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497. L’érosion du participe passé

1. Une survivance du passé

Dans la majorité des cas, l’accord du participe passé ne s’entend pas à l’oral, car l’e ou le s final ne se pro­non­cent pas. On n’entend l’accord que lorsque le participe passé se termine par une consonne, comme celui de faire, peindre, mettre, dire, écrire, prendre etc. :

faites, peinte, mises, dite, écrite, prises etc.

Au total, cela représente une quantité très limitée de formes dans lesquelles on entend l’accord. Le ré­sul­tat est que dans la langue parlée, l’accord du participe passé est rarement observé (voir ALPF p. 40). Couramment, on dira :

les choses qu’il a dit
les lettres qu’il m’a écrit
la chemise que j’ai mis hier, etc.

Cependant, l’apprenant FLE ne doit pas en déduire que l’accord du participe passé est facultatif. La mê­me personne qui, en parlant avec des amis dit la lettre que j’ai écrit hier peut très bien faire l’accord (écrite) dans une situation moins familière. Dans la langue écrite, on observe en principe strictement l’accord du participe passé — du moins les gens qui sont capables d’en comprendre les règles.

En effet, les usagers francophones éprouvent énormément de dif­fi­cul­tés à observer les règles de l’accord du participe passé. L’apprenant FLE qui consulte par exem­ple des sites Internet ne doit pas s’étonner de trou­ver d’innombrables erreurs d’accord dans des blogs, des forums, etc. On a ainsi trouvé sur Internet (mars 2017) plusieurs centaines d’occurrences de la séquence les choses qu’il/elle a dit. Là non plus, l’ap­prenant ne doit pas en déduire que l’accord est facultatif en français : il reste de règle de faire l’accord (les choses qu’il a dites).

2. Évolution et norme

Pour les puristes, ces phénomènes sont la marque de l’ignorance, de la « dégradation » ou de l’« avi­lis­se­ment » du français. Mais sur le plan linguistique, cette érosion de l’accord du participe passé est un phé­no­mè­ne parfaitement naturel et mê­me logique, car il représente l’aboutissement du processus de gram­ma­ti­ca­li­sation du participe. À une épo­que ancienne, les temps composés se sont formés sur une périphrase avoir + participe passé. La phrase suivante :

J’ai la pomme mangée. (J’ai mangé la pomme)

était une cons­truc­tion avec attribut de l’objet (cf. j’ai la jambe cassée). En finnois, on trouve dia­lec­ta­le­ment des temps composés avec un participe en essif, olen syönnä, qui correspondent exactement à une évo­lu­tion similaire. Progressivement, le sens d’attribut du participe s’est perdu, le participe a été collé au verbe (j’ai mangé la pomme) et a été senti comme un simple élément de cons­truc­tion du verbe, devenu in­va­ria­ble. L’accord s’est maintenu dans le cas où l’objet se trouve encore devant le participe, mais, s’il n’y avait pas eu un maintien artificiel de cet accord par la tradition scolaire, il aurait disparu depuis long­temps. Les textes montrent que dès le XVIIe siècle, l’accord du participe était déjà sérieusement menacé dans des cas comme les choses qu’il a dites.

Il reste que dans la norme moderne de l’écrit, il est encore de règle d’observer l’accord du participe passé. L’apprenant FLE n’a donc pas d’autre choix que de s’efforcer d’appliquer les règles de l’accord. Il le fait souvent mieux et plus consciencieusement que nombre de francophones, du moins s’il a appris la langue dans un milieu institutionnel (milieu scolaire ou autre), où il passe nécessairement par une étape de conceptualisation des règles de grammaire.