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493. Auxiliaire avoir, cas particuliers

1. Objet à valeur de quantité

Le participe passé de certains verbes exprimant une quantité (valeur, prix, poids, longueur, durée, etc.) comme couter, valoir, durer, peser, mesurer, courir, vivre, régner, est invariable quand l’objet renvoie à une valeur concrète (voir explication p. 498 §1) :

Les trois ans qu’il a vécu ici ont passé vite. Ne kolme vuotta, joiden aikana hän asui täällä, ovat kuluneet nopeasti.
Les deux cent mètres qu’il a couru l’ont laissé essoufflé.
Je ne me rappelle plus combien d’euros cela a couté.
Ce tableau ne vaut plus la somme qu’il a valu.
Les quatre heures que ce voyage a duré m’ont semblé une éternité.

On peut cependant éga­le­ment uti­li­ser ces verbes dans un sens figuré. L’objet direct est alors interprété comme un véritable objet et non plus une expression de quantité, et le verbe se comporte comme un verbe transitif direct ordinaire. Dans ce cas, on fait l’accord du participe passé (comparer avec les exem­ples précédents) :

Les trois années pénibles qu’il a vécues ici lui ont laissé un mauvais souvenir. Hänelle jäi ikävä muisto niistä kolmesta vaikeasta täällä vietetystä vuodesta.
Les dangers qu’il a courus ne l’ont pas impressionné. Hän ei piitannut kokemistaan vaaroista.
Tu ne peux pas imaginer les sacrifices que cette décision m’a coutés. Et voi kuvitellakaan, millaisia uhrauksia se päätös minulle merkitsi.
Il ne s’attendait pas aux honneurs que lui ont valus ses recherches. Hän ei osannut odottaa kunnianosoituksia, jotka hänen tutkimuksensa hänelle toivat.

2. Verbes impersonnels

Le participe passé des verbes impersonnels reste invariable mê­me quand le COD précède le verbe :

Avec la chaleur qu’il a fait cet été on a pu se baigner dans les lacs jusque fin aout.
[< Il fait une chaleur terrible : il fait est impersonnel et signifie « il y a »]

Les sommes qu’il a fallu étaient considérables.
[< Il a fallu des sommes considérables. Dans ce cas des sommes est de toute façon sujet réel, il n’y a donc pas de possibilité d’accord.]

Le verbe il y a entre aussi dans cette catégorie :

Les nombreux accidents qu’il y a eu ont entrainé l’interdiction des pétards.
Tous les problèmes qu’il y a eu au début sont maintenant oubliés.

3. Expressions collectives

Quand l’objet est déterminé par un déterminant singulier à sens pluriel (un grand nombre de, le peu de, une quantité de, etc.), le participe passé peut s’accorder au singulier ou au pluriel :

Le grand nombre de personnes qu’il a rencontré [= nombre] ou rencontrées [= personnes]
Le peu de gratitude qu’il a témoigné [= peu] ou témoignée [= gratitude]
La grande quantité d’exem­ples qu’il a donnée [= quantité] ou donnés [= exem­ples]

Mais quand le déterminant a un sens nettement pluriel (combien de), on fait l’accord au pluriel :

Combien de nuits elle a passées devant son ordinateur à rédiger cette thèse !
Que de problèmes inattendus elle a rencontrés !

Mais le participe ne s’accorde pas si le nom se trouve rejeté après le verbe, et séparé du déterminant (cas assez peu fréquents, qui se rencontrent surtout dans la langue soutenue) :

Combien ai-je passé de nuits devant mon ordinateur à rédiger ce livre !

4. Objet dépendant d’un in­fi­ni­tif

Quand l’objet dépend d’un in­fi­ni­tif com­plé­ment d’un autre verbe comme faire, laisser, devoir, pouvoir, vouloir, le participe passé ne s’accorde pas :

La maison qu’ils ont fait construire est très coquette. [qu’ est l’objet de l’in­fi­ni­tif construire et non du verbe ont fait] Talo, jonka he rakennuttivat, on hyvin kodikas.
C’était une belle occasion, malheureusement tu l’as laissé passer.
Les médicaments qu’il a dû prendre lui ont retourné l’estomac.

La cons­truc­tion faire + in­fi­ni­tif est source de beaucoup d’incertitudes et d’erreurs chez les usagers fran­co­pho­nes, voir p. 498 §2.

Remarque : Les verbes faire, laisser, devoir et vouloir peuvent aussi être des verbes transitifs, et leur participe passé peut s’accorder si nécessaire :

Tu as eu tous les cadeaux que tu as voulus ?
Ne pense pas trop aux erreurs que tu as faites.
Les coings n’étaient pas encore tout à fait mûrs, je les ai laissés sur l’arbre. Kvitteniomenat eivät olleet vielä aivan kypsiä, jätin ne puuhun.
Les brillantes communications qu’on lui a dues ont galvanisé les jeunes chercheurs.

