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507. L’inversion du sujet après cir­cons­tan­ciel/adverbe/COI ou sujet long

1. Inversion après un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel

En plus de l’ordre normal SVO, on uti­li­se en français relativement souvent des cons­truc­tions où le sujet est inversé, autrement dit placé après le verbe. L’inversion du sujet s’uti­li­se essentiellement dans la langue écri­te, et n’est possible normalement qu’avec des verbes intransitifs, ou des verbes au passif ou avec pro­nom ré­flé­chi.

Le sujet d’un verbe intransitif peut être inversé quand la proposition débute par un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel ou un COI, ce qui permet de mettre le focus sur le sujet :

Au premier étage se trouve un atelier de luthier.
Peu après arrivèrent les premiers invités.
Autour de l’arbre s’était enroulé un chèvrefeuille.
Une heure plus tard se produisit un évènement imprévu.

C’est éga­le­ment le cas après de nombreux adverbes exprimant le temps et le lieu, comme alors, bientôt, ensuite, enfin, parfois, ici, , dehors, dedans, ailleurs (sur la ponctuation, voir p. 521 §4) :

Ensuite seront désignés les lauréats.
Bientôt s’ouvrira pour nous une ère nouvelle.
Dehors s’affrontaient Français et Prussiens.

À propos du dernier exemple ci-dessus, on voit l’utilité de cette possibilité d’inversion : si l’on mettait l’adverbe en fin de phrase, Français et Prussiens s’affrontaient dehors, la phrase serait légèrement co­mi­que, parce qu’elle signifierait que les combats guerriers peuvent aussi se dérouler en salle.

2. Après un sujet long

Le rejet du sujet en position inversé peut aussi être dû au fait que le sujet est nettement plus long que le verbe et que le verbe décrit un simple état de fait (se trouver, être, etc.) ou a un sens trop général (faire, aller) et ne décrit pas une véritable action. L’inversion du sujet est fréquente dans les propositions in­fi­ni­ti­ves (p. 672), dans les propositions relatives (p. 613) et dans l’interrogation in­di­recte (p. 531) :

J’ai vu bouger tous ceux qui n’étaient pas d’accord.
Je ne sais pas où sont allés nos amis.
C’est le film dont nous ont parlé nos amis.

L’inversion du sujet permet de déplacer le focus (p. 511 §2) dans la phrase par le fait de placer l’infor­ma­tion en fin d’énoncé :

(1) À côté se trouve la statue dont tu as si souvent entendu parler dans les journaux.
(2) La statue dont tu as entendu si souvent parler dans les journaux se trouve à côté.

L’exem­ple (1) répondrait à la question qu’est-ce qu’il y a à côté ?, l’exem­ple (2) à la question où se trouve la statue ? De mê­me :

De là vient que le sujet est souvent rejeté en fin de phrase. [information : le rejet]

3. Déplacement du focus sur un autre élément que le verbe

L’inversion permet aussi d’éviter que le focus ne se trouve sur le verbe, si celui-ci a un sens trop général ou s’il est un élément d’une locution verbale (et donc, en tant que tel, vide de sens à lui tout seul) :

Nous regardions tomber la pluie.
Laissez partir les gens qui ont fini.

Le fait de conserver l’ordre des mots normal (sujet-verbe) aurait pour effet focaliser le verbe : Nous regardions la pluie tomber signifierait que la pluie pourrait faire autre chose que tomber (ce n’est certes pas impossible : on pourrait dire Nous regardions la pluie dégouliner le long de la vitre, mais en général, par défaut, la pluie tombe). De mê­me, Laissez les gens qui ont fini partir aurait un sens étrange : la phrase supposerait que les gens qui ont fini ont le choix entre diverses activités : chanter, jouer, partir, etc., alors que la phrase signifie en substance (par exem­ple) : « ceux qui peuvent maintenant quitter la salle sont ceux qui ont fini leur examen ».

Le plus souvent, cependant, l’inversion n’est pas possible en raison de la structure de la phrase, à cause de la présence d’un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel, etc. Voir le détail sous les points indiqués ci-dessus.