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535. Choix de la forme d’interrogation

1. Généralités

Pour l’apprenant de FLE, le choix entre les trois formes principales d’interrogation totale : inversion, est-ce que, intonation, pose souvent des problèmes assez difficiles à résoudre. Il est n’est pas facile de donner des recommandations définitives sur le choix de la forme de la question en fonction du contexte d’emploi. On donne ici quelques indications générales ; ces indications sont éga­le­ment valables en ce qui concerne l’interrogation partielle, dans le cas où il existe plusieurs formes d’interrogation possibles (est-ce que, in­ver­sion).

2. Langue écrite

Dans un texte de type scientifique, officiel, commercial etc., on peut uti­li­ser systématiquement les formes avec inversion. On peut les alterner avec les formes en est-ce que pour varier :

Toutes les formes dont nous avons analysé l’étymologie au chapitre 1 et que nous avons classées comme figées satisfont-elles forcément aux critères que nous avons définis ?

Dans un registre de langue un peu moins élevé (courriel, publicité, etc.), on uti­li­se de préférence les formes avec est-ce que. Cependant, les interrogations avec inversion et celles construites avec est-ce que ne sont pas toujours parfaitement interchangeables. En effet, dans un écrit de type argumentatif, la ques­tion avec inversion est plutôt perçue comme une vraie question qu’on pose au lecteur, tandis que la ques­tion avec est-ce que peut s’interpréter comme une question que l’auteur se pose à lui-mê­me (comme une manière de réfléchir sur ce qu’il dit), sans que cela implique une réponse concrète. Si on veut uti­li­ser l’in­ter­rogation directe comme moyen d’exprimer ses propres interrogations ou des interrogations qui por­tent sur le processus de rédaction ou le raisonnement (dans le but de conduire un raisonnement ul­té­rieur), on uti­li­se la forme est-ce que. En quelque sorte, la forme est-ce que reprend son sens originel plein « est-il vrai que ? » :

Faut-il interpréter ces formes comme des anaphoriques ? [véritable question : doit-on le faire en général ?]
Est-ce qu’il faut interpréter ces formes comme des anaphoriques ? [question que l’auteur se pose par rapport à lui-mê­me : a-t-il eu raison de le faire ?]

En outre, la forme avec « intonation », autrement dit la phrase normale avec ordre SVO suivie d’un point d’interrogation, est de règle pour exprimer une question en écho (p. 532 §3).

3. Langue parlée

Dans la langue parlée, la variation est très grande. Il faut tenir compte de la situation d’énonciation.

4. Tournures figées

Il est relativement fréquent d’entendre employer des interrogations avec inversion dans la langue parlée. Il s’agit alors essentiellement de questions plus ou moins figées qu’on emploie assez couramment dans la forme avec inversion sans intention stylistique particulière :

Que sais-je encore ?
Qu’en dis-tu ? [Cette tournure est une sorte une variante de ça te plait ?]
Où en sommes-nous ?

Dans d’autres cas, il s’agit d’une imitation de la langue écrite, pour « formaliser » la question et lui donner en quelque sorte une valeur plus théâtrale, souvent purement par plaisanterie :

Que vois-je ?
Qu’entends-je ?

Variante plus archaïque de qu’entends-je, qui est, paradoxalement, plus comique dans un contexte fa­mi­lier :

Qu’ouïs-je ?

On uti­li­se ainsi relativement fréquemment l’inversion dans la langue parlée dans des questions interro-négatives :

Alors, n’avais-je pas raison de vous montrer ce petit village typique ?
Cela ne vous parait-il pas un peu surprenant ?

5. Recommandation

L’apprenant de FLE ne doit cependant pas en conclure que dans la langue parlée il y a un flottement dans le choix entre les formes avec inversion et les formes avec intonation. Les cas présentés ci-dessus sont des cas isolés : dans la langue parlée, la forme d’interrogation de loin la plus uti­li­sée est l’intonation. Les quelques cas indiqués ici sont aléatoires et subjectifs. Tel autre locuteur dans la mê­me situation ou le mê­me locuteur dans une autre situation pourrait tout aussi bien dire :

Est-ce que je sais encore, moi ?
Qu’est-ce que tu en dis ?
On en est où ?
Alors, je n’avais pas raison de vous montrer ce petit village typique ?
Qu’est-ce que j’entends ?
Ça ne vous parait pas un peu surprenant ?

Les indications ci-dessus ne sont pas une description détaillée de la pragmatique de l’interrogation, qui est très complexe. Elles sont données avant tout dans la perspective de l’apprenant FLE, pour lui fournir quelques règles simples, que l’on peut résumer ainsi :

langue écrite : inversion
langue parlée : intonation (dans certains contextes est-ce que)
Internet (langue parlée écrite) : intonation ou est-ce que
à manier prudemment ou à éviter : dislocation

Il vaut donc mieux éviter la question avec inversion à l’oral.