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513. La dislocation à gauche

1. La dislocation

Contrairement au finnois, en français on ne peut pas thématiser le sujet ou le com­plé­ment d’objet direct en variant uniquement l’ordre des mots, car l’ordre de ceux-ci est fixé par les règles de la syntaxe : Le voisin a rencontré Jean et Jean a rencontré le voisin n’ont pas le mê­me sens. En outre, le sujet en tête de phrase est souvent par nature le thème et il n’a généralement pas besoin d’être thématisé de façon par­ticulière. Cependant, il existe un procédé très courant en français, la dislocation, qui permet de mettre le focus sur des éléments tels que le sujet ou l’objet. La dislocation consiste essentiellement à focaliser un élément de la phrase en thématisant des éléments divers :

1. on détache l’élément du reste de la phrase (par une virgule à l’écrit, par l’intonation à l’oral)  :

2. Éventuellement, on uti­li­se un pronom de rappel qui indique la fonction que le groupe détaché aurait dans la phrase, s’il n’était pas détaché. En effet, étant extérieur à la structure verbale, l'élément thématisé n’a pas de fonc­tion grammaticale par rapport au verbe.

2. La dislocation à gauche

Le plus fréquemment, la thématisation se fait en détachant un élément au début de la phrase en prolepse. On parle dans ce cas de dislocation à gauche. Le constituant de phrase est alors repris par un pronom. On obtient ainsi à partir de la phrase (a) les variantes suivantes, avec des GN et des pronoms :

GN thématisés Thématisation je ~ le Thématisation je ~ tu.
(a) Mes parents ont vendu leur maison. Je le connais. Tu me connais.
(b) Mes parents, ils ont vendu leur maison. Moi, je le connais. Toi, tu me connais.
(c) Leur maison, mes parents l’ont vendue. Lui, je le connais. Moi, tu me connais.
(d) Mes parents, leur maison, ils l’ont vendue.

La phrase (b) avec le sujet en prolepse est typique de la langue parlée et inusitée à l’écrit. La phrase (c) avec mise en prolepse du COD, se rencontre assez fréquemment à l’écrit quand le COD est un GN :

Mes jeunes années, je les ai passées entre ma famille, l’école et le sport.
Le pouvoir, ça se prend par la force.

En revanche, la mise en prolepse du pronom toi, tu me connais est typique de la langue parlée. La thé­ma­ti­sation du pronom sujet (Moi, je suis pas d’accord. Lui, il part demain. Nous, on pense que c’est faux) est très fréquente dans la langue parlée, et est devenue un moyen d’expression assez banal, qui a beaucoup per­du de sa valeur de mise en relief. Sur la forme des pronoms et le mécanisme de détachement et de rappel, voir p. 301 et p. 305 et suivantes.

La phrase (d) ci-dessus est une variante de (c) uti­li­sée uniquement dans la lan­gue parlée. On peut ainsi thé­ma­ti­ser librement divers éléments :

La voiture de mon frère est rouge. → Mon frère, sa voiture, elle est rouge.
[Thématisation du com­plé­ment du nom, langue parlée uniquement].

Quand l’élément thématisé est un com­plé­ment d’objet in­di­rect ou un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel, le fait de le placer en tête de phrase est un procédé courant à l’écrit aussi et on ne peut pas parler réellement de dis­lo­ca­tion :

À ses amis, il avait offert un weekend à Florence.
En Laponie, en été, il y a beaucoup de moustiques.

La dislocation à gauche est éga­le­ment un procédé couramment uti­li­sé avec les complétives (p. 665) :

Qu’il obtienne son permis du premier coup, ça m’étonnerait.
Que vous avez toujours été opposé à ce projet, nous le savons.