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487. Le gérondif

1. Définition

Le gérondif est habituellement présenté dans les grammaires comme une forme verbale (parfois mê­me un mode verbal) nettement séparé du participe. En effet, étymologiquement, ce n’est pas la mê­me forme que le participe présent : chantant participe présent est issu du latin *cantante(m), alors que le gérondif est issu du latin cantando. Mais, du fait de l’évolution phonétique du français, les deux formes ont fini par se confondre. De plus, comme la forme verbale du gérondif est identique à celle du participe (marchant, étant etc.), on le présente ici en mê­me temps que le participe, parce que pour l’apprenant allophone, c’est justement cette identité des formes qui provoque des confusions et des erreurs. L’expérience montre que du point de vue de l’apprenant FLE, le gérondif est un emploi particulier du participe avec la pré­po­si­tion en. Contrairement aux sub­or­don­nées par­ti­ci­pia­les (p. 484), le gérondif est aussi courant dans la langue parlée que dans la langue écrite.

On forme le gérondif en ajoutant la pré­po­si­tion en devant le participe présent ou le participe passé forme composée. Dans le cas des verbes à pronom réfléchi, il faut faire attention à la forme du pronom, qui dé­pend de la personne du sujet logique du gérondif (comme dans le cas du participe, voir p. 480 §3) :

marcher → en marchant, en ayant marché
appeler → en appelant, en ayant appelé
rougir → en rougissant, en ayant rougi
sortir → en sortant, en étant sorti
mentir → en mentant, en ayant menti
rendre → en rendant, en ayant rendu
naitre → en naissant, en étant né
mettre → en mettant, en ayant mis 
se laver → en se lavant, en s’étant lavé, en me lavant, en m’étant lavé
s’en aller → en m’en allant lähtiessäni, en nous en allant
s’énerver → en vous énervant ainsi jos hermostutte tällä tavalla
s’enfuir → En s’enfuyant, les bandits avaient ouvert le feu sur la police.

2. Le gérondif dépend d’un verbe

Le gérondif se rapporte toujours à un verbe ; il n’a jamais de sujet exprimé, le sujet est toujours celui du verbe auquel il se rapporte. On ne peut pas former de proposition sub­or­don­née participiale avec un gérondif ayant comme sujet un nom, contrairement aux propositions participiales (p. 484 §6). Mais le gé­rondif peut avoir des com­plé­ments d’objet.

Le gérondif est fondamentalement assimilable à un adverbe : on l’uti­li­se comme un com­plé­ment cir­con­stanciel qui exprime diverses valeurs, temps, manière, cause, condition, concession, etc., qui dépendent du sens du verbe ou de la phrase. Il est aussi mobile que le com­plé­ment cir­cons­tan­ciel : il peut se placer en tête de phrase, immédiatement après le verbe, ou en fin de phrase.

Du point de vue d’un francophone, les dif­fé­ren­tes valeurs du gérondif ne posent pas de problème. Pour les fin­no­pho­nes, en revanche, il soulève de nombreuses dif­fi­cul­tés, car, selon sa valeur, il a des équi­va­lents différents en finnois, et c’est pourquoi il est étudié p. 488 en fonction du sens.

3. Dif­fé­ren­ce entre les participiales et le gérondif

Il n’est pas toujours très facile de saisir la dif­fé­ren­ce de sens entre une véritable cons­truc­tion participiale et un gérondif. D’ailleurs, les francophones eux-mê­mes confondent parfois les deux cons­truc­tions (voir ci-dessous §4). La dif­fé­ren­ce de sens principale entre la participiale et le gérondif est que la participiale apporte une information qui porte sur toute la phrase ; le gérondif apporte une information qui porte plus di­rec­te­ment sur le verbe. Très souvent, la concomitance qu’exprime le gérondif est nettement plus forte que dans le cas d’une participiale. Comparer :

Participiale : Se levant d’un bond, il sortit. [1) il se leva d’un bond ; 2) il sortit.]
Gérondif : En se levant, il se prit les pieds dans le tapis. [les deux évènements se produisent quasi simultanément].

Souvent, cette stricte relation temporelle ou causale rendrait l’uti­li­sation du gérondif absurde ou co­mi­que :

En se levant d’un bond, il sortit. Hän meni ulos pomppaamalla pystyyn. [on pourrait dire ceci d’un kangourou, évidemment].
Les marcheurs avançaient en souffrant du froid. Patikoijat etenivät palelemalla. [à comparer avec une phrase bien construite : Les marcheurs, souffrant du froid, avançaient péniblement. Kylmissään olevat patikoijat etenivät vaivalloisesti.].
Il rentra tard, ayant eu une longue conversation avec son ami d’enfance. [gérondif impossible, car Il rentra tard, *en ayant eu une longue conversation avec son ami d’enfance signifierait qu’il a eu la conversation avant et en mê­me temps qu’il est rentré].

Dans les exem­ples comparatifs suivants, on voit la nette valeur cir­cons­tan­cielle du gérondif :

Étant souvent absent, le professeur de maths avait acquis mauvaise réputation chez les élèves.
[Le participe exprime une cause simple, qui n’est pas pas forcément la seule possible].
En étant souvent absent, le professeur de maths mettait sa carrière en danger. [gérondif : cause/conséquence immédiate].
Achetant régulièrement des magazines d’information, il était très au courant de la situation internationale. [Participe, cause, explication]
En achetant régulièrement des magazines d’information, il s’était constitué une riche documentation sur le sujet [Le gérondif exprime le moyen].

4. Une distinction souvent malaisée

Les francophones eux-mê­mes ont tendance à confondre participe présent et gérondif. On a ainsi trouvé sur un site Internet de prénoms (avril 2009) l’explication suivante du nom Michel :

En gouvernant les bons anges de la milice céleste, l’archange Michel représente les forces du bien dans la Bible.

Le gérondif initial En gouvernant est maladroit, car il suggère que le gouvernement des bons anges est le moyen par lequel l’archange représente les forces du Bien, alors que c’en est la cause. Ou bien il aurait une valeur temporelle comique : Quand il commande les anges, il représente les forces du bien... [et le reste du temps il ne représente le mal ou... rien]. En fait, il faut un participe à valeur causale :

Gouvernant les bons anges de la milice céleste, l’archange Michel représente les forces du bien dans la Bible.

ce qui signifie en substance : « comme/parce qu’il gouverne les bons, l’archange représente le bien ». Les in­cer­titudes et les erreurs des fin­no­pho­nes (et d'autres apprenants de FLE) dans ce domaine s’expliquent donc aisément et elles sont fréquentes. Exem­ples authentiques relevés dans des travaux d’étudiants :

(1) ? En n’étant pas intelligent, il a raté son examen. En finnois : ?Olemalla tyhmä hän epäonnistui tentissä.
(2) Nous définissons ici ces concepts de manière superficielle rapide, *négligeant les définitions plus détaillées.

Dans la phrase (1), il aurait fallu un participe (il fallait dire : N’étant pas intelligent, il a raté son examen.). In­versement, dans la phrase (2), il faut un gérondif, car l’action est fortement liée (temporellement) au ver­be : Nous définissons ces concepts de manière superficielle en négligeant les définitions plus dé­tail­lées, autrement dit « quand nous définirons les concepts, nous négligerons les définitions plus détaillées ». En fin­nois, on dirait : ja jätämme pois / jättäen pois.