Vous êtes ici : Les verbes » Infinitif, participe et gérondif » L’infinitif
477. Le subordonnant de, un problème de pédagogie du FLE

1. Un découpage trompeur

Dans les manuels finlandais comme dans de nombreux manuels FLE, la manière habituelle de présenter l’« opposition » entre demander qch et demander de faire qch (p. 471 §1) est trompeuse. Dans les manuels, on découpe la cons­truc­tion de telle façon qu’elle suggère que demander est transitif direct quand l’objet est un nom, mais qu’on ajoute une « pré­po­si­tion » ou bien le « mot » de quand l’objet est un in­fi­ni­tif. Même dans les cas où de n’est pas expressément présenté comme un pré­po­si­tion, la disposition graphique sug­gè­re qu’il s’agit d’une cons­truc­tion dif­fé­ren­te :

demander         quelque chose
demander de faire quelque chose

L’apprenant s’imagine ainsi que la cons­truc­tion du verbe change en fonction de l’objet : le verbe est tran­si­tif direct devant un nom, mais devient transitif in­di­rect devant un in­fi­ni­tif, ce qui n’est absolument pas le cas. Cette manière de présenter les « dif­fé­ren­tes » cons­truc­tions de demander a pour conséquence que de nombreux apprenants en déduisent que l’in­fi­ni­tif est en fonction de COI, et, en bonne logique, ils opèrent la pronominalisation de l’in­fi­ni­tif avec en :

Il a demandé de partir → *Il en a demandé.

qui est une erreur fréquemment constatée. Autrement dit, les grammaires donnent l’impression que devant un COD in­fi­ni­tif on « ajouterait » la « pré­po­si­tion » de. Alors que si on uti­li­se la notion de subordonnant, il est facile de comprendre la structure réelle :

demander quelque chose
demander de faire quelque chose

Autrement dit, on comprend facilement que la cons­truc­tion du verbe demander ne change pas, et aussi pourquoi le groupe de faire quelque chose est repris par le pronom le et non pas en. On voit tout l’intérêt d’introduire la notion de subordonnant à un stade précoce de l’enseignement de la grammaire fran­çaise.

2. Verbes non pronominalisables

Les grammaires (voir par exem­ple NGF p. 86) mentionnent souvent une liste de verbes qui ne peuvent pas être remplacés par le, soit parce que l’in­fi­ni­tif n’est pas en fonction de COD (par exem­ple avec sembler), soit parce que le verbe a deux cons­truc­tions dif­fé­ren­tes et que l’emploi de le pourrait provoquer une con­fu­sion sémantique. Ce sont les verbes sembler, accepter, apprendre, commencer, continuer, essayer, fi­nir, oser, oublier, pouvoir, refuser, réussir, savoir :

Tu sais le faire ? Osaatko tehdä sen?
Oui je sais. Kyllä osaan.
[Je le sais signifierait Tiedän sen, savoir est alors un autre verbe].

En présence d’un verbe de cette liste, soit on répète l’in­fi­ni­tif, soit on répète seulement le verbe principal, soit on uti­li­se le « pro-verbe » faire :

Il n’osera pas refuser de venir. →
Il n’osera pas refuser. ou : Il n’osera pas.
[et non : *Il ne l’osera pas.]
Est-ce que tu sauras y aller tout seul ? →
Je saurai y aller. ou : Je saurai.
[et non : Je ne le saurai pas= en tule tietämään sitä]

Plus d’exemples…

Est-ce que ça semble marcher ? →
Oui, ça semble.
[et non : *Ça le semble, qui est agrammatical]
J’ai oublié de prendre rendez-vous. Unohdin tilata ajan.
J’ai oublié de le faire / J’ai oublié.
Elle a accepté de reporter son départ. →
Elle a accepté de le faire. / Elle a accepté.
[et non *Elle l’a accepté.[Hän otti sen vastaan.]
Stéphane a fini de laver la voiture ? Oui, il a fini de le faire / Oui, il a fini.
[et non *Il l’a fini. [= il a fini la voiture]

Cette manière traditionnelle de présenter les exceptions à la pronominalisation par le est doublement cri­ti­quable, d’abord parce que les verbes de la liste sont très hétérogènes (par exemple pouvoir vs com­men­cer) et que la pronominalisation est de toute façon impossible avec pouvoir / devoir / vouloir, qui sont des semi-auxiliaires ; deuxièmement, les cas où la pronominalisation est possible sont nu­mé­ri­que­ment minoritaires (une dizaine de ver­bes). Il vaudrait mieux donc mieux formuler la règle dans l’autre sens, ce qui simplifie considérablement la si­tu­ation (p. 471 §3) :

Normalement, on ne peut pas remplacer un in­fi­ni­tif COD par le, sauf dans le cas des verbes conseiller, déconseiller, envisager, jurer, mériter, promettre, proposer, regretter, reprocher, se rappeler.