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529. La coupure des mots

1. Règles générales

Aujourd’hui, les traitements de texte savent couper automatiquement les mots en fin de ligne en res­pec­tant les règles propres à chaque langue. Un logiciel de traitement de texte évolué sait faire la coupure dans des textes contenant des passages en plusieurs langues ; il suffit (mais il faut y penser) de définir la langue correspondant à tel ou tel passage. Néanmoins, pour des besoins de mise en page, il est parfois nécessaire de couper les mots manuellement. De plus, les traitements de texte et surtout les logiciels de mise en page (taitto-ohjelmat) ne sont pas toujours équipés d’origine de modules de coupure de mot au­to­ma­tique multi­lingues (ces modules sont souvent payants). De plus, les logiciels proposent parfois des coupures erronées. Il peut donc être utile de connaitre les règles principales et certaines particularités pro­pres au français.

La coupure des mots à la fin d’une ligne se fait suivant les mê­mes règles de base qu’en finnois. On coupe après les voyelles ou entre deux consonnes :

re-ce-voir, ab-jec-tion, ap-por-ter, es-pè-ce, col-por-teur, ac-cep-ter etc.

2. Règles particulières

En général on ne coupe que des syllabes entières et on rejette au moins deux lettres au début de la ligne sui­vante :

avoi-ne (et non pas *avoin-e, ni *a-voine) ;

– si le mot est précédé d’un article ou d’une pré­po­si­tion avec une voyelle élidée, on peut couper le mot après une seule voyelle, car elle forme une syllabe avec l’article ou la pré­po­si­tion ; on ne coupe pas au niveau de l’apostrophe (voir §3) :

de l’a-voine, un kilo d’a-voine

– on peut aussi couper deux voyelles, si elles se prononcent (ou peuvent se prononcer) en deux syllabes ou si elles ne forment pas un digramme :

influer → in-flu-er, en remuant → en remu-ant, mais :
fruité → frui-té [pas *fru-ité, car ui se prononce en un seul groupe] ;

– en présence du groupe [voyelle + y], on coupe après y :

voyage → voy-age, essuyer → essuy-er
moyenne → moy-enne, envoyé → en-voyé [et non *envoy-é] ;

– les groupes [consonne + liquide (l, r) + voyelle] forment une seule syllabe (phonétiquement aussi) ; il faut donc couper avant la consonne qui précède la liquide (dif­fé­ren­ce avec le finnois) :

enclencher → en-clencher, tableau → ta-bleau, réfléchir → ré-fléchir, occlusion → oc-clusion
rencontrer → rencon-trer, comprendre → com-prendre / compren-dre ;

– si la coupure tombe dans un groupe de plus de deux consonnes, il faut vérifier s’il s’agit d’un pré­fixe ; dans ce cas on coupe au niveau du préfixe :

instruire → in-struire et non pas *ins-truire (préfixe in-)
recons­truc­tion → recon-struction et non pas *recons-truction (préfixe con- )
abstraction → ab-straction et non pas *abs-traction (préfixe ab-)

3. Coupure interdite

– après une apostrophe :

aujourd’hui → aujour-d’hui [et non pas *aujourd’-hui]
l’enfant → l’en-fant [et non pas *l’-enfant] ;

– on ne coupe pas les digrammes ou trigrammes : ch, gu, gn, au, eau, oi, ai, en, on etc. :

réfléchir → réflé chir, éloigné → éloi-gné
en se fatiguant → fati-guant, s’enivrer → s’en-ivrer (en+ivre) ;

– pour des raisons de bienséance, on ne coupe pas des mots comme culture, cultiver, culbute, etc., après cul- ni des mots comment concert, contraire, etc., après con- (de mê­me qu’en finnois on ne devrait cou­per par exem­ple le participe sovittu que d’une seule manière) :

cultivateur → culti-vateur, culture → cultu-re (ou faire passer en entier à la ligne suivante)
condition → condi-tion (ou faire passer en entier à la ligne suivante)
conclusion → conclu-sion (ou faire passer en entier à la ligne suivante) ;

– on ne coupe pas les noms propres. Si le nom propre contient un trait d’union, on peut couper au niveau du trait d’union.

Dans les journaux, où le texte se trouve dans des colonnes étroites, on ne respecte pas toujours les deux dernières règles, car cela provoque des problèmes de mise en page (c’est le cas dans la présente Gram­mai­re).