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452. L’auxiliaire de passivation se faire

1. L’auxiliaire de passivation se faire

Le verbe faire s’uti­li­se assez fréquemment pour exprimer un passif, notamment dans le cas de verbes indiquant un évènement fâcheux dont on est victime involontairement (vol, agression, contrôle de police, etc.) [1]. Ce genre de passif peut correspondre par exem­ple au finnois joutua (jnk kohteeksi) sans qu’il y ait toutefois toujours cette nuance :

À l’issue d’une soirée et alors que son mari allait chercher leur voiture, la chanteuse s’est fait insulter par des gens qui avaient trop bu.
Mon ami s’est fait flasher avec ma voiture. Suis-je responsable ?
L’orateur s’est fait huer par la foule.
Microsoft s’est fait pirater son réseau interne.
L’équipe locale s’est fait humilier par les visiteurs.
Je me suis fait voler mon bike.
Le musée s’est fait voler un tableau de Picasso.
Le petit garçon s’est fait renverser par une voiture.
Les voisins se sont fait mordre par leur chien.
Il s’est fait tirer dessus.
Je ne vais plus dans les restaurants chinois car j’ai entendu il y a quelques mois que des restaurateurs s’étaient fait arrêter en région parisienne pour avoir servi de la nourriture avariée.
Tu t’es bien gardé de raconter comment tu t’es fait casser la figure l’autre soir.
Johnny Hallyday a révélé s’être fait tirer dessus une fois à la sortie d’un restaurant dans le Sud de la France [titre dans Yahoo Actualités mai 2009].

2. Se faire avoir

Se faire avoir est une cons­truc­tion passive de ce type extrêmement fréquente dans la langue parlée. C’est la forme passive de avoir dans le sens familier de « tromper, berner »  (petkuttaa, Je t’ai bien eu = Menit lankaan) et aussi dans le sens d’« attraper » (saada kiinni). Par plaisanterie, avoir peut d’ailleur s’uti­li­ser dans ce sens au passif : On a été eus ! Meidät on petetty!. Les exem­ples d’emploi d’avoir uti­li­sé après se faire sont très nombreux :

On veut pas critiquer pour critiquer, c’est pour aider les gens à ne pas se faire avoir en allant voir des films nuls.
À ce prix-là, tu te fais carrément avoir.
N’exagère pas trop avec la vitesse, sinon tu vas finir par te faire avoir.
Si le « grand public » préfère payer 30 ou 50 € pour se faire avoir au final par le fournisseur d’accès, c’est qu’il est plutôt mal informé.
J’ai acheté un nouvel ordi, mais je me suis fait avoir, il est plus bruyant qu’un moulin à café !

Dans cet emploi passif, il ne faut pas interpréter le verbe faire comme un factitif (comme teettää, ra­ken­nut­taa etc. en finnois). Tous les exem­ples ci-dessus doivent se rendre en finnois par un verbe équi­va­lent à joutua ou par une cons­truc­tion non passive.

3. Attention aux cons­truc­tions similaires

Il ne faut donc pas confondre cette valeur de faire avec les cas où le verbe faire s’emploie de façon ré­flé­chie et a une valeur active :

Il s’est fait couper les cheveux. Hän on leikkauttanut tukkansa.
Elle s’est fait teindre en noir. Hän on värjännyt tukkansa mustaksi.
Il s’est fait connaitre par ses déclarations racistes. Hän on niittänyt mainetta rasistisilla kannanotoillaan.
Les réparations se font attendre. Korjaustyöt antavat odottaa itseään.

L’exem­ple suivant présente les deux emplois (verbe 1 valeur passive, verbe 2 valeur réfléchie) :

Ils (1) s’étaient fait arrêter par des policiers de Detroit qui (2) s’étaient fait passer pour de possibles acheteurs.
Heidät pidättivät detroitilaiset poliisit, jotka ensiintyivät mahdollisina ostajina.