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484. Les propositions participiales cir­cons­tan­cielles

1. Généralités

Le participe (présent ou passé) peut s’uti­li­ser pour remplacer une proposition sub­or­don­née cir­cons­tan­ciel­le. Cet emploi est fréquent à l’écrit, très rare à l’oral. Les sub­or­don­nées participiales en français rap­pel­lent en grande partie les cons­truc­tions participiales du finnois (Ajettuamme jonkin matkaa…, Oleskeltuaan maassa kaksi vuotta, etc.). La caractéristique des sub­or­don­nées participiales est que le participe exprime implicitement une valeur cir­cons­tan­cielle, le plus fréquemment la cause, le temps ou la condition, qui se déduit du contexte et du sens de la phrase. Le participe remplace ainsi à la fois le verbe conjugué et la con­jonc­tion de subor­di­na­tion :

Comme il n’avait plus d’argent… → n’ayant plus d’argent…
Quand ils furent enfin rentrés de voyage… → étant enfin rentrés de voyage…
Si ces précautions sont bien respectées… → Bien respectées, ces précautions…

Quand le sujet de la proposition cir­cons­tan­cielle est le mê­me que celui de la principale, il n’est pas ex­pri­mé devant le participe. Dans les exem­ples cités ici (par exem­ple n’ayant plus d’argent), le participe en­glo­be donc 1) la conjonction de subordination comme, 2) le sujet il, 3) le verbe avait.

Comme les autres propositions cir­cons­tan­cielles, la proposition sub­or­don­née participiale peut être an­té­po­sée à la principale, ou postposée (voir p. 701). Elle est toujours séparée de la principale par une virgule.

2. Des formes de la langue écrite

La proposition sub­or­don­née participiale est toujours, dans tous les cas, équi­va­lente à une proposition sub­or­donnée cir­cons­tan­cielle introduite par une conjonction de subordination. Toutes les participiales peuvent être transformées en sub­or­don­nées cir­cons­tan­cielles introduites par une conjonction ; l’inverse n’est pas vrai.

Comme dans le cas des relatives, les gouts stylistiques (« belle langue », « beau style ») classiques préco­ni­sent d’uti­li­ser le moins possible de conjonctions avec que et de recourir dès que possible aux participiales, considérées (de façon purement arbitraire) comme plus élégantes. Il est vrai que dans certains cas, la par­ti­ci­piale permet d’alléger une phrase contenant plusieurs propositions sub­or­don­nées et d’éviter la ré­pé­ti­tion inutile de que ou d’autres conjonctions. Mais dans la langue parlée, de telles considérations ne jouent au­cun rôle et les participiales sont très rares (et seraient mê­me inattendues).

3. Le sujet doit être identique à celui de la principale

Quand le sujet implicite (A) du participe a le mê­me référent que le sujet (A) de la principale, le participe s’emploie seul, sans sujet exprimé. La participiale se comporte alors comme une sorte d’épithète dé­ta­chée (puisque le participe est un adjectif), rejetée en tête de phrase, mais souvent aussi postposée à la prin­cipale :

N’ayant plus assez d’argent pour s’acheter un nouveau vélo, Aurèle a dû retaper son vieux biclou.
Voulant se reposer, les marcheurs s’allongèrent sous un arbre.
N’ayant pas pu trouver de place à l’intérieur, le groupe est allé diner sur la terrasse.
N’étant pas rentrés à temps, nous avons raté le film à la télévision.
N’ayant pas encore été informée du résultat du concours, Violaine devenait de plus en plus anxieuse.
Le chercheur avait préféré démissionner, renonçant à la carrière prometteuse qui s’ouvrait à lui.

4. Omission de l’auxiliaire

Si le participe est la forme composée d’un participe passé d’un verbe intransitif ou d’un verbe au passif, on peut omettre l’auxiliaire (étant) si le verbe est à la forme affirmative (si le participe est à la forme né­ga­tive, l'auxiliaire est obligatoire, voir p. 482 §2). Dans ce cas, le participe prend sou­vent une valeur plus temporelle (antériorité) et exprime souvent l’idée d’achèvement. Comparer :

La blessure étant cicatrisée, vous n’avez plus besoin de pansement. [valeur de cause]
Sa blessure à peine cicatrisée, il voulut se lever. [valeur temporelle, « Dès que sa blessure fut cicatrisée... »]
Le radiateur étant éteint, il n’est pas étonnant que vous ayez froid. [valeur de cause]
La lumière éteinte, il s’endormit aussitôt. [valeur temporelle, « Dès que la lumière fut éteinte... »]
Le repas étant terminé, tu peux te lever de table. [valeur de cause]
Le repas terminé, ils passèrent au salon. [valeur temporelle, « quand le repas fut terminé... »]
La porte étant fermée à clé, nous n’avons pas pu entrer. [valeur de cause]
La porte fermée à clé, il se sentit plus en sécurité. [valeur temporelle, « Quand la porte fut fermée... »].

Mais un participe uti­li­sé seul peut aussi exprimer d’autres valeurs :

Partis à l’aube, nous arrivâmes au sommet dès 9h45. Lähdettyämme aamukoitteessa saavuimme huipulle jo klo 9.45 [nuance de cause].
Bien respectées, ces quelques précautions peuvent faire toute la dif­fé­ren­ce. Hyvin noudatettuina nämä muutamat varotoimet saattavat olla ratkaisevia. [nuance de condition].

