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565. Ne « explétif »

1. Définition

Le ne explétif (pleonastinen ne) est une négation ayant perdu son sens négatif, que l’on uti­li­se dans la lan­gue écrite, dans certains cas bien précis. Il n’a pas de sens en lui-mê­me, c’est pourquoi on l’ap­pelle explétif (« qui sert à remplir la phrase sans être nécessaire au sens », définition du Grand Robert) et dans la langue parlée on ne l’uti­li­se pratiquement jamais. Les deux phrases suivantes sont parfaitement équi­va­lentes pour le sens :

Je crains qu’il ne faille tout refaire / Je crains qu’il faille tout refaire.

Le ne explétif s’uti­li­se dans les sub­or­don­nées après un certain nombre de verbes et de conjonctions, et dans les propositions com­plé­ment de comparatif.

2. Verbes entrainant un ne explétif

Le ne explétif s’uti­li­se notamment dans des propositions complétives objet de verbes exprimant la crain­te, comme craindre, avoir peur, redouter, et de certains autres verbes comme empêcher, éviter, ne pas douter, ne pas nier :

Je crains qu’il ne soit trop tard. Pelkään, että on myöhäistä.
Il faut éviter qu’il ne soit mis au courant.
Nous redoutions qu’ils ne l’apprissent. Pelkäsimme, että he saisivat tietää pian.
Je ne doutais pas qu’il ne vînt bientôt. En epäillyt, etteikö hän tule.

Dans la langue courante ou parlée, les mê­mes phrases seraient :

Je crains qu’il soit trop tard.
Il faut éviter qu’il soit mis au courant.
Nous redoutions qu’ils l’apprennent.
Je ne doutais pas qu’il viendrait bientôt.

remarque : Ne explétif n’est pas négatif. Pour exprimer la négation, il faut uti­li­ser ne … pas. Comparer :

J’avais peur qu’il ne vienne. Pelkäsin hänen tulevan.
J’avais peur qu’il ne vienne pas. Pelkäsin, ettei hän tulisi.

3. Conjonctions entrainant un ne explétif

On uti­li­se le ne explétif dans les sub­or­don­nées introduites par avant que, à moins que, de crainte que, de peur que :

Va voir un médecin, avant qu’il ne soit trop tard !
Il ne prendra pas d’initiative, à moins qu’il n’y soit forcé.
L’acteur portait des lunettes de soleil noires, de peur qu’on ne le reconnaisse.

Après avant que, l’uti­li­sation de ne indique une nuance de but, une conséquence qu’on veut éviter :

Rentre vite, avant que tes parents ne découvrent ton absence !

On peut aussi uti­li­ser avant que sans ne explétif. Dans ce cas, le sens est simplement temporel. Comparer :

Dépêche-toi de rentrer avant que la grève du métro ne commence. [nuance de but]
Je suis rentré avant que la grève du métro ait commencé. [exprime le temps uniquement]

Cependant, beaucoup de gens uti­li­sent ne dans ce cas-là aussi, par hypercorrectisme (voir p. 583).

4. Dans la comparaison

Le ne explétif s’uti­li­se devant le verbe d’une proposition com­plé­ment d’un comparatif. On peut éga­le­ment l’uti­li­ser en combinaison avec Le P3 à antécédent non GN le :

C’était moins facile que je ne le pensais.
Il y a eu plus d’inscrits qu’il n’était possible d’en accepter.
Le finnois est bien moins difficile qu’on (ne) le prétend.
Ça mieux marché que je le pensais.
La Finlande a eu moins de médailles qu’on ne l’attendait.

Ne explétif s’uti­li­se éga­le­ment dans une proposition com­plé­ment de plutôt :

Ces dames hurlaient plutôt qu’elles ne criaient.
Les langues naturelles se créent plutôt qu’elles ne sont créées à partir d’une langue mère.
Dans ce type d’exercice, les apprenants reconstruisent l’information plutôt qu’ils ne la transmettent l’un à l’autre.

5. Absence de ne explétif dans la comparaison

Dans la langue parlée, on n’uti­li­se pas le ne explétif. On peut donc uti­li­ser les formes suivantes :

LP C’était moins facile que je le pensais.
LE C’était moins facile que je ne pensais.
LP C’était moins facile que je pensais.
LE C’était moins facile que je ne le pensais.
LP Ça a mieux marché que je pensais.
LE Cela a mieux réussi que je ne (le) pensais.

Dans une proposition com­plé­ment d’un comparatif d’égalité (aussi ... que), on n’uti­li­se pas ne explé­tif. Mais on peut uti­li­ser Le P3 à antécédent non GN le :

Ce n’était pas aussi dur que je l’avais imaginé.
Ce n’est pas aussi compliqué qu’on pourrait le croire.

Cependant on trouve des cas où certaines personnes uti­li­sent inutilement le ne explétif par un phé­no­mène d’analogie (hypercorrectisme) :

Mon premier triathlon était pour des débutants (400 m de nage, 22 km en vélo et 5 km à pied) et ce n’était pas aussi difficile que je ne craignais. [relevé dans un blog]

6. Quatre variantes

L’usage à propos de ne explétif dans la comparaison est flottant : on uti­li­se soit ne explétif seul, soit le (P3 nonGN) seul, soit les deux ensemble (voir les exem­ples ci-dessus). Il y a mê­me une quatrième possibilité, puisque dans la langue parlée on n’uti­li­se aucun mot particulier :

Le finnois est bien moins difficile qu’on ne prétend. [langue écrite et courante]
Le finnois est bien moins difficile qu’on le prétend. [langue écrite et courante]
Le finnois est bien moins difficile qu’on ne le prétend. [langue écrite et soutenue]
Le finnois est bien moins difficile qu’on prétend. [langue parlée]