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587. Prononciation et transcription

1. Niveaux de prononciation

La prononciation est un autre domaine dans lequel les usagers identifient facilement des traits de langue parlée. Dans une langue comme le français, où la transcription des sons est parfois très éloignée de la valeur habituelle des signes graphiques (ainsi le graphème oi ne transcrit ni un [o] ni un [i]), on peut dire qu’il existe plusieurs « niveaux de prononciation », comme il y a plusieurs niveaux de langue.

D’un côté de l’échelle se trouve la prononciation dramatique du théâtre classique ou d’un discours de réception à l’Académie, avec de nombreuses liaisons et la prononciation de e muets internes nor­ma­le­ment non prononcés etc. De l’autre côté de l’échelle se trouve la prononciation courante, marquée par des phénomènes comme l’absence de liaisons, l’élision de certaines voyelles, notamment des e muets (je voulais > [ʒvulɛ]), l’apocope (suppression du ‑re dans quatre personnes prononcé [katpɛʁsɔn]), etc. Ce sont des variations normales, « organiques », qui ne suscitent aucunement l’étonnement des francophones et ne sont en général pas transcrites dans la graphie (sauf éventuellement le cas de e muet, par exem­ple j’voulais)

En plus de ces variations, il existe éga­le­ment des phénomènes qui sont propres à la langue parlée et qui en général ne sont pas transcrits dans la graphie, car, par définition, ils ne se réalisent qu’à l’oral. Par exem­ple la chute devant consonne du l final du pronom il (il parle prononcé [ipaʁl]) est tout à fait cou­ran­te en français (et très ancienne), mais elle est rarement transcrite ; de mê­me la prononciation courante de quelque chose [kɛkʃoz], etc. Ce sont ces phénomènes qui donnent aux apprenants FLE l’impression que les francophones ne prononcent que la moitié des mots ou parlent très vite, ou au moins (affirmation fré­quen­te chez les apprenants FLE) que le français « appris à l’école » n’est pas celui que les gens parlent en réalité.

Si la langue maternelle de l’apprenant FLE a une orthographe fonc­tion­nelle, qui transcrit de façon qua­si­ment phonétique la langue telle qu’elle se parle (ce qui est le cas du finnois ou, au moins dans le sens de la lecture, de l’espagnol), l’apprenant se trouve donc confronté à une double dif­fi­cul­té :

2. Pas de standardisation

Dans certains contextes, on transcrit ces variations typiques de la langue parlée : dans des romans, des blogs, des forums en ligne, la bande dessinée, etc. Souvent ces transcriptions sont difficiles à interpréter pour les apprenants FLE et peuvent provoquer des confusions au niveau de l’identification des structures grammaticales. Ces confusions sont encore aggravées par le fait que la transcription de ces formes à l’écrit est loin d’être standardisée. De plus, les manières de transcrire peuvent varier au sein d’un mê­me texte ou chez un mê­me auteur, et être non cohérentes. On peut retenir d’abord deux principes généraux, exposés aux points suivants.

3. L’apostrophe, icône de la langue parlée

L’apostrophe est abondamment uti­li­sée pour indiquer une lettre supprimée :

l’patron = le patron
i’ dit = il dit
p’têt’ = peut-être

De mê­me la suppression de il devant les formes simples du verbe falloir (p. 346) peut être transcrite par une apostrophe : ’faut pas, ’fallait, ’faudrait, ’faudra. L’apostrophe peut être uti­li­sée de façon plus ou moins cohérente : dans un mê­me texte certaines suppressions seront marquées avec l’apostrophe, d’autres sans aucun signe (par exem­ple : i’ veut pas venir, mais faut pas le dire). De nombreux exem­ples relevés (et cités dans ce chapitre) montrent que l’apostrophe a pratiquement une fonction iconique de représentation de la langue parlée : de nombreux usagers ajoutent une apostrophe (consciemment ou non) parce que pour eux elle est le symbole mê­me de la langue parlée transcrite par écrit (par exem­ple dans y’ z’ont dit, l’apostrophe après y est redondante). Il ne faut donc pas s’étonner de voir l’apostrophe uti­li­sée un peu au hasard.

4. Valeur iconique de la lettre z

La lettre z sert souvent à marquer la liaison en [z] quand la transcription n’y suffit pas (y z’ont = ils ont), ou à indiquer une liaison supplémentaire dans une structure non standard (p. 316 §5) : donne-moi-z-en / donne-moi-z’en (mais on peut aussi trouver la variante donne-moi-s-en).