5. Propositions infinitives

Dans les in­fi­ni­tives COD d’un verbe de perception (entendre, écouter, voir, regarder, sentir, p. 671 §3), le participe passé s’accorde avec le sujet de l’in­fi­ni­tif quand ce sujet est rejeté devant le verbe principal (en pratique toujours sous la forme que ou la/les) :

J’ai écouté la cantatrice chanter. [J’ai écouté [la cantatrice chanter]] → La cantatrice que j’ai écoutée chanter…
J’ai entendu les enfants jouer. [J’ai entendu [les enfants jouer]] → Les enfants que j’ai entendus jouer…
On a senti sa voix trembler. [On a senti [sa voix trembler]] → Sa voix, qu’on a sentie trembler…

La proposition in­fi­ni­tive peut elle-mê­me dépendre d’un autre verbe in­fi­ni­tif dépendant d’une principale :

Je croyais les avoir entendus parler. [< je croyais que je les avais entendus parler] Luulin kuulleeni heidän puhuvan.

Si le pronom que ou me/te/la/les etc. précédant le verbe principal n’est pas le sujet de l’in­fi­ni­tif, le par­ticipe passé ne s’accorde pas. Dans ces cas, le sujet de l’in­fi­ni­tif est le pronom sous-entendu quelqu’un ou on (ou plus exac­te­ment il s’agit d’une cons­truc­tion passive cachée par quelqu’un) :

J’ai écouté chanter une aria. [< J’ai écouté [quelqu’un chanter une aria], aria est l’objet de chanter.] →
L’aria que j’ai écouté chanter était très belle.
J’ai entendu jouer une jolie mélodie. [< J’ai entendu [quelqu’un jouer une jolie mélodie.]]
La mélodie que j’ai entendu jouer était très belle.

On retrouve la mê­me dif­fé­ren­ce en finnois :

La pianiste que j’ai entendue jouer… Pianisti, jonka kuulin soittavan…
La sonate que j’ai entendu jouer… Sonaatti, jota kuulin soitettavan

Il en va de même dans les cas où le sujet du verbe principal renvoie au mê­me référent que l’objet de l’in­fi­ni­tif (dont le sujet est impersonnel) et où on uti­li­se une forme réfléchie. Comme le pronom réfléchi n’est pas le sujet de l’in­fi­ni­tif, mais l’objet de celui-ci, il n’y a pas d’accord :

Elle a senti que quelqu’un la poussait dans le dos. → Elle s’est senti pousser dans le dos.
J’ai entendu que quelqu’un/on m’appelait. → Je me suis entendu appeler.

On oppose donc la phrase (a) ci-dessous, où se est le sujet de l’in­fi­ni­tif et il y a accord, et la phrase (b), où se est le COD de l’in­fi­ni­tif et il n’y a pas accord :

(a) Elle s’est entendue appeler ses enfants. [elle appelait ses enfants, par exem­ple avant de perdre connaissance].
[b] Elle s’est entendu appeler. [quelqu’un l’appelait]

Cependant, il y a aussi des cons­truc­tions verbe + in­fi­ni­tif dans lesquelles l’in­fi­ni­tif n’est pas le COD du verbe, par exem­ple envoyer + in­fi­ni­tif, voir p. 498 §4.

6. Objet dépendant d’une phrase sous-entendue

Dans les exem­ples suivants, le participe passé reste invariable, bien que l’objet semble précéder le verbe :

Il n’a pas eu pu dire toutes les choses qu’il aurait voulu.
Il a donné toutes les réponses qu’il a pu.

Explication : dans le premier exem­ple, que n’est pas le COD de aurais voulu, mais du verbe sous-entendu faire (j’aurais voulu faire) :

Je n’ai pas eu le temps de faire toutes les choses que j’aurais voulu [faire].

Dans le deuxième exem­ple, que est l’objet du verbe sous-entendu donner :

Il a donné toutes les réponses qu’il a pu [donner].

De mê­me, dans la phrase suivante, que est le COD de prendrait et non d’avais pensé :

La décision que j’avais pensé qu’on prendrait ne l’a pas été.
(< On n’a pas pris la décision que j’avais pensé qu’on prendrait.)
Mot à mot : Päätöstä, jonka luulin tehtävän, ei tehty.

Le premier que est un pronom relatif, le deuxième que signifie « että ». La phrase finnoise, qui est l’équi­valent exact de la cons­truc­tion in­fi­ni­tive française, est très lourde (on dirait plutôt par exem­ple Sitä pää­tös­tä, joka luulin että tehdään, ei kuitenkaan tehty, phrase qui n’est pas non plus un chef-d’œuvre de légèreté) ; le français est ici plus souple.