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476. Remarques sur le subordonnant d’infinitif

1. Historique

Jusqu’à une date relativement récente, les verbes souhaiter, espérer, désirer, aimer s’uti­li­saient avec le subordonnant de. Celui-ci est fréquent encore à la fin du xviiie siècle ou au début du xixe siècle (Voir Haase, Gram­maire du français classique, §112, p. 295 sq.), et mê­me encore fréquemment chez Jules Verne :

Je ne le connaissais que de réputation, et elle me faisait peu désirer de le connaître davantage [Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Lettre VIII, 1782].
Sans doute il suffit de vous voir, pour désirer de vous plaire » [Id. Lettre LXXXIII].
Mais je souhaitais de voyager avant de m’engager dans l’ armée [Mme de Staël, Corinne ou l’Italie, 1807]
Mais, hélas ! elle était loin, ma pauvre Gräuben, et pouvais-je espérer de la revoir jamais ? [Voyage au centre de la Terre, 1864].

En revanche, on ne trouve à aucune époque le verbe oser employé avec un in­fi­ni­tif précédé de de. Il sem­ble plus approprié de considérer que le verbe oser se comporte com­me un auxiliaire modal plus que comme un verbe transitif direct. On trouve certes des emplois transitifs direct de ce verbe, mais ils re­po­sent sé­man­ti­que­ment sur un emploi elliptique :

Lancôme osa la vie en rose et noir. = Lancôme osa adopter/promouvoir la vie en rose et noir.
Osez la désobéissance européenne. = Osez faire preuve de désobéissance....

2. Aimer, aimer de, aimer à

Aimer est un exem­ple intéressant de l’évolution de l’emploi du subordonnant. Il entrainait autrefois aussi l’uti­li­sa­tion du subordonnant de : je n’aime pas de pleurer (dans Racine, cité par Haase, p. 302). Au xviiie siècle, le subordonnant à a progressivement remplacé le subordonnant de (nombreux exem­ples avec aimer à in­fi­ni­tif dans les textes du xviiie siècle), puis le subordonnant à a disparu lui aussi. Il reste cependant encore en usage dans la langue soutenue. Aujourd’hui, on emploie aimer dans la langue courante sans subordonnant (il aime lire). Dans le style soutenu, on l’emploie aussi avec à (il aimait à lire). On a donc trois possibilités : aimer lire (uti­li­sation moderne normale), aimer à lire (style moderne littéraire), aimer de lire (archaïque). De nombreux verbes se construisant aujourd’hui avec à étaient suivis en français classique de l’in­fi­ni­tif introduit par le subordonnant de : hésiter de faire (aujourd’hui : hésiter à faire qch), ap­pren­dre de faire, se refuser de faire qch (fr. moderne : se refuser à faire qch) etc.

3. Emploi maintenu partiellement dans le français de Belgique

Hormis un emploi très archaïque, le subordonnant de n’est donc plus employé devant un verbe COD d’aimer. Ce­pen­dant, il s’est partiellement conservé en Belgique, où il encore couramment uti­li­sé après le verbe aimer bien :

J’aime bien de me dépasser un peu.
Dites-moi si je dois le dire à la banque avant, merci, c’est peut-être con de penser ça mais j’aime bien de savoir au cas où, merci.
Tu devrais trouver qqch, un sport ou qqch, que tu aimes bien de faire.
J’aime bien de pouvoir fumer dans le logement, mê­me si je ne suis pas un vrai fumeur.
Même si mes idées sont claires, j’aime bien de connaitre le programme de tous les partis. [exem­ples tirés de sites Internet belges divers]