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508. Adverbes entrainant une inversion

1. Langue écrite

Dans la langue écrite, quand les adverbes suivants se trouvent en tête de phrase, le sujet du verbe est géné­ra­le­ment inversé :

aussi niinpä / siis, ainsi siten / siis, peut-être
du moins ai­na­kin, de mê­me samoin / myös

Aussi la France doit-elle réagir face à la montée du chômage.
Aussi les gens ont-ils mal accepté cette décision.
Ainsi est-il revenu s’installer dans son pays natal.
Peut-être avez-vous mal compris.
Peut-être cette théorie nous permettra-t-elle de mieux prévoir les modifications dans la structure des réseaux cristallins.
Du moins avons-nous tenté tout ce qui pouvait l’être.

Plus rarement, les locutions adverbiales à plus forte raison sitä suuremmalla syyllä ») et aussi bien (dans le sens de « par conséquent ») peuvent entrainer l’inversion du sujet :

Si le sentiment et la sensibilité sont insuffisants pour guider notre conduite, à plus forte raison sont-ils incapables de fournir le principe mê­me de l’évaluation.
S’il est pénible de quitter pour toujours mê­me des choses qui nous sont indif­fé­ren­tes ou désagréables, à plus forte raison étions-nous vraiment affligées de dire un dernier adieu à cette colonie française, où nous avions été si heureuses pendant tout un hiver.
L’accès aux sources, les contacts avec les chercheurs, avec les auteurs ne se concevraient pas pour nous autrement. Aussi bien est-il inutile d’expliquer aux scientifiques qu’il faut enrichir les contenus.

2. Langue courante

Cette règle n’est cependant pas absolue. Dans la langue courante, mais aussi dans la langue écrite, on peut uti­li­ser l’ordre des mots normal après ces adverbes en tête de phrase. Dans ce cas-là, à l’écrit l’adverbe est éventuellement suivi d’une virgule (voir p. 521 §3), qui s’ entend à l’oral par une pause suspensive dans l’in­to­nation :

Dans notre chalet, il n’y a pas l’électricité. Ainsi, nous n’avons pas besoin de regarder la télévision.
L’égoïste n’aime que lui, aussi tout le monde l’abandonne.

3. Peut-être que

Dans la langue parlée, la manière la plus courante d’uti­li­ser l’adverbe peut-être en tête de phrase est de le faire suivre de que. Le groupe peut-être que forme une locution invariable suivie de l’in­di­ca­tif :

Peut-être que vous avez raison.
Peut-être que cette fois l’avion sera à l’heure.
Quand je serai grande, peut-être que je deviendrai astrophysicienne.

La cons­truc­tion peut-être que je viendrai s’interprète comme une complétive avec sujet du verbe inversé (que je viendrai), mais elle est devenue figée : le sujet ne peut pas être replacé devant le verbe et le mode est toujours l’in­di­ca­tif (comparer avec il se peut que je vienne, avec un subjonctif).

Cet emploi est relativement fréquent dans la langue écrite aussi. Cependant, dans un style un peu plus sou­tenu (texte administratif, écrit scientifique etc.), on préfère uti­li­ser l’inversion du sujet ou la cons­truc­tion avec sujet apparent il se peut que et verbe au sub­jonc­tif.

4. Adverbes à éviter en tête de phrase

Sous l’influence des cons­truc­tions présentées ci-dessus au §1 et aussi sous l’influence du finnois, où l’ad­ver­be peut se placer très librement (en fonction du mot sur lequel on veut le faire porter), de nombreux apprenants FLE fin­no­pho­nes, débutants ou avancés, uti­li­sent de façon erronée un certain nombre d’ad­verbes en tête de phrase : alors, aussi, quand mê­me etc.

Les erreurs sont dues à deux raisons : soit ces adverbes ne peuvent pas ou peuvent dif­fi­ci­le­ment figurer en tête de phrase (par exem­ple éga­le­ment), soit ils peuvent se trouver à cette place mais ont alors un sens nettement différent de celui que les fin­no­pho­nes leur attribuent. Par exem­ple seulement en tête de phrase a un sens adversatif (« cependant ») et ne traduit pas du tout l’adverbe finnois vain. Ces adverbes sont exa­mi­nés p. 182.