréquente dans la langue courante aussi) doit s’interpréter ainsi : le sujet impersonnel du verbe est un pronom cela non exprimé ; le pronom cela exprimé (à cela) est le com­plé­ment d’objet in­di­rect du verbe tenir à (olla kiinni jostakin, riippua jostakin) :

« que [cela] ne tienne pas à cela ».
Mot à mot : se [asia] älköön olko kiinni siitä [seikasta]
= se [seikka] ei haittaa, se [seikka] ei vaikuta asiaan.