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592. Le kit de survie de l’étudiant Erasmus

1. Un contact prolongé avec le français de tous les jours

En dehors des contacts permanents avec le français vivant de tous les jours que permet l’omniprésence d’Internet, il y a évidemment aussi des situations où l’apprenant de FLE est plongé dans le milieu linguistique « physique », soit à l’occasion de voyages divers, soit, comme c’est le cas pour de nombreux étudiants de nos jours, dans le cadre des échan­ges du programme Erasmus. Ces séjours sont suffisamment longs pour que, dans la vie quotidienne, l’étudiant ait la possibilité de se familiariser avec la langue parlée de tous les jours. Et, s’il connait déjà assez bien la grammaire française et qu’il est attentif aux questions linguistiques, il constate qu’un certain nombre de règles apprises à l’école où à l’université ne semblent pas être rigoureusement observées par les usagers francophones. Il y a à cela deux raisons :

Le tableau ci-dessous présente certaines « déviations » par rapport à la norme que l’apprenant FLE a tôt fait de remarquer. On n’indique que les tournures qui contredisent nettement les règles de grammaire figurant dans les manuels, pas les traits caractéristiques de la langue parlée (dislocation, prononciation, etc., se re­porter aux points ci-dessus), ni les déviations « reconnues » (absence de ne négatif, uti­li­sation de on pour nous, etc.), ou les points de détail : genre des noms, orthographe (sauf un exem­ple) etc. En cas d’in­ter­ro­ga­tion, se reporter à l’index alphabétique en fin de volume.

Les étudiants d’échange Erasmus ne sont mentionnés dans le titre qu’à titre d’exem­ple. Ce kit de survie peut bien sûr servir à toute personne pratiquant le français et amenée à séjourner un certain temps dans un pays francophone au contact de la langue de tous les jours.

2. Tableau-résumé comparatif

Pour permettre à l’étudiant FLE de faire le partage entre d’une part les variantes relevant d’une norme dif­fé­ren­te de l’écrit ou dues à l’évolution du français et, d’autre part, les erreurs dues à une mauvaise com­préhension ou application des règles de grammaire, on a fait suivre les « vraies fautes » du signe °. Mais cette ap­pré­cia­tion reste subjective.

592. Norme et usage
Ce que disent les GRAMMAIRES :Ce que disent ou écrivent LES USAGERS :
L’article des devient de devant adjectif antéposé. Dans ce restaurant, ils servent des grandes portions et ils font des très bonnes tartes.
La pronominalisation du nom se fait avec un pronom. Où est la voiture ? – Ton père est parti avec.
Un nom précédé d’une pré­po­si­tion se pronominalise sous la forme [pré­po­si­tion + pronom]. Cette mouche m’énerve, ça fait une heure qu’elle me tourne autour.
Les pronoms y et en ne s’uti­li­sent pas pour renvoyer à un référent humain : Il adore ses enfants, il y pense tout le temps et il en parle sans cesse.
On n’exprime pas le pronom y devant les formes en i- du verbe aller. Aucune importance, j’y irai quand mê­me !
À l’impératif affirmatif, le pronom COD de 3e personne précède le pronom COI (donne-le-moi). Ça m’est égal, donne-moi-le et arrête de radoter !
À l’impératif affirmatif, le pronom COI précède le pronom en (donne-m’en). Garde-moi-s-en peu, s’il te plait.
Dans la mise en relief avec c’est..., on uti­li­se la conjonction que dans tous les autres cas que le sujet (c’est lui qui / c’est à lui que / c’est de lui que). C’est de lui dont je parlais, parce c’est bien à lui à qui je pensais.°
Le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le COD quand le COD précède le verbe. La robe que j’ai mis est toute sale, et toutes les lettres que j’ai écrit ont disparu.
Le participe passé du verbe faire suivi d’un in­fi­ni­tif ne s’accorde pas avec l’objet qui le précède. La maison qu’elles se sont faite(s) construire est très grande.°
Le participe passé d’un verbe à pronom réfléchi ne s’accorde pas si le pronom qui précède le verbe est un COI. Ah bon, ça tombe bien, elles se sont souvent demandées s’il fallait mettre un s ou pas.°
Quand le sujet précède le verbe (nom, pronom, interrogatif qui, etc.), le sujet apparent il est inutile. Tiens, je me demande ce qu’il se passe.°
Le verbe se rappeler ne se construit pas avec de. Oh pardon, je m’en rappelais plus !
Il est interdit d’uti­li­ser le conditionnel après si dans une conditionnelle. Le médecin m’a dit que si je serais venu plus tôt ça aurait été plus facile à soigner.
La forme du pronom relatif com­plé­ment du nom ou com­plé­ment introduit par de est dont : Tu m’as pas rendu le livre que je te parlais l’autre jour et que j’aurais besoin pour faire cette recette.
La forme du pronom relatif com­plé­ment de lieu est . Je l’ai acheté dans le magasin qu’on était l’autre jour avec toi.
On n’uti­li­se la forme réfléchie soi que si on renvoie à un sujet neutre (personne, on, etc.) Elle ne pense qu’à soi-mê­me.
Dans l’interrogative in­di­recte, il n’y a pas d’inversion et on n’uti­li­se pas est-ce que : Je ne sais pas qui est-ce que c’est ni comment est-ce qu’il s’appelle.
La 3e personne du passé simple s’écrit sans accent circonflexe. Quand il fût rentré, il fût surpris de voir que la porte était ouverte.°
La conjonction après que demande l’in­di­ca­tif. Il a commencé à pleuvoir après qu’on soit rentrés.

L’étudiant FLE a intérêt à dire… comme les grammaires. Et avant tout à toujours écrire comme le disent les grammaires.