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448. Emploi du passif

1. Un procédé de focalisation

Le passif est un procédé de focalisation (p. 511) uti­li­sé dans la langue écrite (p. 512 §3). En règle générale, en français, l’information nouvelle est présentée en fin de phrase. Le passif permet de déplacer l’agent à la fin de la phrase et ainsi de mettre le focus (p. 511 §2) sur celui-ci, ce qui a aussi pour effet d’effacer ou de rendre moins visibles d’autres éléments de la phrase. Soient les phrases :

(a) Ses parents ont racheté la maison.
(b) Qu’ont fait ses parents? / Qu’est-ce que ses parents ont racheté ?
(c) La maison a été rachetée par ses parents.
(d) Qui a racheté la maison ? / Par qui la maison a-t-elle été rachetée ?

Dans la phrase (a), le focus est en principe sur le verbe ont racheté et/ou le COD la maison. La phrase ré­pond à la question (b). Si on veut mettre le focus sur le sujet, à l’oral il suffirait sim­ple­ment d’insister particulièrement sur le segment ses parents ; à l’écrit, où l’intonation ne peut pas se percevoir, le mê­me effet peut s’obtenir par l’uti­li­sation du passif : la phrase (c) répond à la question (d).

2. Variantes dans la langue courante

Le passif s’uti­li­se donc surtout dans la langue écrite. En effet, dans la langue parlée, pour obtenir le mê­me effet, on uti­li­se quasi systématiquement la dislocation :

(d) Qui a racheté la maison ? / Par qui la maison a-t-elle été rachetée ?
(e) La maison, c’est ses parents qui l’ont rachetée.

La phrase (e) correspond par le sens exactement à la phrase (c) ci-dessus. La seule dif­fé­ren­ce est dans le niveau de langue. C’est pourquoi le passif est peu uti­li­sé dans la langue parlée, parce que celle-ci a déjà inventé d’autres moyens pour exprimer la mê­me chose. Dans la langue écrite, inversement, on uti­li­se peu la dislocation, et le passif est donc utile, et parfois mê­me indispensable, voir La focalisation plate p. 515.

3. Effacement de l’agent

Si on n’exprime pas l’agent, le verbe se retrouve en fin de phrase et le focus est mis sur le verbe. Le passif peut ainsi servir à escamoter (faire disparaitre) l’agent, exactement comme avec le passiivi en finnois. Cet­te sup­pression de l’agent peut être voulue, soit parce qu’on ne veut pas préciser l’agent, soit parce que l’in­for­ma­tion essentielle est le verbe, et l’agent une information secondaire :

La décision a été contestée.
Le col a été rouvert.
La maison a été repeinte.

Dans ce cas-là, l’information, autrement dit la la question à laquelle répondrait la phrase au passif, dé­pend des cas :

La décision a été contestée. ← Comment a-t-on réagi à la décision ? Miten päätökseen reagoitiin?
La maison a été repeinte en bleu. ← En quelle couleur la maison a-t-elle été repeinte ? Minkä väriseksi talo on maalattu?

Pour cette raison, le passif s’uti­li­se beaucoup dans la langue juridique ou administrative, où l’in­di­ca­tion de l’agent est inu­tile, parce que l’agent est évident, comme en finnois. Ainsi cet extrait du règle­ment du Sénat de Belgique. L’agent des verbes est adopté ou sont rejetés est « les sénateurs », mais l’agent du verbe est sou­mis est plus difficile à définir (gouvernement ? administration ?) :

Si un amendement est adopté ou que des articles sont rejetés lors de l’examen en séance plénière de la proposition qui a obtenu l’assentiment des gouvernements de communauté ou de région, le texte adopté en première lecture est soumis à nouveau aux gouvernements de communauté ou de région concernés pour avis conforme, accord, approbation ou commun accord.