Vous êtes ici » La phrase » Interrogation, négation, exclamation » La négation
570. Comment traduire l’adverbe finnois vain ?

En finnois, l’adverbe vain (« seulement ») peut, comme l’adverbe myös (« aussi », voir p. 181), se pla­cer li­bre­ment devant tout constituant du discours sur lequel on veut faire porter l’idée de res­tric­tion : adjectif, nom, adverbe, quantifiant, verbe.

1. Vain porte sur un GN objet ou com­plé­ment cir­cons­tan­ciel

Quand vain porte sur un GN com­plé­ment d’objet ou com­plé­ment cir­cons­tan­ciel, on peut le traduire par ne … que ou seulement :

Vietin siellä vain kolme tuntia. Je n’y ai passé que trois heures. / J’y ai passé seulement trois heures.
Aitoa patonkia saa vain Ranskasta. La vraie baguette ne se trouve qu’en France. / La vraie baguette se trouve seulement en France.
Tilain viisi kirjaa, mutta sain vain neljä. J’ai commandé cinq livres, mais je n’en ai eu que quatre. / J’ai commandé cinq livres, mais j’en ai eu seulement quatre.

Dans la langue parlée, (ne)…que est nettement plus fréquent, car il se réduit à une simple consonne [k] (p. 564 §3) :

J’y ai passé que trois heures [ʒiepasektʁwazœʁ].

2. Vain porte sur un GN sujet

En finnois, l’adverbe vain peut porter sur un GN sujet. En français, seulement ne peut pas « mo­di­fier » un GN sujet (sauf dans certains cas, voir § 4 ci-dessous). Dans la langue écrite, on uti­li­se seul(es) devant un GN sujet indéfini. Si le GN est défini, on peut aussi utiliser la cons­truc­tion être le/la/les seul(es) à + in­fi­ni­tif ; à la place de l’infinitif, on peut aussi utiliser une cons­truc­tion relative :

Vain poliisi saa tutkia käsilaukkuasi.
Seul un agent de police a le droit de fouiller ton sac.
Vain iso urheiluseura pystyy ostamaan tämän tasoisen pelaajan.
Seul un grand club peut acheter un joueur de ce niveau.
Vain tämä merkki miellyttää asiakkaita.
Seule cette marque plait aux clients. / Cette marque est la seule à plaire aux clients. / Cette marque est la seule qui plaise aux clients.

Quand le sujet est un pronom personnel, il se met à la forme disjointe et se place avant l’adjectif seul :

Vain sinä pystyt auttamaan minua.
Toi seul peux m’aider / Tu es le seul qui puisses m’aider / Tu es le seul à pouvoir m’aider.
Vain he uskovat siihen.
Ils sont les seuls à y croire. / Eux seuls y croient. [Sur l’omission de ils, voir p. 305 §2.]
Vain minä ymmärrän sinua.
Moi seul(e) te comprends. / Je suis le seul (la seule) qui te comprenne.
Vain he olisivat voineet vastata.
Elles seules auraient pu répondre. / Elles sont les seules qui auraient pu répondre. [Le pronom Elles est ici un pronom disjoint ; sur l’omission du pronom elles conjoint, voir p. 305 §2.]

3. Il n’y a (pas) que

Dans la langue courante et parlée, on uti­li­se abondamment la cons­truc­tion il n’y a que… + pronom relatif. Cette construction est pratique pour rendre l’idée de vain précédant un sujet en finnois, mais elle permet également de faire porter la restriction sur d’autres éléments que le sujet de la phrase, selon un mécanisme analogue à celui des phrases clivées : la cons­truc­tion de la phrase et la forme du pronom relatif varient d’après la fonction du mot extrait (voir description p. 516). Dans la relative introduite par il n’y a que, le verbe est le plus souvent au subjonctif, mais on trouve de nombreux cas avec in­di­ca­tif (voir aussi p. 612 §2) :

Il n’y a qu’un agent de police qui ait le droit de fouiller ton sac.
Il n’y a qu’eux qui auraient pu répondre.
Il n’y a qu’un grand club qui puisse acheter un joueur de ce niveau.
Il n’y que cette marque qui plaise / plait aux clients.
Il n’y a qu’eux qui y croient.
Il n’y a que moi qui puisse vous aider.
Il n’y a que toi [jaktwa] que j’aime.
Il n’y a que toi qui aies écrit. [jaktwakieekʁi]
Il n’y a qu’avec lui que je partirais en voiture.
Il n’y a que pour eux que je ferais ça.

Cette construction s’emploie aussi couramment à la forme négative :

Il n’y a pas que ça qui [japaksaki] me dérange.
Il n’y a pas qu’à eux qu’arrivent de tels malheurs.
Il n’y a pas que les virus qui sont résistants ! Les préjugés aussi.
Il n’y a pas que les échanges monétaires qui sont enrichissants.
Si je comprends bien, il n’y a pas que les étrangers qui sont « sans papiers ».
Il n’y avait que pour ce pays et cette culture que j’étais prête à partir un an loin de tout.
Les blogueurs finissent par ne parler qu’aux blogueurs, il n’y a qu’eux qui les intéressent parce qu’il n’y a qu’entre eux qu’ils se comprennent.

Il n’y a (pas) que … qui/que est très uti­li­sé, car il se réduit à [jak] et, à la forme négative, à [japak] :

Y a que toi que j’aime.
Y a qu’en France qu’on trouve de la bonne baguette.
Y a pas que toi [japaktwa] qui aies des problèmes !
Y a pas que lui [japaklɥi] qui sache faire de belles photos.
Y a pas qu’à elle que ça arrive.

