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638. Ordre des mots de l’interrogative in­di­recte dans la langue parlée

1. Déviation de la norme

L’interdiction d’uti­li­ser l’inversion ou est-ce que dans l’interrogation in­di­recte est la norme de la langue écrite et de la langue courante. À l’écrit, elle doit être strictement observée. Cependant, dans la langue parlée, il y a une tendance (déjà ancienne) à maintenir les mê­mes structures que dans l’interrogation di­rec­te. L’apprenant FLE ne doit pas s’étonner d’entendre fré­quem­ment des tournures qui enfreignent la rè­gle énoncée page précédente, ou d’en trouver dans des textes (les exem­ples suivants ont été relevés sur des sites Internet) :

Je sais pas où est-ce qu’il est.
Je me demande qui est-ce qui a téléphoné.
On ignorait qu’est-ce qui poussait les objets vers le sol auparavant.
Mais la réaction avait beau avoir été identifiée, on ignorait qu’est-ce qui la déclenchait.
Je ne sais plus où est-ce que je vais le trouver.
Même si on peut identifier les pilotes, on ne sait pas qu’est-ce qui est canadien et qu’est-ce qui n’est pas.
Ainsi, on se demande comment est-ce que cette problématique est abordée et vécue.
Le souci c’est que j’ai donné mon numéro de carte bancaire mais je ne sais pas combien est-ce que je serais débité lors de la préparation.
Je sais mê­me plus quand est-ce que j’ai bien pu faire ça.
Enfin, j’avais pas fini mais, comme je savais plus qu’est-ce qu’il y avait d’autre à souligner, j’ai fait comme si.
La question n’est pas combien est-ce que je dois donner mais bien plutôt que faire de ce qui nous reste ?

Le rétablissement de qu’est-ce que à la forme SVO donnerait la forme ce que c’est que, relativement lour­de, qui est donc peu employée. On en a cependant trouvé une occurrence écrite (sur un forum, or­tho­gra­phe originale inchangée), avec ajout d’un ce supplémentaire :

À la vue de la deuxième amende je lui demande ce que c’est ce que ça veux dire elle me réponds [sic] que je roulais trop vite.

On trouve éga­le­ment est-ce que rétabli à la forme SVO c’est que (p. 547), notamment dans le cas de qui, quand et  :

Je sais plus qui c’est qui a dit « pire que la censure, y a l’autocensure », mais c’est un peu ça.
Et moi, dans ma réponse à son dernier commentaire, comme un âne, qui lui demande quand c’est qu’il rouvre son restaurant.
Alors voilà je voudrais savoir où c’est que je pourrai m’entrainer ou alors si je pourrai faire partie d’un club en Valais ou ailleurs.

2. Recevabilité

Pour une grande partie des locuteurs, toutefois, l’emploi de cette inversion est ressentie comme fau­tive mê­me dans la langue courante. Dans certains cas, l’inversion peut être due à une rupture de cons­truc­tion : on commence la phrase comme une interrogative in­di­recte, puis, après une légère pause, on enchaine sur une interrogation directe. Ce procédé est d’ailleurs exploité couramment comme procédé de « subor­di­na­tion sans subordonnant » dans l’interrogation in­di­recte avec dis­lo­ca­tion : on trouve fréquemment des in­ter­rogatives in­di­rectes avec inversion sous forme d’interrogative directe qui ne dépendent pas formel­lement (à l’aide d’une conjonction) de la « principale », mais qui en complètent le sens de façon obli­ga­toi­re. La principale est ainsi en position détachée et on pour­rait parler ici d’interrogative in­di­recte clivée :

Je savais pas moi | qu’est-ce que je devais lui dire ?
Je sais pas vraiment | comment-est-ce que je dois lui annoncer ça ?

Il est possible que ce genre de procédé favorise aussi pour sa part l’uti­li­sation de l’inversion dans l’in­ter­rogative in­di­recte en général.

Important !

Bien que ces cas soient fréquents, l’uti­li­sation de l’inversion ou d’est-ce que dans l’interrogative in­di­recte est considérée comme nettement fautive à l’écrit et doit être totalement évitée dans l’ex­pression écrite soignée.