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568. Remarques sur la négation

1. Sens de pas

À l’origine, les mots pas (askel), point (piste), goutte (pisara) etc., étaient simplement des mots servant à renforcer la négation :

Je ne ferai pas. En kävele askeltakaan.
Je ne mangerai mie. En syö muruakaan.
Je ne vois goutte. En näe pisaraakaan.

Le nom pas, qui continue de s’employer par ailleurs comme nom dans ce sens (askel), s’est peu à peu gram­ma­ti­ca­lisé pour devenir un adverbe de négation.

2. La double négation

La double négation consiste à employer ne pas suivi d’un adverbe négatif, ou d’un déterminant ou pro­nom semi-négatif (personne, aucun, etc.). Normalement, les deux s’excluent, et si on les emploie en­semble, cela a pour effet d’annuler les deux négations et de donner un sens affirmatif comique :

*Je n’ai pas vu personne au marché.
*Aucun des participants n’a pas réagi.

En général, l’apprenant FLE apprend à éviter l’uti­li­sation simultanée de trois mots négatifs, mais dans les phra­ses longues, ne peut être assez loin du deuxième mot négatif, et le risque est alors plus grand d’ou­blier qu’il y a déjà une négation :

Aucun des seize passagers de l’avion qui s’est écrasé avant-hier en début de soirée à proximité de l’aéroport, après un décollage tout à fait normal, n’a échappé à la mort.

Les francophones eux-mê­mes ne sont pas à l’abri de ces erreurs, comme le prouve cette phrase ex­traite du Monde en ligne du 29.4.2009 :

En conséquence, les débats sont soumis au régime de la publicité restreinte : cela signifie que ni le public, ni la presse ne peuvent pas assister aux audiences. [forme correcte : ne peuvent assister]

L’emploi de la double négation est le plus souvent acci­dentel chez les apprenants FLE (ou mê­me des locuteurs francophones). Mais on peut aussi uti­li­ser la double négation volontairement, par exem­ple dans l'expression Ce n’est pas rien, voir p. 324 §4.

3. Formes négatives figées

Certaines expressions lexicalisées dans la langue parlée ont pris un sens spécifique ou s’uti­li­sent dans un contexte d’emploi particulier et ne sont pas la simple forme négative de la phrase affirma­ti­ve cor­res­pon­dante. Comparer :

Ce n’est pas vrai. Se ei ole totta. Contraire de C’est vrai.
C’est pas vrai ! Ei voi olla totta! Ei oo totta! Marque l’étonnement, l’indignation, l’agacement.
Ce n’est pas possible. Se ei ole mahdollista. Contraire de C’est possible ou synonyme de C’est impossible.
C’est pas possible ! Älähän! Ei kai? Marque l’étonnement, l’incrédulité, ou la contrariété.

Exem­ples :

Mais c’est pas possible ! Ce machin est de nouveau en panne !
C’est pas vrai ! II va encore falloir se lever à une heure débile à cause de la grève des trains.

Selon le contexte, ces expressions sans ne peuvent évidemment être tout simplement la variante lan­gue parlée de la tournure normale avec ne de la langue écrite. Dans la langue parlée, c’est pas possible peut donc signifier soit « c’est impossible » soit « c’est incroyable/ c’est énervant ». Certai­nes expressions n’ont pas d’équi­va­lent avec ne (ou l’équi­va­lent affirmatif aurait un sens littéral co­mi­que) :

Ça casse rien. Ei ole häävi. [?Ça ne casse rien. ?Se ei riko mitään.]

Cet emploi figé de la négation sans ne est un cas typique qui provoque des hypercorrectismes (p. 583), par exem­ple dans les dialogues de romans ou de bande dessinée : pour ne pas uti­li­ser un style rappelant trop la langue parlée, certains auteurs expriment le ne dans les cons­truc­tions négatives, qui est normalement supprimé dans la langue courante. Or, le simple fait de rajouter un ne ne suffit pas à changer de niveau de langue. Ainsi, la version langue écrite de c’est pas possible ! ne serait pas ce n’est pas possible ! mais plutôt (par exem­ple) c’est incroyable ! ou c’est inadmis­sible ! etc.

4. Contraires de certaines tournures négatives

Il peut être utile de se rappeler le contraire des adverbes négatifs :

ne … plusencore vielä, toujours edelleen
ne … jamaistoujours aina, souvent, quelquefois, parfois, déjà
ne … pas encoredéjà
ne … nulle partpartout, quelque part
ne … guèrebeaucoup

Exem­ples :

Je suis déjà allé au Canada. vs Je ne suis jamais allé au Canada.
J’ai encore faim. vs Je n’ai plus faim.
On n’en trouve plus nulle part. vs On en trouve encore partout./ On en trouve encore quelque part.

5. Ne… guère

La négation guère est d’un emploi assez délicat :

a. Grammaticalement, guère est un adverbe qui s’emploie toujours dans un sens négatif et, devant un com­plé­ment d’objet direct, il entraine la transformation de l’article indéfini en de (p. 49) :

Il a eu de la chance → il n’a guère eu de chance.

b. Sémantiquement, guère fait pendant à l’adverbe bien et, comme ce dernier (voir faq p. 183), il a une nuance subjective : la phrase il a eu beaucoup de chance est une constatation neutre ; il a eu bien de la chance ajoute un commentaire sous-entendu de la part du locuteur « moi, je trouve qu’il a vrai­ment eu beaucoup de chance » ou « moi, je suis étonné de voir la chance qu’il a eue. », etc. De mê­me avec guère : il n’a pas eu beaucoup de chance est une constatation objective et neutre, tandis que il n’a guère eu de chance est plus subjectif et signifie « personnellement, je dirais qu’il a été vrai­ment malchanceux » ou « il est bien à plaindre, le pauvre », etc. Dans certains cas, cette nuance n’est pas très sensible et guère a une valeur plus objective. On peut dire ainsi :

Cette forme n’est plus guère employée.
La négation point ne s’emploie plus guère.

Dans ce cas, guère signifie « plus très souvent » ou « seulement rarement ».