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621. Difficultés d’interprétation des phrases clivées

1. Un que relatif conjonctionnel

Quand l’élément de phrase extrait est le sujet ou l’objet direct du verbe, il est facile d’interpréter le sens du pronom relatif : qui est le sujet du verbe de la relative, que est le COD :

C’est Valérie qui a acheté cette maison. [qui est sujet de a acheté]
C’est la maison que Valérie a achetée. [que est COD de a achetée]

Mais dans les autres cas, il est difficile d’interpréter le mot que :

C’est au début que j’ai eu des dif­fi­cul­tés.

Quel est la fonction de que dans cette phrase ? Ce n’est certainement pas le COD de j’ai eu. En fait, dans tous les cas où l’élément extrait par c’est... renvoie à autre chose que le sujet ou l’objet direct du verbe, il faut considérer que comme une conjonction (voir GMF p. 728, Remarque.) dont le sens est impossible à in­ter­préter. C’est justement parce que c’est … que est devenu vide de sens que beaucoup de francophones confondent les phrases clivées et les véritables relatives (voir aussi p. 244). Comparer :

C’est de cette personne que je parle. Tästä henkilöstä olen juuri puhumassa. [phrase clivée]
C’est la personne dont je parle. Hän on se henkilö, josta olen puhumassa. [relative]
C’est à cet endroit-là que nous avons passé nos vacances. Siellä vietimme lomaamme. [phrase clivée]
C’est l’endroit nous avons passé nos vacances. Se on se paikka, jossa vietimme lomaamme. [relative]
C’est ce jour-là qu’il est parti. Juuri sinä päivänä hän lähti. [phrase clivée]
C’est le jour il est parti. Se on se päivä, jolloin hän lähti.. [relative]

Pour de nombreux francophones, cela pose un problème. Comme la cons­truc­tion c’est… qui introduit un sujet, il leur parait logique qu’un nom introduit par de soit repris par dont, ou qu’un nom introduit par à soit repris par , etc., pour l’explication du phénomène voir p. 616 §1. Exem­ples authentiques relevés sur divers types de sites Internet en français :

*C’est de ce journal dont toute la France parle. [forme correcte : C’est de ce journal que toute la France parle.] Siitä lehdestä koko Ranska kohisee.
*C’est ce jour-là nous avons pris nos vacances. [forme correcte : C’est ce jour-là que nous avons pris nos vacances] Sinä päivänä lähdimme lomalle.
*C’est de celles-là dont je te parle. [forme correcte : C’est de celles-là que je te parle.]
*C’est à lui à qui j’ai dit ça. [forme correcte : C’est à lui que j’ai dit ça]
Par comparaison, on peut mentionner que ce n’est que dans les derniers cours *où l’accent est mis sur la production orale. [forme correcte : ce n’est que dans les derniers cours que l’accent est mis... ]

2. Variantes erronées avec déplacement de la préposition

On trouve aussi des formes erronées dans lesquelles la pré­po­si­tion est déplacée de l’élément extrait vers le relatif retransformé en qui (exem­ples authentiques) :

C’est *moi à qui il a succédé. [forme correcte : C’est à moi qu’il a succédé.]
C’est *eux avec qui nous faisons principalement nos échanges. [forme correcte : C’est avec eux que nous faisons principalement nos échanges.]
C’est *lui sur qui j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui avant moi est advenu... [forme correcte : C’est de lui que j’ai dit...]

Le dernier exem­ple est tiré d’un forum de discussion de théologie. La phrase citée est extraite d’un passage retraduit de l’évangile de Jean, dont l’auteur tient à préciser à la fin : « (tra­duc­tion per­son­nel­le) ». La tra­duc­tion originale (traduction officielle de l’évangile) était, gram­ma­ti­ca­le­ment du moins, plus satisfaisante :

C’est celui dont j’ai dit : Après moi vient un homme qui m’a précédé.

Ces erreurs sont extrêmement fréquentes et elles témoignent des dif­fi­cul­tés que posent les relatives fran­çaises aux francophones sur un plan plus général (voir p. 243 et p. 614).