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498. Remarques sur l’accord du participe passé

1. Compléments de quantité

Le fait qu’on ne fasse pas l’accord quand le COD qui précède le verbe désigne une quantité est dû au fait que dans la cons­truc­tion ce livre coute quinze euros, le GN quinze euros n’est pas un objet ordinaire (c’est cet objet qu’on appelle en finnois OSMA, objektin sijainen määräadverbiaali, voir VISK §1516). En finnois, dans les phrases :

Kirja maksoi kympin. Le livre a couté dix euros
Poika maksoi kirjasta kympin. Le garçon a payé dix euros pour le livre.

l’action du verbe ne porte pas sémantiquement de la mê­me manière sur kympin (le garçon fait quelque cho­se de concret, le livre ne « fait » rien). Comparer éga­le­ment en finnois :

Odotin hetken. J’ai attendu un instant.
Odotin sopivaa hetkeä. J’ai attendu l’instant favorable.

Dans ces phrases, hetki n’a pas le mê­me sens : le premier désigne une durée, le deuxième est un véritable COD. On écrit donc Combien de jours a-t-il attendu ?, parce que combien de jours signifie « pendant com­bien de jours » (Kuinka monen päivän ajan). En revanche, on écrit : Combien de personnes a-t-il at­ten­dues ? (Kuinka monta ihmistä hän odotti?).

2. Faire + in­fi­ni­tif

La règle concernant l’absence d’accord du participe du verbe faire suivi d’un in­fi­ni­tif (la maison qu’ils ont fait construire, voir p. 493 §4) est facilement compréhensible pour des fin­no­pho­nes, qui comprennent que dans faire construire, le verbe faire a valeur d’auxiliaire factitif, équi­va­lent aux factitifs en -ttAA du fin­nois :

rakentaa construire / rakennuttaa faire construire
tehdä faire / teettää faire faire
ostaa acheter / ostattaa faire acheter etc.

Il est donc facile (pour des fin­no­pho­nes, du moins) de comprendre que dans la maison qu’ils ont fait construire, le pronom relatif est l’objet direct du verbe faire construire, et non pas du verbe faire. Pour­tant, cette règle semble incompréhensible à un grand nombre d’usagers francophones, qui, interprétant mal la cons­truc­tion, sont persuadés qu’il faut dire (ou écrire) la maison que j’ai *faite faire.

Le verbe laisser est éga­le­ment assimilable à un auxiliaire similaire à faire (comparer : j’ai fait sortir les enfants / j’ai laissé sortir les enfants), et pourtant, avant la réforme de l’orthographe de 1990, de nom­breu­ses grammaires réclamaient qu’on fasse l’accord (les enfants que j’ai laissés sortir). Cette or­tho­gra­phe se rencontre évidemment dans nombre de textes antérieurs au XXIe siècle. Heureusement, la nou­velle or­tho­gra­phe a aligné laisser sur faire et on ne fait plus l’accord dans ce cas : les enfants que j’ai laissé sortir.

3. Se demander et les fautes d’accord

De très nombreux uti­li­sateurs francophones ont tendance à accorder systématiquement (par « pré­cau­tion », voir p. 582) le participe du verbe se demander avec le sujet, parce qu’ils ont beaucoup de mal à com­pren­dre cette règle (ils interprètent mal la cons­truc­tion). Cela concerne aussi de nombreux autres verbes avec pro­nom réfléchi, comme le montrent ces quelques exem­ples relevés dans des journaux en ligne en aout 2009 :

« Il y a eu une période pendant laquelle j’ai pleuré sur moi mê­me, mais qui n’en aurait pas eue ? », s’est *demandée l’actrice de « Friends ». [le Figaro]
Une femme de Longueuil qui s’est *fracturée un poignet et un coude en raison d’une chute sur un trottoir va obtenir 112 000 dollars en dommages et intérêts. [Le Matin, Québec]
Lorsque Wambach [une footballeuse] s’est *cassée la jambe juste avant les JO, les deux autres attaquantes ont dû changer leur jeu. [RTLSport.be, Belgique]. etc.

