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514. La dislocation à droite

1. La dislocation à droite

On peut éga­le­ment rejeter un certain nombre d’éléments en fin de phrase, en position de rappel, c’est ce qu’on appelle la dislocation à droite. Contrairement à la dislocation à gauche, la dislocation à droite a pour effet de focaliser l’élément en tête de phrase, le propos vient donc avant le thème. Mais le focus reste toujours sur le mê­me élément, c’est pourquoi la dislocation à droite est moins fréquemment em­ploy­ée, car le résultat quant au contenu de l’énoncé reste le mê­me qu’avec la dislocation à gauche. Le locuteur rappelle simplement quelques éléments, alors que la phrase est déjà presque « terminée », com­me pour garantir que le thème a été bien identifié. C’est pourquoi la dislocation à droite est typique de l’oral et inusitée à l’écrit.

Jean n’est pas bête. [phrase normale]
Jean, il est pas bête. [dislocation à gauche]
Il est pas bête, Jean. [dislocation à droite]

2. Éléments variés

La dislocation à droite peut porter sur divers éléments et peut être uti­li­sée en mê­me temps que la dis­lo­ca­tion à gauche :

Ils l’ont pas encore vendue, leur maison, mes parents.
La maison, ils l’ont enfin vendue, mes parents.
Mes parents, ils l’ont enfin vendue, leur maison.
Elle est rouge, sa voiture, à mon frère.
Lui je le connais bien, moi.
Lui, il me connait bien, moi.
Tiens, je t’avais pas vu, toi.
Mais je t’avais pas vu, moi !
Non mais franchement, c’est d’un dégueulasse, de faire ça à un chien.
Et t’es allé lui dire ça, à lui ? 
Il me casse les pieds, ce type.

Les éléments en rappel n’ont pas le mê­me rôle que si la phrase est prononcée sur une seule ligne mé­lo­dique, avec accent sur le dernier élément, autrement dit, ils n’agissent pas comme un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel. Comparer :

Il y a beaucoup de moustiques en Laponie en été. [Information : en été]
Il y a beaucoup de moustiques, en Laponie, en été. [Information : il y a beaucoup de moustiques]

3. Suppression du sujet

Dans certains cas, dans la dislocation à droite, le sujet il ou ça du verbe peut être supprimé devant le ver­be qui se retrouve en tête de phrase, dans le registre familier ou très familier (il reste cependant sous-entendu) :

Casse les pieds, ce machin !
Fait braire, ce type !
Ooh, fait suer, ce truc, à la fin !
M’énerve, cette pub !

4. Phrases sans verbe

La dislocation à droite s’uti­li­se aussi dans des phrases nominales, fréquentes à l’oral, notamment sur le mode exclamatif. Le propos, qui est le plus souvent un adjectif attribut (le verbe être est sous-entendu), se trouve ainsi en tête de phrase :

Excellent, ce bordeaux !
Pas folle, la guêpe !
Pas con, ce type.
Pas mal, ce film.
Vraiment pas facile, cet examen.
Quel délice, cette confiture !
Incroyable, ce qu’il a dit !

5. Focalisation d’un déterminant, adjectif ou adverbe

On peut ainsi focaliser un adjectif, un adverbe ou un déterminant, en le plaçant en tête de phrase et en met­tant le verbe en rappel ; dans ce cas, le verbe est souvent précédé de la conjonction que :

Blanc de peur, il était, je te dis ! ou : Blanc de peur, qu’il était, je te dis !
Rouge, elle est la voiture à mon frère ou : Rouge, qu’elle est, la voiture à mon frère.
À toute vitesse, qu’il est sorti !
Un peu, qu’il était pas d’accord !
Trois seulement, que je voulais, des bananes.
Deux seulement, qu’il restait de places.

Le dernier exem­ple doit se comprendre en réponse à la question Combien il restait de places ? Dans la réponse, on précise seulement le contenu de Combien ? en indiquant le nombre (deux), et en maintenant le reste de la structure inchangé (… de places, le mot de est le second élément de combien de, avec le mot combien sous-entendu). Si on uti­li­sait le pronom en, on mettrait l’article indéfini : Deux, qu’il en restait, des places. Voir aussi p. 116 §3 et suivant.

Dans la langue parlée, on peut ainsi mettre en rappel le verbe d’une proposition principale après la com­plé­tive. Dans ce cas aussi, on uti­li­se la conjonction que, mais elle n’est pas obligatoire :

Je veux rentrer chez moi, qu’il disait. ou Je veux rentrer chez moi, il disait.
J’en ai ras le bol, j’en ai ras le bol, qu’elle répétait. ou J’en ai ras le bol, j’en ai ras le bol, elle répétait.

6. Avec in­fi­ni­tif

La dislocation à droite s’uti­li­se fréquemment avec un in­fi­ni­tif. Celui-ci est alors obligatoirement précédé de son subordonnant de (voir p. 470) ou de la pré­po­si­tion qui le régit habituellement :

Ce serait finalement pas une si mauvaise idée pour lui, de changer de boite [de subordonnant].
Mais ça me dit rien, moi, de partir ! [de subordonnant]
Tu parles que j’en aie envie, moi, de me taper tout ce travail de nouveau [de pré­po­si­tion].
Il ne faut pas vous imaginer qu’ils n’ont rien d’autre à faire que d’y penser, eux, à déménager [à pré­po­si­tion].

7. Dans l’interrogation

La dislocation s’uti­li­se couramment dans l’interrogation directe (p. 547 §3). Le plus souvent, elle peut être in­dif­fé­remment à gauche ou à droite, car le focus est sur la partie interrogative proprement dite, qui cons­ti­tue toujours le propos :

Ta voiture, ça a couté combien ?
Bon, Jean, il vient ou il vient pas ?
Ça se mange comment, les artichauts ?
Ça/Il s’ouvre comment, ce truc ?
Ça s’achète où, ce produit ?
C’est cher, ces bouquins ?
Ils partent quand, les voisins ?
Vos amis, ils arrivent à quelle heure ? / À quelle heure ils arrivent, vos amis ?