5. Le sujet ne peut pas être un pronom personnel conjoint

Contrairement au finnois, où le participe peut porter une marque de personne (nähdessämme, sanottuasi, tultuaan etc.), en français le participe ne peut pas avoir comme sujet un pronom personnel (je, tu, il etc.) La forme *il ayant dit est impossible. La personne est indiquée par le verbe de la proposition principale. En revanche, on peut uti­li­ser tous les pronoms conjoints com­plé­ment d’ob­jet direct ou com­plé­ment d’ob­jet in­di­rect (me, te, se, lui, y, en etc.) :

Se demandant d’où venait le bruit, il sortit dans la cour.
L’ayant aperçu de loin, je l’ai appelé pour qu’il me rejoigne.
Se la reprochant constamment, il ne parvenait pas à oublier sa maladresse.
Ne le lui ayant jamais avoué, j’avais du mal à lui dire au moment de son départ que j’avais été amoureux d’elle.

De même, on peut utiliser des formes de pronom personnel sujet disjointes. Le sujet est alors mis en relief. Ces formes s’emploient en principe à toutes les personnes quand l’auxiliaire étant n’est pas exprimé (a), mais dans les autres cas (et même dans le cas a), l’emploi de ces formes est limité à certaines personnes et certains verbes :

(a) Moi parti, vous pourrez décider librement du partage des biens.
(b) Lui ayant démissionné, j’imagine que tout va aller pour le mieux dorénavant.

En revanche, on peut trouver facilement des cas où le pronom disjoint précède une participiale circonstancielle incise (dont il est le sujet logique mais pas le sujet grammatical) isolée du reste de la phrase par des virgules :

Moi, n’ayant pas réserver suffisamment à l’avance, j’ai dû payer le prix fort.
Nos amis de Paris auront l’occasion découvrir cet excellent restaurant, alors que nous, ayant pour objectif de rentrer avant midi, nous ne viendrons pas au déjeuner.

6. Sujet groupe nominal

Quand le sujet implicite (A) du participe n’a pas le mê­me référent que le sujet (B) de la principale, on ex­prime le sujet devant le participe, comme dans le cas d’un verbe normal. Le sujet est dans ce cas toujours obligatoirement un groupe nominal ou un pronom (surtout des pronoms indéfinis), mais ce ne peut pas être un pronom personnel (je te il nous etc., voir §4) :

Aurèle n’ayant plus assez d’argent pour s’acheter un nouveau vélo, je lui ai prêté mon vieux biclou.
Le temps étant très brumeux et les alpinistes ne voulant pas prendre de risques, la conquête du sommet dut être remise au lendemain.
Les futurs beaux-parents étant enfin rentrés de voyage, nous avons pu entamer les préparatifs du mariage.
Les étudiants ayant souhaité pouvoir donner leur avis sur la réforme, plusieurs réunions seront organisées avant la fin du mois.
Les émeutes ayant cessé, la ville retrouva un peu de calme.
Leurs enfants n’étant encore jamais restés seuls à la maison sans leur surveillance, les parents éprouvaient une certaine appréhension.
Rien ne pouvant plus le distraire de son travail, il acheva sa thèse en un mois.
Ces applications peuvent avoir été programmées par de nombreux développeurs, certains n’ayant pas le temps ou la patience de comprendre le code qu’ils modifiaient.

Remarque : ne pas confondre les cons­truc­tions de ce genre avec des participiales ayant valeur de relative. Comparer :

Les étudiants ayant souhaité pouvoir donner leur avis sur la réforme, plusieurs réunions seront organisées avant la fin du mois. Opiskelijoiden ilmaistua halunsa antaa mielipiteensä uudistuksesta, laitos tulee järjestämään useita kokouksia kuun loppuun mennessä.
Les étudiants ayant souhaité pouvoir donner leur avis sur la réforme sont priés de contacter la secrétaire. Opiskelijoita, jotka ovat ilmaisseet halunsa antaa mielipiteensä uudistuksesta, pyydetään ottamaan yhteyttä amanuenssiin.

Si le participe est un participe passé de verbe intransitif ou passif, on peut omettre l’auxiliaire :

Le contrat signé, les travaux débuteront immédiatement. Heti kun sopimus on allekirjoitettu, työt alkavat.
La paix revenue [= la paix étant revenue], le pays retrouva rapidement sa prospérité. Rauhan palattua maa alkoi pian kukoistaa uudelleen.
Sa femme morte [= sa femme étant morte], Jérôme décida de vendre la maison. Vaimonsa kuoleman jälkeen Jerôme päätti myydä talon.

7. Erreurs fréquentes

Comme dans le cas des in­fi­ni­tives (voir p. 676 §4), cette règle de l’identité du sujet est souvent mal ob­ser­vée par les usagers. Souvent, le fait d’uti­li­ser un participe dont le sujet implicite n’est pas le mê­me que celui du verbe conjugué auquel il se rapporte n’entrave pas la compréhension de la phrase (exem­ple 1), mais dans certains cas, la phrase devient obscure ou comique (exem­ple 2) :

[1] Partis de bonne heure, le jour du match, l’association offrait le petit déjeuner avant de découvrir la belle ville de Marseille [Ladepeche.fr 8.5.2009]
[2] Hospitalisé, son mouton meurt dans son champ. [Titre dans Ouest-France 15.8.2011]

Dans ce dernier exem­ple, la phrase signifie que le mouton a été transporté à l’hôpital, puis s’en est échap­pé pour venir mourir dans son champ. En réalité, c’est évidemment le propriétaire du mouton qui a été hos­pi­ta­lisé, à cause de quoi la malheureuse bête a dépéri dans son champ faute d’être nourrie. Le titre au­rait dû être (par exem­ple) :

Son propriétaire hospitalisé, le mouton meurt dans son champ.