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583. L’hypercorrectisme

1. L’hypercorrectisme

L’apprenant FLE doit éga­le­ment savoir dis­tin­guer un type d’erreur « inverse », assez fréquent chez les fran­copho­nes, l’hypercorrectisme. L’hypercorrectisme est le fait d’uti­li­ser une forme « trop correcte » (le terme désigne à la fois le phénomène et la forme produite ; pour désigner le phénomène, on uti­li­se aussi le terme d’hypercorrection). Il est dû au sentiment d’insécurité lin­guis­tique : le locuteur « a peur » de produire une forme grammaticale incorrecte et donc d’apparaitre ignorant de (ce qu’il croit être) la norme. Il y a deux types principaux d’hypercorrectismes qui peuvent être visibles pour l’apprenant FLE :

a. Le locuteur veut trop bien faire et produit une forme grammaticale inexistante (donc fautive). Exem­ple : la 2e personne du pluriel de dire est dites. C’est une forme irrégulière par rapport à disons et disent. Il faut donc faire attention à ne pas dire *vous disez. Cependant, dans les verbes com­posés sur dire, comme contredire, on uti­li­se bien la forme -disez. L’hypercorrectisme consiste à appliquer aux verbes composés la règle concernant le verbe simple dire : le locuteur, anxieux d’éviter les erreurs et pour montrer (inconsciemment) qu’il sait bien conjuguer le verbe dire, va produire la forme « hypercorrecte » (autrement dit « trop correcte ») vous *contredites, au lieu de la forme cor­recte contredisez. On trouve ce genre d’erreurs dans de nombreux domaines : l’uti­li­sation fréquente et erronée d’un accent circonflexe sur le passé simple (quand il *fût parti voir p. 362 §2b) est vrai­sem­blablement due à un mécanisme d’hypercorrectisme ; de mê­me la for­me hybride *ce qu’il se passe (voir faq p. 348). Pour déceler ces erreurs, l’apprenant FLE doit vraiment bien connaitre la grammaire.

b. Le locuteur uti­li­se une forme correcte grammaticalement, mais qui parait étrange dans la structure concernée. C’est le cas notamment de l’opposition ça/cela. En principe, la forme cela est la variante langue écrite de ça. La forme ça est donc catégorisée comme appartenant à la langue parlée. Donc, pour faire « plus joli », « plus cultivé » en quelque sorte, de nombreux locuteurs s’imaginent qu’il suffit de remplacer n’importe quel ça par sa forme « élégante » cela. Or, on ne peut pas uti­li­ser la forme cela à la place de ça dans tous les cas : il est ainsi très étrange de dire Comment cela va-t-il ? comme forme plus « élégante » de Comment ça va ? Il ne suffit pas de transformer la forme ça en cela pour obtenir la version langue écrite : la forme langue écrite de Comment ça va ? serait par exem­ple Comment allez-vous ? De mê­me, Cela suffit (« Se riittää ») n’est pas l’équi­va­lent dans la langue écrite de l’expression Ça suffit ! Riittää jo! »). La forme langue écrite ayant le mê­me sens que Ça suffit ! serait par exem­ple En voilà assez ! Il en va de mê­me pour l’emploi hypercorrect du mot négatif ne dans certains cas (p. 568 §3). L’hy­per­cor­rec­tisme consiste donc dans ce cas précis à uti­li­ser des éléments de la langue écrite dans des structures qui sont réservées à la langue parlée. Le résultat est là encore une forme à la limite de la grammaticalité. Ce genre d’hypercorrectismes est très fréquent par exem­ple dans les dialogues de bandes dessinées et plus généralement dans tout contexte où le locuteur ne maitrise pas vraiment les subtilités de la langue écrite ou littéraire et croit pouvoir « faire de la belle langue » simplement en uti­li­sant quelques « beaux » mots çà et là (voir exem­ples faq p. 293).

2. Style hypercorrect

Dans une langue à la norme très rigide, comme le français, les phénomènes d’hy­per­cor­rec­tion sont très nombreux. L’hypercorrectisme a aussi un troisième aspect, qui porte sur le style et le choix du niveau de lan­gue, notamment dans la création littéraire (au sens vaste du terme) : dans les dialogues (de roman, de ci­né­ma, de bande dessinée), qui sont par définition de la langue parlée, est-il crédible d’uti­li­ser systéma­ti­que­ment le ne négatif, le l explétif (il faut que l’on insiste) ou des interrogations par inversion ?

3. Hypercorrectismes dus au multilinguisme

On peut éga­le­ment mentionner les hypercorrectismes des locuteurs de régions de variété linguistique (Belgique, Suisse ou Québec et régions francophones du Canada, ou régions françaises bilingues, Alsace, Bretagne, Nord, etc.) qui, voulant éviter des tournures ou des expressions répu­tées pour être des calques de la langue d’interférence ou des régionalismes (ou qu’ils croient être telles), emploient à la place de celles-ci des tournures dif­fé­ren­tes, alors mê­me que la tournure ou l’expression qu’ils voulaient éviter existe bel et bien et est parfaitement admise dans le français standard.