4. Vain porte sur un GN quantifié

Quand vain porte sur un GN quantifié en fonction de sujet, on peut uti­li­ser seul devant le GN déterminé ou seulement qui se met après le nombre ou le nom :

Tilastot osoittavat, että vain noin 10 % ranskalaisista matkustaa kesällä ulkomaille.
Les statistiques montrent que seuls 10% des Français vont à l’étranger en été. / Les statistiques montrent que 10% seulement des Français vont à l’étranger en été.
Tänään vain yksi oppilas tuli myöhässä.
Aujourd’hui, un étudiant seulement était en retard.

En début de phrase, seulement a un sens argumentatif et correspond à kuitenkin (voir p. 182 §6) :

J’ai téléphoné plusieurs fois, seulement il n’y avait personne. Soitin monta kertaa, mutta kukaan ei vastannut.

C’est pourquoi dans la langue écrite on ne l’uti­li­se pas pour traduire vain. En revanche, dans la langue parlée, on peut aussi placer seulement avant le GN quantifié, car le numéral indique que seulement n’est pas à comprendre dans un sens adversatif :

Seulement deux personnes m’ont écrit.

5. Vain porte sur un verbe

Quand l’adverbe vain porte sur verbe, on uti­li­se la cons­truc­tion ne faire que + verbe :

Hän vain toisti samoja latteuksia. Il ne faisait que répéter les mê­mes banalités.
Jos vain luet tenttikirjan, se ei ole kovin tehokasta. Si tu ne fais que lire le livre pour l’examen, ce n’est pas très efficace.
Olen vain käväisemässä. Je ne fais que passer.
Varoituksista huolimatta hän vain poltti ja poltti. Malgré les avertissements, il ne faisait que fumer.

Dans cette cons­truc­tion, le finnois vain a deux valeurs : « se contenter de faire qch/se borner à faire qch » (ne pas se fatiguer à faire autre chose) ou « s’entêter à faire qch » (ne rien trouver de mieux, faire sans arrêt). Pour rendre l’idée de vain, on peut ainsi éga­le­ment uti­li­ser ces verbes :

Il s’est borné à nous présenter des banalités.
Si tu te contentes de lire le livre pour l’examen, ce n’est pas très efficace.
Malgré les avertissements, il s’entêtait à fumer.

On peut également uti­li­ser l’adverbe simplement :

*L’apprenant ne doit que lire le texte à voix haute. →
L’apprenant doit simplement lire le texte à voix haute.
*Les apprenants seulement posent des questions.
Les apprenants posent simplement des questions.

6. Tout ce que... c’est...

Dans la langue courante, on uti­li­se fréquemment une forme pseudo-clivée de ne faire que, tout ce que … c’est :

Tout ce qu’il a fait, c’est présenter des banalités.
Si tout ce que tu fais, c’est (de) lire le livre pour l’examen, ce n’est pas très efficace.
Tout ce qu’il fait, c’est regarder la télé du matin au soir.
Tout ce qu’il a dit, c’est qu’il viendrait demain, sinon je ne sais rien de plus.

Le subordonnant de est facultatif et assez peu employé dans ce cas (mais on l’entend uti­li­ser). Cette tournure pseudo-clivée est un moyen pratique de contourner le problème de neque dans une principale qui détermine une complétive introduite par que. En effet, pour traduire tiedän vain että..., on ne peut pas dire *je ne sais que que... (exemple : tiedän vain, että se on peruutettu *je ne sais que que c’est annulé). On dira donc par exem­ple :

Tout ce que je sais, c’est qu’il viendra demain.
La seule chose que je sais, c’est qu’il viendra demain.
Tout ce que je sais, c’est que c’est annulé.
Je sais seulement qu’il viendra demain.
Je sais seulement une chose : il viendra demain.

Autres exem­ples :

Siitä tekstistä voidaan sanoa vain, milloin se on kirjoitettu, ei missä.
Tout ce qu’on peut dire ou La seule chose qu’on puisse dire au sujet de ce texte, c’est quand il a été écrit, pas où.
Minä sanoin vain, että teen sen, en milloin teen sen.
J’ai seulement dit que je le ferai, pas quand je le ferai. ou :
Tout ce que j’ai dit, c’est que je le ferai, pas quand je le ferai. (et non pas *Je n’ai dit que que…)

7. Rien que

Dans la langue parlée, vain ou pelkkä peuvent aussi être rendus par la cons­truc­tion rien que :

Rien qu’à te regarder, j’ai compris que tu t’étais levé du pied gauche.
Jo kun näin sinut, tajusin, että olit noussut väärällä jalalla.
Rien que dans la première page il y avait déjà 14 coquilles.
Pelkästään ensimmäisellä sivulla oli jo 14 painovirhettä.
Il m’a fallu deux heures rien que pour repeindre une fenêtre.
Minulta meni kaksi tuntia pelkästään yhden ikkunan maalaamiseen.
Rien qu’à sa démarche, on le reconnait de loin.
Jo pelkästä kävelytyylistä hänet tuntee kaukaa.

8. Autres cas idiomatiques courants

Sinä vain luet kirjojasi. Toi et tes livres !
Tulen heti – vaihdan vain vaatteet. Je me change et j’arrive.
Mitä asiakas tekee? Istuu vain. Que fait le client ? – Rien. 
Tule vain! Entre ! 
Sano vain! Dis-le !
Tämä lienee vain positiivista. Cela ne peut être que positif.