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591. Remarques sur la langue parlée et la norme

1. Terminologie

Toutes les distinctions entre les différents niveaux de langue et les styles se recoupent souvent, aussi bien dans l’esprit des usagers et dans l’usage quotidien que chez les spécialistes de la langue, et il n’est pas toujours aisé de dis­tin­guer entre langue écrite, langue soutenue, style littéraire, etc. Les dictionnaires, notamment, usent par exem­ple de l’abréviation litt. (littéraire) pour désigner des aspects liés à la situation d’emploi (langue soignée) autant qu’au style (roman). Et les vulg., fam., arg., pop. sont loin d’être uti­li­sés de façon uniforme d’un dictionnaire à l’autre. Toutes ces distinctions restent de toute façon entachées d’une part de subjectivité. Sur un plan plus proprement grammatical, doit-on considérer l’absence de ne négatif comme de langue parlée ou de la langue familière ? Le linguiste aura tendance à l’identifier simplement comme un procédé grammatical résultat d’une évolution particulière et tout à fait banal, tel puriste y verra un véritable « outrage » à la langue.

2. Langue parlée en français et en finnois

Dans les grandes lignes, on retrouve dans la langue parlée les mê­mes phénomènes en finnois et on ne s’attardera pas sur les ressemblances et les divergences entre les deux langues ni sur les divergences dans la perception du style ou des convenances. L’objectif de ce chapitre n’est pas faire une présentation com­plète des caractéristiques de la langue parlée en français, mais avant tout de dresser un tableau d’en­semble des procédés de la langue parlée concernant, de près ou de loin, la grammaire. On peut faire ob­ser­ver toutefois les points suivants :

a. Dans le domaine grammatical, les procédés typiques de la langue parlée en finnois reposent avant tout sur des altérations phonétiques : contractions diverses, apocopes, etc. et sur des variantes concernant des points ponctuels, par exem­ple uti­li­sation du passiivi impersonnel à la place de la 1e personne du pluriel, uti­li­sation de se à la place de hän, accord du verbe au singulier avec un sujet pluriel (sielt ne tulee).

b. Le finnois ne connait rien de vraiment comparable aux transformations que la dislocation fait subir à la phrase en français (prolepse, rappel ou combinaison des deux), ou du moins pas la mê­me uti­li­sation sys­té­matique de ces procédés. Dans le domaine du lexique, la variation de registre repose aussi sur une plus grande influence des variantes dialectales qu’en français. Certains procédés réputés pour être de la langue parlée sont au départ des variantes régionales (meiän pour meidän, etc.)

c. Dans la tradition littéraire finlandaise, la langue parlée reste pour l’instant relativement marginalement représentée et peu présente dans les romans, sauf chez certains auteurs : les dialogues sont assez rarement en langue parlée pure (mä oon tullu, sit ne sano etc.). En revanche, comme dans le cas du français, la langue parlée est très présente sur Internet.

d. Dans le domaine du lexique familier, en français on peut se permettre d’uti­li­ser dans certains contextes des mots catégorisés comme « très familiers » voire « vulgaires » sans que cela paraisse forcément gros­sier (à l’oral, essentiellement). Ainsi, en fonction du contexte, le mot merde peut être parfois simplement familier (et mê­me laudatif). En finnois, les mots considérés comme grossiers le restent toujours, quel que soit le contexte et les éventuelles velléités stylistiques du locuteur.

3. Autres altérations courantes

En plus des modifications traitées p. 588, on peut mentionner éga­le­ment pour mémoire d’autres al­té­ra­tions courantes, notamment des contractions diverses, qui ne produisent pas de formes pouvant prêter à confu­sion :

F’pas suer !
Et ooola f pas rire !
F’ pas braire à la fin !