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FAQ : Difficile de ou difficile à ?

1. Description

Problème classique, source d’erreurs innombrables et sujet de perplexité inépuisable pour les fin­no­pho­nes (et d’autres sans doute aussi), le mystère « difficile de ou difficile à ? » s’éclaircit quand on a compris le fonc­tion­nement des subordonnant d’in­fi­ni­tif. En finnois, le problème est encore plus sensible, car dans certaines constructions peuvent être extérieurement parfaitement similaires, mais correspondre à deux structures très différentes (en finnois comme en français :

Tämä teoria on vaikea selittää.
Teoriaa on vaikeaa selittää ei matemaatikolle.

La confusion entre ces deux structures est à la base de l'interrogation « difficile de ou difficile à ? », qui, comme on le verra ci-dessous, est une fausse interrogation qui repose sur des présupposés erronés. Il importe d'abord de savoir distinguer deux types de constructions qui contiennent toutes deux un adjectif et le verbe olla (être), mais diffèrent par leur structure de base. Ces constructions sont décrites en détail ailleurs dans cette grammaire, mais reprises ici pour les besoins de la comparaison.

2. L'infinitif complément d'un adjectif

En français, l’adjectif peut être complété par un verbe dans la cons­truc­tion

[GN (est) adjectif à in­fi­ni­tif]

C’était un spectacle horrible à regarder.
Cette grande maison est difficile à chauffer.
C’est un pantalon impossible à repasser.
Ce dispositif est compliqué à mettre en place.

Plus d’exemples…

Cette vérité est dure à admettre.
Le film est trop long à raconter.
C’est une route facile à trouver.
Cette particularité est facile à retenir
Cette chemise est facile à repasser.
Ce projet parait impossible à réaliser.
C’est pas si évident à comprendre.
La décision qui a été prise est facile à critiquer, mais elle était indispensable./p>

Cette cons­truc­tion est très fréquente en français. En finnois, on trouve des cons­truc­tions équi­va­lentes :

a. Tämä päätös on vaikea hyväksyä. Cette décision est difficile à accepter.
b. Tämä paita on helppo silittää. Cette chemise est facile à repasser.

mais en général le finnois uti­li­se d’autres tournures. Pour une analyse de la structure sémantique de la cons­truc­tion en français et d’autres exem­ples en finnois, voir

Ce qui est important, c’est que dans les deux exem­ples a) et b) ci-dessus, on dit quelque chose au sujet d’un nom (Comment est cette décision ? Comment est cette chemise ?). L’adjectif facile ou difficile est attribut (predikatiivi) du sujet (décision, chemise). L’in­fi­ni­tif est le com­plé­ment de cet adjectif.

L’in­fi­ni­tif complétant un adjectif est donc toujours introduit par la pré­po­si­tion à. Il n’existe pas de cons­truc­tion telles que les suivantes :

*facile de faire : **un travail facile de faire
*étonnant de lire : **une nouvelle étonnante d’apprendre
*important de savoir : **une chose importante de savoir )
*impossible d’accepter : **un comportement impossible d’accepter, etc.

pas plus qu’en finnois on ne pourrait dire *se on helppo tehdä työ, *se on yllättävä kuulla uutinen, *se on mah­do­ton hyväksyä käytös, **tämä on vaikea lukea teksti, etc.

3. L'infinitif sujet du verbe être

Il existe éga­le­ment une autre cons­truc­tion dans laquelle on trouve un in­fi­ni­tif suivi d’un adjectif :

Il est adjectif de in­fi­ni­tif (+ objet/cc)

Avant de prendre une décision aussi importante, il est normal d’hésiter un peu.
Il aurait été plus prudent de ne pas prendre la route avec cette tempête de neige.
Il est étonnant de rencontrer tant de touristes en cette saison.

Mais, malgré les apparences, la cons­truc­tion est totalement dif­fé­ren­te de celle présentée au §2 car ici l’in­fi­ni­tif n’est pas le com­plé­ment de l’adjectif. Il s’agit d’une cons­truc­tion impersonnelle, avec sujet ap­pa­rent il (ici, en finnois, il n’a pas d’équi­va­lent, car le verbe olla n’a pas besoin de sujet apparent pour in­di­quer la 3e personne), et le groupe de in­fi­ni­tif + objet est le sujet réel (p. 342), inversé du verbe olla / être. L’in­fi­ni­tif est dans un tel cas précédé obligatoirement du subordonnant de (p. 464) :

On vaikea lukea tämä kirja ilman alan tuntemusta. =
Tämän kirjan lukeminen ilman alan tuntemusta [sujet] on vaikeaa.
Il est difficile de lire ce livre sans connaitre la branche. =
Lire ce livre sans connaitre la branche [sujet] est difficile.

Il s’agit exactement de la mê­me cons­truc­tion que les complétives sujet réel :

Il est normal que tu aies des dif­fi­cul­tés à comprendre.
On luonnollista, että sinun on vaikea ymmärtää.

Si on uti­li­se une cons­truc­tion in­fi­ni­tive, on obtient la phrase suivante :

Il est normal d’avoir des dif­fi­cul­tés à comprendre cette cons­truc­tion.
On luonnollista, että tämän rakenteen ymmärtäminen tuottaa vaikeuksia.

Comparer aussi :

Il est impossible que tu n’acceptes pas. On mahdotonta, ettet suostu.
Il est impossible de ne pas accepter. On mahdotonta olla suostumatta.

Dans ces cons­truc­tions, le mot de est donc un subordonnant, et n’est pas une pré­po­si­tion, con­trai­re­ment au mot à utilisé dans les constructions adjectif à infinitif. Il est donc grammaticalement im­pos­si­ble de mettre sur le même niveau ou de comparer les constructions facile à et facile de, car on ne com­pare pas les mêmes mots. La phrase il est difficile de lire ce livre est donc une simple variante d’autres cons­truc­tions du mê­me type avec d’autres adjectifs que difficile :

Il est normal d’hésiter.
Il est étrange de prétendre une chose pareille.
Il aurait été scandaleux d’accepter.
Il est très difficile de perdre une mauvaise habitude.

Comparer également…

Je te recommande ce livre. Il est facile à lire. [il : ce livre] Suosittelen sinulle tätä kirjaa. Se on helppolukuinen.
Je te recommande ce livre. Il est utile de le lire. [il : sujet apparent]. Suosittelen sinulla tätä kirjaa. On hyödyllistä lukea se.
Tämä kirja on hyvä lukea, jotta voisi perehtyä asiaan paremmin. Il est bon de lire ce livre pour pouvoir approfondir la question.
Nämä kirjat on hyvä lukea, jotta voisi perehtyä asiaan paremmin [et non pas *hyviä lukea]. Il est bon de lire ces livres pour pouvoir approfondir la question.

Au total, on peut dire que la question « sanotaanko difficile de vai difficile à ? » est d’une certaine manière complètement absurde, car il s’agit de choses qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, il s’agit d’une fausse problématique (qui n’existe pas pour les francophones) qui est due essentiellement à l’influence du finnois (renforcée par l’influence de l’anglais) et à la mauvaise interprétation des mécanismes finnois de départ.