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586. Traits caractéristiques de la langue parlée : lexique

1. Généralités

Dans de nombreuses pages du site de cette grammaire, il est fait référence et il est accordé une grande place à la langue parlée, avec laquelle l’apprenant FLE est de plus en plus di­rec­te­ment en contact, non pas parce qu’il est devenu aujourd’hui facile de voyager, mais à cause de l’omniprésence d’Internet. Il suffit de « googler » à la recherche de n’importe quel terme anodin pour tom­ber sur des forums, des blogs, des groupes de discussion, etc., où la langue parlée est couramment uti­li­sée, et donc transcrite sous forme écrite. En outre, elle est largement uti­li­sée dans les médias sociaux comme Facebook, Twitter, etc. On peut dire que, si on excepte le cas d’un séjour dans un pays francopho­ne, l’ap­prenant FLE a aujourd’hui paradoxalement nettement plus d’occasions de fréquenter la langue parlée à l’écrit qu’à l’oral. Il a donc d’abord besoin de savoir déchiffrer la langue parlée, ne serait-ce que « graph­ique­ment » : les conventions de transcription sont peu standardisées et souvent flottantes. En outre, l’ap­pre­nant doit disposer de connaissances lui permettant de comprendre le sens des énoncés prononcés ou écrits en langue parlée, et d’identifier les structures typiques du code oral, pour, le moment venu, savoir choisir entre dif­fé­ren­tes manières de s’exprimer. Ce chapitre regroupe certaines notions centrales et remarques diverses con­cer­nant la langue parlée et les niveaux de langue.

2. Lexique

Le lexique est le domaine dans lequel les usagers identifient le plus facilement des traits de langue parlée. Dans la langue parlée, on uti­li­se des mots qui sont « familiers », « argotiques », « populaires » (machin, bidule, truc) etc. Ces mots ne sont cependant pas un trait caractéristique de la langue parlée, car on peut très bien les uti­li­ser occasionnellement dans la langue écrite. On ne peut pas dire d’un mot comme dingue (mieletön) ou d’une expression comme pété de thunes (upporikas) que ce soient des mots ou locutions de la langue parlée. Ce sont simplement des mots du registre familier. Il n’y a donc pas véritablement de lexique propre à la langue parlée.

Cependant, on peut considérer qu’il existe un certain nombre d’expressions ou de mots qui ne sont pas vraiment familiers, mais ne s’uti­li­sent pas non plus dans la langue écrite. Il s’agit souvent d’un emploi particulier de certaines cons­truc­tions grammaticales, que l’on peut qualifier de tournures de la langue parlée :

3. Tournures « langue parlée »

Dans le domaine du vocabulaire, il y a toute une série de mots, notamment des adverbes, qui sont couramment employés dans la langue de tous les jours (et ne sont mê­me pas sentis comme étant de la langue parlée par une grande partie des usagers de la langue), mais qui sont pratiquement inusités dans la rédaction de style administratif, juridique, soutenu, etc., dont voici quelques exem­ples :

en tout caslangue écrite :en tout état de cause, quoi qu’il en soit
quand mê­melangue écrite :néanmoins, malgré cela
en plus (en tête de phrase)langue écrite :de plus, en outre

Il existe quantité de tournures auxquelles on peut donner le label « langue parlée » parce qu’elle s’uti­li­sent essentiellement à l’oral. L’exem­ple le plus caractéristique est comme ça, qui est une locution passepartout très pratique et très uti­li­sée dans la langue parlée : comme ça remplace l’adverbe ainsi, les adjectifs tel, pareil ou le groupe de ce genre (p. 126). On peut mentionner éga­le­ment :

Elle est trop, cette fille !
Ce film est trop trop trop bien !
Le restau était pas mal.
En plus, comme si c’était déjà pas assez, des voisines géniales (enfin, presque toutes).
Ce prof, c’est vraiment quelqu’un de bien.

Bien sûr que je t’aime ! [langue écrite : Tu sais bien que je t’aime.]
Peut-être qu’on viendra. [langue écrite : Nous viendrons peut-être. / Peut-être viendrons nous.]
Évidemment qu’il a raison. [langue écrite : Il est évident qu’il a raison].

ce n’est pas quelangue écrite :non que
ce qui fait quelangue écrite :si bien que
pour pas quelangue écrite :de peur que

Donne-moi ton numéro de téléphone, au cas où.
J’avais emporté une bouteille de vin, au cas où.
La remarque était évidente et simplement là pour si jamais.

Ce ne sont là que quelques exem­ples, cette liste n’est pas exhaustive. Ces tournures ou emplois par­ti­cu­liers sont étudiés en détail dans les chapitres concernés (propositions cir­cons­tan­cielles, adverbes, etc.)