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589. Caractéristiques au niveau morphosyntaxique ou syntagmatique

Liste-résumé

Les cons­truc­tions grammaticales uti­li­sées typiquement dans la langue parlée sont examinées dans dif­fé­rents chapitres de cette grammaire et on en présente ici seulement un résumé, avec renvoi au point con­cerné pour le détail. On peut d’abord noter les caractéristiques suivantes au niveau mor­pho­syn­ta­xi­que ou syntagmatique. [1]

a. L’article indéfini pluriel des a tendance à conserver sa forme des au lieu de passer à de devant adjectif an­té­po­sé (p. 48 §4) :

T’as acheté des nouveaux rideaux ?
On a mangé des bonnes tartes.

b. L’accord du participe passé se fait rarement à l’oral (p. 497) :

Il faudrait laver la chemise que t’as mis hier.
Les choses qu’il a dit étaient très intéressantes.

c. On fait l’accord au singulier du verbe être dans la cons­truc­tion c’est + gn pluriel (p. 279 §2 et p. 620) :

Tu vois ces paquets ? C’est les cadeaux qui sont arrivés pour toi.
C’est qui, ces gens sur la photo ? – C’est nos amis danois.

d. Dans la négation, il y a suppression quasi systématique de l’adverbe ne négatif, seul le deuxième mot né­ga­tif (pas, plus, rien, etc.) est uti­li­sé (p. 558 §3) :

Il vient pas demain.
Je suis pas d’accord.
J’ai rien vu.
Il parle plus à personne.
Elle sort jamais.

e. Uti­li­sation de la forme ça à la place de cela (p. 275) :

Ça ne m’intéresse pas.
Il faudrait que quelqu’un s’occupe de ça le plus vite possible.

– uti­li­sation de ce/ça à la place de il impersonnel (p. 342) :

Ça sera prêt quand ?
Ça n’est pas trop dur ?
C’est normal que tu sois fatigué.
En semaine, c’est difficile de trouver une place de parking.
Ça me semble pas normal qu’il reste là sans rien faire.

– uti­li­sation de ça comme anaphorique-déictique « universel » pour renvoyer à des GN (ça renvoie en réalité à la situation dans laquelle le GN est énoncé (p. 278) :

Tu as une vilaine plaie à la main, il faut soigner ça.
Qu’est-ce que tu penses de cette robe ? – C’est pas mal. [C’ est un allomorphe de Ça]

f. Uti­li­sation de y et en en fonction de pronom COI pour renvoyer à un animé (p. 264). Dans les exem­ples sui­vants, les formes de la langue écrite sont respectivement je rêve d’elle et je pense à eux :

Je suis fou de cette actrice. J’en rêve la nuit
Mes enfants me manquent beaucoup. J’y pense souvent.

g. Uti­li­sation de l’anaphore prépositionnelle pour reprendre un COI (possible éga­le­ment avec un CC) non animé (p. 267) :

Le chat semblait très intrigué par cette nouvelle plante, il n’arrêtait pas de tourner autour.
Inutile de chercher cet horrible vase que tu détestais tant, je l’ai donné, tu ne risques plus de tomber dessus.

Cette anaphore prépositionnelle peut se combiner avec un pronom conjoint COI (p. 267 §4). Dans ce cas, la cons­truc­tion peut aussi renvoyer à un animé :

Les poussins se sont enfuis en piaillant quand je leur ai couru après.
Fais attention, il y a une guêpe qui te tourne autour.
Tu sais pas ce qui m’est arrivé ? Il y a la voiture des pompiers qui m’ est rentrée dedans au carrefour !

h. Uti­li­sation quasi systématique du pronom on pour désigner la 1e personne du pluriel (p. 321 §3) ; les for­mes objet et disjointes restent cependant nous :

Ce soir, on va tous faire la fête au parc de l’Orangerie. Demain, on sera sans doute crevés.
Ils nous ont rien dit, vu qu’ils disent jamais rien à nous, et nous on leur a rien demandé, c’est pour ça qu’on sait rien de toute cette histoire !

i. Uti­li­sation de l’article massif déterminant un adjectif à la place de la cons­truc­tion quelque chose de + adjectif (p. 55 §4) :

Ce blabla ne m’intéresse pas, je veux du concret, du simple !
Il me faudrait vraiment un matériel adéquat mais je suis paumé, bref il me faudrait du facile et de l’efficace.

j. Suppression fréquente du sujet il impersonnel devant les formes simples de falloir et de faire (p. 346), et du sujet je devant certains verbes (expressions devenues plus ou moins figées) :

Fallait pas leur dire!
Fait pas chaud, hein ?
Faudrait se grouiller !
C’est qui ce type sur la photo, là ? – Connais pas. / Jamais vu.
Il rentre quand, ton ami ? – Sais pas.

et occasionnellement devant d’autres verbes, dans les cons­truc­tions disloquées : M’énerve, ce machin ! (p. 514 §3).

k. Uti­li­sation de certains adjectifs comme adverbes, notamment grave ou dur (avec des significations va­ria­bles : « beaucoup », « trop », « dif­fi­ci­le­ment », etc.) :

Avec son beau prénom, elle frime grave.
J’ai bossé là-dessus depuis sa retraite au moins deux ans, enfin elle comprend dur dur!!
Monsieur SFR se la pète grave [titre de message blog].