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471. La pronominalisation de l’in­fi­ni­tif : in­fi­ni­tif COD

Comme il est expliqué dans les pages précédentes, l’in­fi­ni­tif peut, comme le nom, occuper diverses fonctions dans la phrase : sujet ou objet du verbe, com­plé­ment d’adjectif. Il peut alors être repris par les dif­fé­ren­tes formes du pronom de 3e personne neutre ça/cela/ce selon les règles expliquées p. 275 et suivantes. Dans ce processus, les ap­pre­nants FLE sont confrontés à de nombreux problèmes, qui sont dus au fait que le mot de précédant l’in­fi­ni­tif est souvent in­ter­pré­té à tort comme une pré­po­si­tion, alors qu’il s’agit d’un subordonnant qui fait corps avec l’in­fi­ni­tif (voir p. 464).

1. Cas de l’in­fi­ni­tif COD

Une des dif­fi­cul­tés est d’identifier l’in­fi­ni­tif COD (com­plé­ment d’objet direct). En effet, l’apprenant FLE peut être embarrassé par l’opposition suivante :

(a) Il rêve de partir. → Il en rêve.
(b) Il a promis de venir. → Il l’a promis.

Pourquoi dans la phrase (b) le pronom a-t-il la forme le, alors que l’in­fi­ni­tif est précédé du mot de ? L’étudiant de français est ainsi tenté d’appliquer logiquement la règle des pronoms et de dire :

(a) Il rêve de partir. → Il en rêve.
(b’) Il a promis de venir. → *Il en a promis.

La phrase (b) s’explique tout naturellement si on connait la notion de subordonnant. Le plus sou­vent, la présentation de ce point dans les manuels de grammaire FLE ne contribue pas à en simplifier la compréhension (p. 477), et les erreurs du type de la phrase (b’) sont fréquentes. La pronominalisation de l’in­fi­ni­tif est illustrée par les exem­ples commentés ci-dessous.

2. Exem­ples commentés

Quand un in­fi­ni­tif est com­plé­ment d’objet direct d’un verbe, on peut le reprendre par le P3 à antécédent non GN COD, au­tre­ment dit par le pronom le (p. 284). Le pronom le reprend ainsi tout le groupe de + in­fi­ni­tif :

Le parti redoutait depuis longtemps de ne pas obtenir la majorité absolue au premier tour.
Le groupe introduit par de est COD [redouter quelque chose], donc il est remplacé par le pronom le : → Le parti le redoutait depuis longtemps.

Le médecin m’a conseillé de faire de la natation.
Le groupe introduit par de est COD [conseiller quelque chose à qqn], donc il est remplacé par le pronom COD le : → Le médecin me l’a conseillé.

Plus d’exemples…

Le professeur a proposé à l’étudiant de commencer une thèse sur les pronoms.
Le groupe introduit par de est COD [proposer quelque chose], donc il est remplacé par le pronom le :
→ Le professeur l’a proposé à l’étudiant.

Sophie lui avait demandé d’aller dans les musées et de lui rapporter des catalogues.
Le groupe introduit par de [développé par un deuxième in­fi­ni­tif, rapporter] est COD [demander quelque chose], donc il est remplacé par le pronom le : → Sophie le lui avait demandé.

On lui reprochera certainement de ne pas avoir consulté la direction.
Le groupe introduit par de est COD [reprocher quelque chose à quelqu’un], il est remplacé par le pronom le : → On le lui reprochera certainement. [Sur la cons­truc­tion de reprocher, voir faq p. 211 §2]

Je t’avais pourtant dit de ne pas y aller.
Le groupe introduit par de est COD [dire quelque chose à quelqu’un], donc il est remplacé par le pronom le : → Je te l’avais pourtant dit.

N’oublie pas de lui rappeler de téléphoner.
Le groupe introduit par de est COD [rappeler quelque chose à quelqu’un], donc il est remplacé par le pronom le : → N’oublie pas de le lui rappeler.

3. La pronominalisation est limitée à certains verbes

Tous les verbes se construisant avec un COD n’admettent cependant pas le pronom le comme substitut de COD in­fi­ni­tif. En effet, le sens des verbes avec un COD in­fi­ni­tif n’est pas toujours équi­va­lent à celui des verbes dont le COD est un groupe nominal. Dans la plupart des cas, le groupe de in­fi­ni­tif n’est pas di­rec­te­ment pronominalisable. Il s’agit le plus souvent d’un blocage sémantique, parce que le pronom le peut être in­ter­prété éga­le­ment comme P3 à référent GN. Ainsi, les transformations suivantes sont douteuses :

Il a oublié d’aller à son rendez-vous → ?Il l’a oublié (plutôt : Il a oublié d’y aller ou simplement Il a oublié).
Elle achève son travail rapidement. → Elle l’achève rapidement. Mais :
Elle achève de diner → ?? Elle l’achève.

Cependant, d’autres verbes permettent la pronominalisation si un élément de la phrase indique que le pronom le est un P3 à antécédent non GN et non pas un P3 à référent GN :

Ce qui est arrivé, nous le redoutions depuis longtemps.
Il n’y plus guère d’espoir, je le crains.

Les seuls verbes dans lesquels la pronominalisation parallèle du COD GN et celle du COD in­fi­ni­tif se réa­li­sent facilement sur le modèle des exem­ples ci-dessus (conseiller qch/conseiller de faire qch → le) sont les sui­vants :

conseiller, déconseiller, envisager, jurer, mériter, promettre
proposer, regretter, reprocher, se rappeler, souhaiter

Il est plus simple de retenir cette liste que la liste inverse, figurant généralement dans les grammaires FLE, des verbes avec laquelle la transformation est impossible (voir p. 477 §2).

4. Verbes partiellement pronominalisables

On peut ajouter à la liste ci-dessus quelques verbes qui permettent la pronominalisation si le verbe a éga­le­ment un objet pronom COI :

interdire : On lui a interdit de se prononcer publiquement à ce sujet. → On le lui a interdit.
pardonner : Je ne lui pardonnerai jamais de m’avoir laissé tomber. → Je ne le lui pardonnerai jamais.
permettre : On ne lui a pas encore permis de sortir. → On ne le lui a pas encore permis.
demander : On ne nous avait pas demandé de réserver. → On ne nous l’avait pas demandé.

Dans le cas d’interdire et de permettre, on peut aussi trouver le COD employé seul, mais dans ce cas-là le plus souvent le « destinataire » (COI) est sous-entendu ou identifiable :

Ils voulaient construire un petit chalet au bord du lac, mais la règlementation actuelle l’interdit strictement. [signifie « l’interdit à tout le monde » ou « le leur interdit »]
Les actes d’état civil ne peuvent pas être transmis par courriel car la loi ne le permet pas encore. [mê­me remarque]

En revanche, demander et pardonner ne s’emploient pratiquement pas sans qu’on exprime éga­le­ment un pronom COI en mê­me temps que le P3 à antécédent non GN COD :

Enfin, ne raccrochez pas avant que les secours que vous aurez au bout du fil ne vous le demandent.
Seule la fin semble un rien précipitée, mais c’est un si petit défaut dans cet album magnifique qu’on le lui pardonne bien.

Dans les autres cas, la pronominalisation se réalise le plus souvent avec faire (lui-mê­me introduit par le subordonnant de), voir p. 477 §2.