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550. Kuka hän on? Qui est-ce ?

1. Généralités

Cette question, élémentaire et courante, et très simple en finnois, est passablement compliquée en fran­çais. La question kuka hän on? peut se poser de trois manières (il existe encore une quatrième forme, dans la langue parlée, Qui c’est ?, qui est une variante courante de c’est qui ?, mais on la né­glige ici pour l’ana­ly­se des problèmes référentiels) :

Qui est-ce ? [langue écrite]
Qui est-ce que c’est ? [langue courante]
C’est qui ? [langue familière]

Le problème lié à cette question concerne la forme du pronom sujet (hän en finnois, variante se dans la lan­gue parlée). Par rapport au finnois, le problème est double. Il se manifeste sous deux formes lé­gè­re­ment dif­fé­ren­tes, au singulier et au pluriel (le pluriel est traité p. 551), mais il s’agit en fait d’une seule et mê­me problématique, qui a trait à la catégorie référentielle.

2. Catégorie référentielle et identification

a. Dans la question qui est-ce ?, le pronom qui est un pronom indéfini en fonction d’attribut du sujet ce. On le voit clairement dans la forme de la langue parlée : c’est qui ? (= CE est qui ?) Pour cette raison, le sujet du verbe est le pronom de 3e personne à référent non GN, à la forme ce (p. 275 et suivantes, et notamment p. 280). La question sert à identifier la personne :

C’est qui ? C’est un ami. C’est un médecin.
C’est mon frère. C’est mon grand-père.
Qui est-ce ? Qui est-ce que c’est ?
C’est un ami. C’est un médecin. C’est mon frère. C’est mon grand-père.

Il faut donc éviter , sous l’influence du finnois hän, d’uti­li­ser le pronom il. Les phrases

? Il est un ami. Il est un médecin. Il est mon frère. Il est mon grand-père.

sont à la limite de la grammaticalité (p. 280), et pourtant très fréquentes chez les apprenants de FLE finnophones. De la mê­me manière, on ne dit pas non plus :

?? Qui est-il ? Qui est-ce qu’il est ? Il est qui ?

Si on pose sous cette forme la question ci-dessus en montrant par exem­ple une personne qu’on ne connait pas, dans le but de l’identifier, la question est agrammaticale. Comme on peut s’y attendre, car c’est aussi le cas en ce qui concerne le pronom ce dans la phrase attributive assertive (p. 280 §3), cette subtilité échap­pe aussi aux usa­gers francophones, qui montrent en quelque sorte le mê­me genre de « répugnance » que les finno­phones à uti­li­ser ce dans ce cas. On a ainsi trouvé sur un site Internet cette question dans un jeu-concours, exem­ple parmi de nombreux autres similaires :

Auteure de nombreux textes de chansons (Luce Dufault, Dan Bigras) elle met aussi son écriture au service de la photographie et du cinéma. Qui est-elle? [la forme attendue est : Qui est-ce ?]

b. Cependant, dans une cons­truc­tion disloquée, on peut renvoyer au référent en uti­li­sant la forme dis­join­te de il/elle, en concurrence avec ça (ou d’autres démonstratifs). Il en va de mê­me au pluriel :

C’est qui, lui ? — C’est qui, elle ?
Tiens, c’est qui, ça, à droite sur la photo ?
C’est qui eux, là-bas ? Et elles, qui c’est ?
Et ceux-là, c’est qui ?

3. Qui caractérisant

La question qui est-il ?/qui est-elle ? est possible, si on renvoie à un GN déjà mentionné (il est alors un anaphorique), mais elle a un sens particulier : qui devient un caractérisant similaire à quel ou comment (millainen hän on?, mikä hän on miehiään?). La phrase kuka hän on? (langue parlée kuka se on?) se dit donc en général qui est-ce ? Qui est-ce que c’est ? C’est qui ? Exem­ples :

(a) Nous allons vous révéler dans un instant le nom du vainqueur du grand concours. Qui est-ce ? Vous le saurez après la pause de publicité.
Je ne connais pas ce vieux monsieur sur la photo. C’est qui ?
Hier on vous a vus avec une jeune fille qui parlait beaucoup. C’était qui ? / Qui est-ce que c’était ?

Comparer :

(b) L’avocat ? Qui est-il ? C’est l’appartenance à un barreau qui permet à l’avocat de plaider et de représenter ses clients devant les cours et tribunaux.
Nombre de ces livres ont trait à la question de l’identité de Jésus : qui est-il vraiment ?
Carla Bruni, Itinéraire sentimental : Qui est-elle vraiment ? [titre de livre]

Dans tous les exem­ples (b), on pose la question à propos d’une personne (un GN) qu’on a déjà iden­ti­fiée, et dont on veut connaitre les caractéristiques. Par exem­ple, en 2009 tout le monde connaissait Carla Bruni. La question Carla Bruni – Qui est-ce ? serait pour cette raison assez inattendue comme titre d’un livre. Tandis que Qui est-elle ? signifie qu’on va donner ses détails sur sa personnalité, sa carrière, etc. On voit que dans certains cas l’équi­va­lent finnois pourrait être tout autant millainen hän on? que kuka hän on?

4. Variante langue parlée

Dans la langue parlée familière, on uti­li­se fréquemment la cons­truc­tion qui est-ce que c’est qui pour renforcer la question ou souvent mê­me sans véritable intention de mise en relief particulière :

Qui est-ce que c’est qui a dit que tout est relatif ?
Qui est-ce que c’est qui a découvert la pénicilline ?