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618. Les phrases clivées avec c’est + pronom relatif

1. Définition

La phrase clivée est un procédé de focalisation (p. 511 §2) très uti­li­sé en français, notamment dans la lan­gue parlée, mais aussi dans la langue écrite. La phrase clivée est une phrase dans laquelle on extrait un élément qu’on veut focaliser en le faisant précéder du verbe c’est et en le faisant suivre de qui ou que. Comme on le voit dans l’exem­ple suivant, le sujet ma sœur est focalisé (on dit aussi « mis en relief », ko­ros­tet­tu), par un procédé qui coupe en quelque sorte la phrase indépendante originale en deux éléments, une principale et une relative (c’est pour cette raison qu’on emploie le terme de « phrase clivée » ; cliver si­gni­fie en finnois « halkaista, lohkoa ») :

Ma sœur a acheté une maison en Vendée.
C’est ma sœur qui a acheté une maison en Vendée.

On peut en principe extraire de cette façon pratiquement tous les éléments de la phrase (sur les li­mi­ta­tions, voir p. 518) :

Ma sœur a acheté une maison en Vendée.
C’est ma sœur qui a acheté une maison en Vendée.
C’est une maison que ma sœur a achetée en Vendée.
C’est en Vendée que ma sœur a acheté une maison.

La transformation en phrase clivée est éga­le­ment possible avec des phrases négatives ou interrogatives :

Jean-Claude n’a pas écrit. → Ce n’est pas Jean-Claude qui a écrit.
Vous avez été à Nantes ? → Est-ce à Nantes que vous avez été ? / Est-ce que c’est à Nantes que vous avez été ?

2. Mécanisme

L’extraction se fait de façon assez simple : après le verbe c’est…, on place l’élément qu’on veut extraire, puis on le fait suivre d’une proposition relative qui commence par qui si l’élément extrait est le sujet, et par que dans tous les autres cas. Si l’élément extrait est un pronom conjoint (tu, me, lui, ils, en), il est à la forme disjointe (toi, moi, à lui, eux, de lui/de ça etc., voir exem­ples p. 623). Si le GN est précédé d’une pré­po­si­tion (et constitue donc un groupe pré­po­si­tionnel, GP), on extrait tout le GP, donc aussi la pré­po­si­tion (voir p. 621 au sujet des dif­fi­cul­tés que cela occasionne chez les francophones) :

sujet
J’ai donné ce livre à mon fils.
c’est moi qui ai donné ce livre à mon fils.

cod
J’ai donné ce livre à mon fils.
c’est ce livre que j'ai donné à mon fils.

coi/cc
J’ai donné ce livre à mon fils.
c’est à mon fils que j’ai donné ce livre.

Toute la France parle de ce film.
c’est de ce film que toute la France parle.

Un pronom conjoint à une forme COI (lui, leur, en) est une forme syncrétique (p. 220 §2) qui « contient » la pré­po­si­tion : dans il me parle, le pronom me = « à + je », je lui écris, lui = « à il », elle en rêve, en = « de ça » etc. Mais un pronom disjoint ne contient pas de préposition, il faut donc la rétablir (tout comme on est obligé de dire je pense à lui, et non pas simplement *je pense lui) :

Il m’a offert ce livre. (m’ = me = « à je »)
c’est à moi qu’il a offert ce livre. (moi forme disjointe)
Je lui ai téléphoné. (lui forme conjointe)
c’est à lui que j’ai téléphoné. (lui forme disjointe)