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517. Les phrases pseudo-clivées

1. Mécanisme

Les phrases pseudo-clivées sont éga­le­ment un procédé de focalisation très productif en français. La cons­truc­tion comporte deux parties : une proposition relative détachée en tête de phrase, qui contient le thème, et une cons­truc­tion introduite par c’est, qui présente le propos et peut introduire un groupe no­mi­nal, un in­fi­ni­tif ou une complétive. Les deux propositions sont fortement dépendantes l’une de l’autre, l’une complétant le sens de l’au­tre. L’ordre est donc l’inverse de celui des phrases clivées, mais dans les deux cas le propos est toujours mis en relief par c’est :

Ce que nous nous voudrions faire et ce dont nous aurions besoin, c’est de signer un partenariat avec une compagnie plus importante.
Ce à quoi personne n’avait osé penser, c’est que la fonte de la calotte polaire s’accélèrerait à ce point.
Ce que j’ai compris de ce qui s’est passé, c’est que ton amie a dit des choses qui n’étaient pas vraies.
Ce que j’en pense, c’est qu’ils auraient mieux fait de rester à la campagne.
Ce qu’il y a de bizarre dans notre vision, c’est que lorsqu’on regarde en face de soi, les côtés sont flous. [autres exem­ples de ce type p. 35 §4]
Je n’ai pas de nouvelles récentes, mais ce que je sais, c’est qu’ils habitent toujours à Reykjavík.
Ce qui s’est passé, c’est que notre version du forum présentaient des failles de sécurité.

2. Constructions avec il y a

Dans la langue parlée, on trouve fréquemment le verbe il y a dans une cons­truc­tion pseudo-clivée sous la forme ce qu’il y a c’est que, où il sert à introduire un fait qu’on veut mettre en avant, une explication, un pro­blème. Très souvent, cette tournure est équi­va­lente à la tournure le problème, c’est que ou bien à l’ad­verbe seulement (dans le sens restrictif, voir p. 182 §6), ou, de façon plus neu­tre, à l’expression le fait est que :

J’aurais bien aimé venir au concert ce soir, ce qu’il y a, c’est que j’ai un examen demain et il faut absolument que je révise.
J’aimerais bien apprendre le japonais, ce qu’il y a c’est que l’écriture est si compliquée.
Statistiquement, ce qu’il y a, c’est que le taux de survie des transplantés est extrêmement élevé.
C’est une insulte au socialisme et au communisme de dire que ce leader est socialiste ou communiste, ce qu’il y a c’est que c’est plus simple et les gens ont déjà oublié au cours de l’Histoire ce qu’est le fascisme.
Ma meilleure amie est dans une terrible déprime. Ses parents sont séparés depuis longtemps, c’est donc pas ça le problème.  Ce qu’il y a, c’est que son père et sa mère sont presque toujours en désaccord sur la façon de l’élever.

3. Variante avec si

Il existe une variante des phrases pseudo-clivées introduite par si :

S’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est qu’on arrive systématiquement en retard.
Si quelque chose me surprend, c’est l’empressement dont les gens font preuve pour adhérer à ces idées funestes.
S’il y a quelque chose à quoi l’Européen peut s’identifier, c’est à cela : l’expérience universelle venue avec le voyage.
Si je souhaite quelque chose, c’est qu’elle réussisse à son concours, car elle a tant travaillé !
Si je rêve de quelque chose, c’est de passer 15 jours de vacances sans faire quoi que ce soit, loin de tout.

La conjonction si sert éga­le­ment à former des phrases pseudo-clivées avec des propositions cau­sa­les, voir le mécanisme p. 712 §2 :

Si je ne t’ai pas écrit plus tôt, c’est qu’il s’est produit des chose graves dans ma vie et que je n’avais pas la force de t’en parler.
Si on s’y oppose, c’est qu’on n’en veut pas, on vous dit !

Les phrases pseudo-clivées sont aussi courantes à l’écrit qu’à l’oral. Contrairement aux phrases clivées, le finnois uti­li­se pratiquement aussi couramment les phrases pseudo-clivées que le français et elles sont donc en principe d’un emploi naturel pour les apprenants FLE. La dif­fi­cul­té pour ces derniers tient à la forme du pronom antécédent et du pronom relatif, qui dépend de la cons­truc­tion du verbe dans la partie extraite (ce à quoi, ce dont, etc.). Pour les fin­no­pho­nes, la dif­fi­cul­té réside non seulement dans le choix du pronom relatif, mais dans l’identification et l’uti­li­sation adéquate du pronom incomplet ce (opposition se mikä / se joka ce qui vs celui qui et les confusions que cela engendre). C’est pourquoi ces cons­truc­tions sont étudiées en détail en liaison avec les propositions relatives (p. 622).

4. Autres constructions similaires

On peut éga­le­ment considérer comme un type de phrases pseudo-clivées les cons­truc­tions dans lesquelles le premier élément est une structure autre qu’une relative (le plus souvent un groupe nominal ou pré­po­si­tio­nnel), mais qui est tout aussi fortement lié à la phrase introduite par c’est que dans le cas examiné ci-des­sus, et qui forme un tout avec celle-ci :

L’avantage de cette organisation, c’est que vous n’avez pas besoin de réfléchir.
La première chose qu’ils apprendront, c’est qu’ils doivent se taire.
La première fois que j’ai uti­li­sé Mustela, c’est en sortant de chez le médecin.
La seule autre fois où j’ai roulé en territoire troisième rail, c’est en revenant de New-York vers Montréal.
Le problème avec la morale... c’est que c’est toujours la morale.
Les seules fois que je suis sereine c’est quand je suis avec mes amis qui sont comme une famille pour moi.
L’avantage des médecins, c’est que lorsqu’ils commettent une erreur, ils l’enterrent tout de suite…
Le truc débile avec cette histoire, c’est que la carte Visa a été débitée deux fois.
Le problème, c’est que je n’ai jamais assez de temps pour lire des romans.

5. Il n’y a que/qui

Selon un procédé assez similaire, dans la langue courante, on extrait fréquemment l’élément fo­ca­lisé à l’aide la cons­truc­tion il n’y a que… qui/que (qui assure les fonctions de sujet et que d’objet ou de conjonction universelle) :

Pour elle dans la vie il n’y a que ses amis qui comptent.
Travaillons, il n’y a que cela qui amuse, disait Pasteur.
Il n’y a que pour le permis B que le résultat est envoyé par la poste.

Voir le détail et d’autres exem­ples p. 570 §2 et suivants.