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468. L’in­fi­ni­tif sujet réel  : cas d’emploi

Voir la description de la cons­truc­tion page précédente (p. 467). Pour un résumé des formes du pronom em­plo­yé dans chaque cas, voir le tableau p. 467 ou le tableau p. 342 (dans lequel figurent éga­le­ment les com­plé­ti­ves con­jonctives).

1. Cas 1 : attribut adjectif

Quand l’in­fi­ni­tif est sujet réel du verbe être et l’attribut de l’in­fi­ni­tif est un adjectif, la forme du pronom sujet apparent est il (cas 1 du tableau p. 467). Dans les exemples suivants, le groupe sujet (réel) du verbe être est indiqué en couleur :

Il est étrange d’affirmer une telle chose.
Il a été décidé de suspendre la séance. Istunto päätettiin keskeyttää
Il est interdit de fumer dans les lieux publics.

Plus d’exemples…

Il est fréquent de rencontrer cette tournure.
Il aurait été scandaleux d’accepter.
Il est recommandé de se faire vacciner.
Il semble difficile d’obtenir des renseignements sur la situation politique de ce pays.
Il devient de plus en plus difficile de trouver un appartement à Paris.

Dans il est normal d’hésiter, il ne faut donc pas comprendre de comme une pré­po­si­tion introduisant un « com­plé­ment de l’adjectif » (normal) : en réalité, le groupe de + in­fi­ni­tif est le sujet du verbe être, et l’adjectif est l’at­tri­but. Cette cons­truc­tion s’apparente à une cons­truc­tion avec proposition complétive : il est normal que tu hésites (p. 660).

2. Langue parlée

Dans la langue parlée, on uti­li­se dans ce cas fréquemment ce à la place de il ; devant certaines formes du verbe être, on peut donc uti­li­ser la forme ça (sur l’alternance ça-ce, voir p. 294) :

C’est étrange d’affirmer une telle chose.
Ça serait bien de prendre une semaine de vacances.

Plus d’exemples…

C’est fréquent de rencontrer cette tournure.
C’est normal d’être fatigué après une si longue marche.
Ça aurait été scandaleux d’accepter.

L’uti­li­sation de il n’est pas possible avec des adjectifs qui peuvent s’ap­pli­quer à la fois à un humain et à un non humain : gentil, aimable etc. Voir faq p. 347.

3. Verbe être non exprimé

L’in­fi­ni­tif peut être le sujet réel d’un verbe être non exprimé, notamment dans les écriteaux ou affiches diverses. Ces phrases sont la forme sans verbe conjugué des phrases suivantes, dans lesquelles le groupe de in­fi­ni­tif est le sujet réel du verbe est interdit :

Interdit de stationner [= Il est interdit de stationner.]
Interdit de parler au conducteur [= Il est interdit de parler au conducteur.]
Interdit de déposer des ordures [= Il est interdit de déposer des ordures.]

4. Cas 2 : attribut autre mot qu’un adjectif

Quand l’in­fi­ni­tif est sujet réel du verbe être et que l’attribut de l’in­fi­ni­tif est un autre élément qu’un ad­jec­tif, autrement dit un groupe nominal, un pronom, une proposition complétive etc. (cas 2 du tableau p. 467), le sujet apparent est ce. Remarquer le dernier exem­ple, dans lequel l’attribut est un pronom in­dé­fi­ni et l’in­fi­ni­tif est en po­si­tion détachée, en rappel (p. 470) :

C’est une chance extraordinaire de faire ce voyage.
À mon humble avis, c’est un mérite d’avoir pris cette modeste part dans la gestion de la crise.

Plus d’exemples…

C’est une solution de facilité de prendre des mesures non règlementées dans deux départements.
C’est un grand tort d’avoir toujours raison.
Tu ne trouves pas que ce serait une bonne idée de partir en vacances au mois de juin au lieu du mois de juillet ?
Ce faisant, il entre, physiquement si l’on peut dire, dans le virtuel. Ce n’est pas rien, ça, de rentrer dans le virtuel.

5. Conjonction que explétive

Quand l’attribut du sujet est un GN, dans la langue écrite il est souvent précédé de la conjonction que. Cette con­jonc­tion est explétive, autrement dit elle n’ajoute aucune information et peut théoriquement être supprimée sans que le sens de la phrase ne change :

C’est un cliché que de dire que tous les Français mangent des croissants au petit-déjeuner.
C’est une grande satisfaction que d’avoir pu réussir à réunir près de quatre cents chirurgiens de 27 nationalités dif­fé­ren­tes lors de ce congrès.
Avec la poudrière qu’est le monde actuellement, c’est un comportement bien étrange que de prendre le pari de mourir.

Cependant, l’emploi de que n’est pas entièrement inutile, car il permet d’assurer que de soit interprété comme subordonnant, et non pas comme pré­po­si­tion. Dans les exemples ci-dessous, dans la phrase (a), l’in­fi­ni­tif est com­plé­ment du nom, de est une pré­po­si­tion. Dans la phrase (b), d’apparence similaire, de pourrait à priori être compris comme une pré­po­si­tion ; la conjonction que oriente ainsi immédiatement le sens vers la valeur de com­plé­menteur :

(a) Il éprouvait une grande satisfaction d’avoir pu assister à ce congrès.
(b) C’est une grande satisfaction que d’avoir pu assister à ce congrès.

6. Cas 3 : autre verbe qu’être

Quand l’in­fi­ni­tif est sujet réel d’un verbe autre que le verbe être, le pronom sujet apparent est ça/cela (cas 3 du ta­bleau p. 467) :

Cela m’arrangerait de pouvoir faire cette conférence plus tard.
Ça te dirait d’aller faire un tour? Mitä jos lähdettäisiin ajelulle?

Plus d’exemples…

Ça me plait de faire ce voyage.
Ça vous dérangerait de vous déplacer un peu vers la droite ?
Cela ne me déplairait pas de revoir ce film.
Ça ne m’intéresse pas énormément d’investir dans cette entreprise.
Minua ei kauheasti kiinnosta siihen yritykseen investoiminen. Ça me casse les pieds de devoir sans cesse réparer ton vélo ! Ärsyttää, kun täytyy jatkuvasti korjata sinun pyöräsi.

7. Cas particulier de valoir

Quand l’in­fi­ni­tif est sujet réel du verbe valoir dans la cons­truc­tion il vaut mieux, on n’uti­li­se pas le subordonnant de :

En ce moment, il vaut mieux acheter ses vêtements sur Internet.
Il vaut mieux ne rien dire.

Plus d’exemples…

Il vaut mieux perdre un bon mot qu’un ami.
Il vaut mieux avoir des remords que des regrets. En prévision de l’augmentation des prix, il vaut mieux réserver ses billets dès maintenant.

Cependant, quand le verbe a un com­plé­ment d’objet in­di­rect, le subordonnant est conservé :

Il vaut mieux pour toi de partir le plus vite possible.
Il vaudrait mieux pour vous de peser le pour et le contre.
Il aurait mieux valu pour nous de choisir d’autres partenaires.

Il n’est donc pas étonnant que l’uti­li­sation du subordonnant de avec il vaut mieux soit source de nombreuses erreurs et incertitudes pour les apprenants FLE, qui ont souvent tendance à uti­li­ser de quand il n’y a pas de COI : *Il vaut mieux de téléphoner (au lieu de Il vaut mieux téléphoner).