Dans tous ces exem­ples, les participes devraient être sans accord : s’est demandé, s’est fracturé, s’est cas­sé. Dans les blogs, forums, etc., les exem­ples similaires se comptent par millions. L’apprenant FLE doit donc faire at­tention à ne pas considérer ces déviations systématiques comme la règle et à ne pas accorder le participe. Au besoin, il peut être amené à faire une petite leçon de grammaire à un fran­co­pho­ne in­cré­du­le...

4. Envoyer + in­fi­ni­tif

Quand le verbe envoyer est suivi d’un in­fi­ni­tif, malgré les apparences, il ne s’agit pas d’une cons­truc­tion as­si­milable aux verbes de perceptions suivis d’un in­fi­ni­tif :

J’ai envoyé l’infirmière chercher de l’eau. Pyysin (lähetin) sairaanhoitajaa hakemaan vettä.

Ici, l’infirmière n’est pas le sujet de chercher, c’est le COD de envoyer ; le verbe chercher est à com­pren­dre dans le sens de « pour chercher » (hakemaan) :

J’ai envoyé l’infirmière [pour qu’elle aille] chercher de l’eau.

Avec COD antéposé, on fait donc l’accord :

L’infirmière que j’avais envoyée chercher de l’eau n’est pas revenue.
Sairaanhoitaja, jota pyysin mennä hakemaan vettä, ei tullut takaisin.

Avec envoyer, on peut aussi sous-entendre le COD de chercher :

J’ai envoyé chercher une infirmière. Pyysin, että haettaisiin sairaanhoitaja.
[COD sous entendu = quelqu’un : « j’ai envoyé quelqu’un pour qu’il aille chercher une infirmière »]

Si dans ce cas le COD est antéposé, on ne fait pas l’accord, puisque le COD est neutre (sans genre ni nombre) et non exprimé :

L’infirmière que j’ai envoyé chercher n’est toujours pas arrivée.
Sairaanhoitaja, jota pyysin että haettaisiin, ei ole vieläkään tullut.

5. Résumé de l’accord du participe passé dans le cas des verbes à pronom réfléchi

On peut retenir tout simplement que le participe passé d’un verbe à pronom réfléchi s’accorde toujours en genre et en nombre, sauf quand ce verbe est un verbe transitif in­di­rect (à com­plé­ment d’objet in­di­rect) : ils se sont téléphoné (téléphoner à qqn), elles se sont souri (sourire à qqn), etc.

Pour l’apprenant FLE, il n’est pas toujours facile de déduire que le verbe se construit avec un COI. Il faut en général connaitre le verbe et sa cons­truc­tion : c’est avant tout une question de vocabulaire à ap­pren­dre. De plus, le finnois peut provoquer des confusions (français : succéder à, finnois seurata, deux cons­truc­tions dif­fé­ren­tes.) Mais si, mê­me sans connaitre le verbe ou le sens du verbe, tout indique clairement que le verbe à pronom réfléchi est suivi d’un objet direct (nom, pronom cela, etc.), on peut être sûr que le par­ti­ci­pe ne s’accorde pas :

Elles se sont écrit de longues lettres.
[de longues lettres = COD, se est donc un COI, donc il n’y a pas d’accord]
Ils se sont juré de ne jamais revenir ici.
[de ne jamais revenir est ici le COD (voir p. 464), se est donc un COI, donc il n’y a pas d’accord]

Remarque : quand le com­plé­ment d’objet précède le verbe, il y a accord : la table que nous nous étions réservée, etc. Il faut bien comprendre le mécanisme : dans les longues lettres qu’elles se sont écrites, le participe écrites est au féminin pluriel parce que le COD que (= les longues lettres) se trouve devant le verbe, et non pas parce que le sujet est elles. C’est une règle que de nombreux francophones seraient bien en peine d’ex­pli­quer.

6. Vive le français !

Ou petit résumé des joies de l’accord du participe :

Elle s’est fait une robe.
Elle s’en est fait une.
Elle s’est fait faire une robe.
Elle s’en est fait faire une.
Elle s’est fait la robe.
Elle se l’est faite.
Elle s’est fait faire la robe.
Elle se l’est fait faire.

Il y a donc un seul cas où on fait l’accord. Une grande partie des francophones seraient incapables de pro­duire ces phrases avec une certitude de 100%.