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470. Le subordonnant devant in­fi­ni­tif détaché

Dans la langue parlée, et relativement souvent dans la langue écrite éga­le­ment, l’in­fi­ni­tif est fréquemment uti­li­sé en position détachée, soit en prolepse, avec dislocation à gauche (p. 513), soit en position de rappel, avec dislocation à droite (p. 514). Il est éga­le­ment uti­li­sé dans les phrases clivées et pseudo-clivées.

1. En prolepse

Comme dans le cas de l’in­fi­ni­tif sujet décrit p. 469 §1, quand l’in­fi­ni­tif est en prolepse en tête de phrase, il n’est pas précédé du subordonnant de. Ces cons­truc­tions sont très fréquentes dans la langue parlée (mais aussi dans la langue écrite), par exem­ple suivies du commentaire il faut le faire ou de sa version langue parlée faut le faire, avec suppression de il (p. 364) :

Se casser le bras un jour et se fouler la cheville le lendemain, c’est vraiment de la malchance !
Ne pas aimer le chocolat, c’est quand même pas fréquent !
Se tromper deux fois de direction, quand on est en retard, faut le faire !

Plus d’exemples…

M’être retrouvé à Oslo alors que l’avion devait aller à Vienne, c’est quand mê­me extraordinaire.
Ne pas avoir été admis après trois tentatives et se représenter de nouveau à l’examen, c’est assez risqué.
Donner un avis « très bon » pour un baladeur qui arrive 4e niveau qualité sonore, eh ben ça, il faut le faire.
Passer par la Suisse et l’Italie pour aller de Strasbourg à Menton, donc de France en France, j’y avais jamais pensé, mais c’est bien plus rapide et moins cher qu’en passant par Lyon et l’A7.

2. En rappel

Contrairement au cas précédent, quand l’in­fi­ni­tif est uti­li­sé en rappel, il est systématiquement précédé du subordonnant de. Ces cons­truc­tions sont fréquentes et typiques de la langue parlée :

Ça lui ferait le plus grand bien, lui, de prendre deux semaines de vacances.
Ça vous dirait rien, d’aller faire une balade en voiture ?

Plus d’exemples…

Ça ne me déplairait pas, moi, de gagner un million au loto !
C’est pas une si mauvaise idée, finalement, de rester encore une semaine de plus.
Si tu crois que ça m’amuse, de devoir répéter tout le temps la mê­me chose !
En fin de compte, ça aurait peut-être valu mieux, de ne rien lui dire.
Non mais franchement, c’est d’un dégueulasse, de faire ça à un chien.

Quand on renvoie à l’in­fi­ni­tif détaché, on uti­li­se les dif­fé­ren­tes formes du P3 à antécédent non GN : par exem­ple le dans le cas de il faut le faire, ou ça/ce si le pronom est sujet, etc.

3. Constructions pseudo-clivées

De mê­me, dans les cons­truc­tions pseudo-clivées, le groupe verbal objet du verbe extrait en tête de phrase se retrouve en fonction d’attribut ; dans ce cas-là, l’usage est flottant (ou libre). Il arrive qu’on n’ajoute pas de subordonnant de devant l’in­fi­ni­tif attribut si la structure sous-jacente n’en comporte pas (p. 465 §1) :

Je veux m’en aller → Ce que je veux, c’est m’en aller.
Je n’aime pas me lever tôt pour aller l’école. → Ce que je n’aime pas, c’est me lever tôt pour aller à l’école. mais :
J’avais décidé de ne plus jamais le revoir →
Ce que j’avais décidé de façon sure, c’était de ne plus jamais le revoir.

Plus d’exemples…

Ça m’énerve de devoir lui rappeler sans cesse l’horaire des réunions. →
Ce qui m’énerve, c’est de devoir lui prêter sans arrêt l’horaire des réunions.
Je n’ai jamais regretté d’être allé m’installer à la campagne. →
Ce que je n’ai jamais regretté, c’est d’être allé m’installer à la campagne

Mais comme la dislocation détache l’in­fi­ni­tif de son verbe de départ, elle peut faire apparaitre un subordonnant devant un in­fi­ni­tif qui normalement n’en a pas. En effet, l’in­fi­ni­tive est alors for­mel­le­ment en fonc­tion d’attribut du pronom ce, auquel cas il est tout à fait grammatical (et fréquent) qu’on uti­li­se un subordonnant (p. 468) ; dans la phrase non clivée, il n’y aurait pas de de :

Ce que je désirais, c’était de présenter et de faire connaitre cet auteur.
← Je désirais présenter cet auteur. Je désirais faire connaitre cet auteur.
Ce que je n’aimais pas, c’était de prendre le bus le soir pour rentrer.
← Je n’aimais pas prendre le bus.