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614. La relative dans la langue parlée

1. Définition

Dans la langue parlée, il y a une tendance à simplifier les cons­truc­tions relatives. Sur beaucoup de points, cette tendance est déjà ancienne et n’est pas une innovation de la langue moderne. L’apprenant FLE rencontrera très certainement ce genre de cons­truc­tions dans la langue parlée dans un pays francophone ou mê­me à l’écrit, sur Internet ou d’autres supports. Malgré cela, les variantes de la langue parlée qui sont exposées ci-dessous restent du domaine du français non conventionnel et ne sont pas admises dans la norme de la langue écrite.

2. Le décumul

Les cons­truc­tions relatives ont ceci de particulier que le pronom relatif cumule deux fonctions : c’est à la fois un pronom qui est le sujet ou l’objet du verbe dont la forme indique la fonction grammaticale (comparer : il parle – qui parle ; je le vois – que je vois), et en mê­me temps, il marque la subordination de la proposition à la phrase principale, contrairement à que conjonctif (je pense que c’est vrai) ou quand, puisque, qui ont simplement une fonction de subordonnant, mais ne représentent aucun référent. Les cons­truc­tions relatives sont donc d’une certaine manière assez complexes. Une phrase comme

Je ne connais pas la jeune fille avec les grands-parents de laquelle nous sommes partis en vacances.

contient une cons­truc­tion relative, avec les grands-parents de laquelle, que de nombreux apprenants FLE auront de la peine à former spontanément. Cette dif­fi­cul­té n’est cependant pas l’exclusivité des apprenants FLE : de nombreux francophones éprouvent les mê­mes. Il y a ainsi dans la langue parlée une tendance à simplifier la structure relative en la décomposant en deux fonctions distinctes (on uti­li­se parfois à ce propos le terme de « décumul ») :

  1. la fonction subordonnante
  2. la fonction grammaticale du pronom.

La fonction de subordination est généralement assurée par le mot que, qui devient une sorte de con­jonc­tion relative passepartout.

3. Forme courante

Dans sa forme la plus simple et la plus courante, le décumul consiste à simplifier un pronom relatif COI ou un CC (dont, à qui, etc.) en le remplaçant par que, en conservant la forme normale du verbe :

Ça c’est exactement le genre de truc que j’aurais besoin. [forme normale : dont]
C’est le livre que je te parlais l’autre jour. [forme normale : dont]
C’est Summer, la fille que je te parlais tout à l’heure au petit déj, elle est trop belle ! [forme normale : dont]
À moins qu’il t’ait donné trois billets de saison à la place qu’on était hier, je ne veux pas le savoir ! [forme normale : ]
En fait j’ai deux sessions de MSN, et il y en a une que je me sers plus que l’autre. [forme normale : dont]
[à propos d’une voiture :] Et pour les ailes arrières, c’est un des trucs que je me souviens bien et elles sont vraiment très prononcées. [forme normale : dont]

4. Que + anaphore prépositionnelle

Dans d’autres cas, notamment quand le relatif est élément d’une structure pré­po­si­tionnelle, la fonction sub­or­don­nan­te est exprimée par que et la fonction grammaticale est exprimée par exem­ple par l’ana­pho­re zéro (p. 267) :

le magasin devant lequel je t’attendais → le magasin que je t’attendais devant
le type avec lequel tu es parti → le type que tu es parti avec

5. Ajout d’un élément que ou c’est

Quand le relatif est le pronom (à sens spatial ou temporel), le décumul se fait souvent en ajoutant que après ( exprime la fonction grammaticale, et que, la subordination) :

Ils en ont jamais parlé de la gamine, depuis le jour où qu’on l’a mise dans la terre, dans son trou à elle, pour toujours.
Avec ma coloc, on s’est dit : « C’est dimanche, c’est la fête, c’est le jour où qu’on travaille pas et que c’est trop bien : célébrons cette occasion ».
Je t’emmène à Jutigny, mon neveu, dit l’oncle ; c’est le jour où qu’on va chez Parisot faire la partie et prendre un verre.

On trouve éga­le­ment la forme où c’est que (peut-être uti­li­sée par analogie avec les formes correspon­dantes dans l’interrogation in­di­recte, qui sont fréquentes, voir p. 638) :

C’est dans le magasin où c’est que t’as acheté tes shorts.
Va voir le topic où c’est que je raconte mes problèmes intestinaux.

Le subordonnant que peut aussi s’uti­li­ser avec au moment où, décomposé en au moment que, ou bien combiné avec où que :

Par exem­ple, vous achetez un produit version 3.2, les mises à jour seront gratuites jusqu’au moment qu’on arrive à la version 4.
Alright, là c’est toujours le moment où que je sais absolument pas trop quoi dire, vraiment...

6. Divers

On trouve éga­le­ment d’autres types de modifications, qui sont moins fréquentes que les précédentes :

– le pronom sujet qui peut devenir que :

C’est pas nous qu’on l’a dit. [= nous qui l’avons dit].

– on observe éga­le­ment un décumul du pronom sujet qui sous la forme subordonnant que + pronom sujet :

C’est moi que je leur ai dit d’aller faire ça. [c’est moi qui leur ai dit]

Remarque : sur la prononciation de qui dans la langue parlée et les problèmes d'interprétation qu'elle peut poser, voir p. 615.