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590. Caractéristiques au niveau de la phrase

1. Procédés de thématisation et de focalisation

Au niveau de la phrase et de l’agencement des idées, on peut mentionner les procédés suivants qui sont fréquemment uti­li­sés dans la langue parlée :

– uti­li­sation abondante de la dislocation, à la fois de la dislocation à gauche (p. 513), qui est relativement fréquente à l’écrit éga­le­ment, mais aussi de la dislocation dislocation à droite (p. 514), qui est presque ex­clu­si­ve­ment un procédé de la langue parlée :

Il me casse les pieds, ce type.
Tiens, je t’avais pas vu, toi.
Rouge, qu’elle est, la voiture de mon frère.

– uti­li­sation abondante des phrases clivées (p. 516 et p. 618) et des phrases pseudo-clivées (p. 517 et p. 622), ces dernières étant cependant courantes à l’écrit aussi :

C’est à cet endroit-là que la nouvelle ferme éolienne doit être construite.
C’est de lui que je t’ai parlé.
C’est en lisant le journal que j’ai appris la nouvelle.
Participer ne m’intéresse pas, c’est gagner que je veux.
Ce que nous nous voudrions faire et ce dont nous aurions besoin, c’est de signer un partenariat avec une compagnie plus importante.
Ce à quoi personne n’avait osé penser, c’est que la fonte de la calotte polaire s’accélèrerait à ce point.
S’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est qu’on arrive systématiquement en retard.

– uti­li­sation relativement restreinte du passif, remplacé par les procédés de thématisation et de fo­ca­li­sa­tion ci-dessus :

Le chalet a été loué par des vacanciers italiens. → C’est des Italiens qui ont loué le chalet.

2. Il y a introducteur

Dans la langue parlée, il y a une nette tendance à éviter de commencer la phrase di­rec­te­ment par un GN, surtout s’il est indéfini (de mê­me pour les pronoms indéfinis). On uti­li­se il y a comme ac­tu­a­li­seur d’in­défini en tête de phrase, procédé appliqué éga­le­ment, mais moins systé­ma­ti­que­ment, aux GN définis (p. 291 §3), ou bien des cons­truc­tions pseudo-clivées (p. 517) :

Il y a des gens qui attendent devant le magasin.
Il y en a qui sont jamais contents.
Il y a le téléphone qui sonne.
Y a ton pantalon qui est déchiré.
Il y a quelqu’un qui m’a poussée.
Il y a personne qui était contre.
S’il y a quelque chose que j’peux pas piffer, c’est les émissions de télé-réalité.

3. Interrogation directe et in­di­recte

– dans l’interrogation directe, uti­li­sation quasi systématique de l’interrogation par intonation. L’in­ver­sion du sujet est uti­li­sée épisodiquement seulement. La cons­truc­tion est-ce que est uti­li­sée assez fré­quemment, mais il y a une tendance à appliquer l’ordre des mots normal SVO à tout type de questions (interrogation totale, ou interrogation partielle avec un mot interrogatif) :

Tu viens ou tu viens pas?
Tes parents sont déjà rentrés de vacances ?
Je pourrais te demander un truc, là ?
Est-ce que t’en as encore besoin ?
Vous rentrez quand ce soir ?
Il a choisi qui ?
Tu as acheté ça pour qui ?
Il se passe quoi, ici ?
On mange quand et où ?
Il y a deux séances pour le film, on va à laquelle ?

– uti­li­sation de diverses variantes des cons­truc­tions avec l’élément est-ce dont l’ordre des mots est ré­ta­bli dans le sens SVO :

Qui est-ce qui vient ? = Qui c’est qui vient ? = C’est qui qui vient ?

– tendance à conserver dans l’interrogation in­di­recte les formes et l’ordre des mots de l’interrogation di­rec­te (p. 546) :

Qui est-ce qui vient ? → Je ne sais pas qui est-ce qui vient [forme standard : Je ne sais pas qui vient].
Où est-ce que ça s’est passé ? → Personne ne sait où est-ce que ça s’est passé [forme standard : où ça s’est passé].

4. Propositions relatives

Dans la langue parlée, il y a une tendance à simplifier les cons­truc­tions relatives avec pronoms COI ou CC (dont, à qui, , etc.) en uti­li­sant une sorte de « conjonction relative » que et en modifiant la struc­ture de la phrase :

Tiens voilà le livre dont je te parlais l’autre jour → Tiens, voilà le livre que je te parlais l’autre jour.
le type avec lequel tu es parti → le type que tu es parti avec.
C’est celle avec qui je suis. → C’est celle que je suis avec.
le magasin devant lequel je t’attendais → le magasin que je t’attendais devant

La relative français parlé est présentée en détail p. 614.