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640. Verbes pouvant se construire avec une interrogative in­di­recte

1. Généralités

En finnois, l’interrogative in­di­recte peut s’employer de façon très souple et dépendre (être le com­plément d’objet) de verbes transitifs (miettiä, onko...) ou de noms (ei ole aavistusta, onko..., kysymys, onko...), Par rap­port au finnois, il existe en français de nombreuses contraintes qui limitent l’emploi des interrogatives in­di­rectes.

2. Construction du verbe

En français, l’interrogative in­di­recte est une complétive en fonction d’objet direct du verbe. Elle ne peut donc être l’objet que de verbes transitifs directs : ne pas savoir, se demander, etc. On ne peut pas uti­li­ser une interro­ga­tive in­di­recte après un verbe transitif in­di­rect. Il faut donc faire attention aux verbes qui sont tran­sitifs directs en finnois (voir une liste de verbes à surveiller par­ti­cu­liè­re­ment p. 643), mais transitifs in­directs en français, dont celui qui occasionne le plus d’erreurs est miettiä jtak, en français réfléchir à qch (voir FAQ p. 645). Il est impossible de dire en français : *Nous réfléchirons si cette théorie est adaptée à notre analyse. Dans un tel cas, il y a deux so­lu­tions :

Nous nous demanderons si cette théorie est adaptée à notre analyse.

3. Type de verbe

Cependant, même quand le verbe français est un verbe transitif direct, il ne peut pas toujours être suivi d’une in­terrogative in­di­recte. Ainsi, on dit assez dif­fi­ci­le­ment nous examinerons si... (et ce bien qu’on puis­se dire examiner qch, avec COD nominal). L’usage est assez variable à ce sujet, mais on peut dire que du point de vue de l’apprenant FLE, surtout fin­no­pho­ne, la solution la moins risquée est d’uti­liser une interrogative in­di­recte uniquement comme com­plé­ment des verbes courants suivants :

ne pas savoir si (chercher à savoir si, vouloir savoir si, tenter de savoir si etc.)
se demander si, voir si, ignorer si, dire si

Exemples :

Il est difficile de dire si cette particularité est due au sens du verbe ou à l’usage.
On peut se demander à partir de quand le subordonnant a cessé d’être uti­li­sé devant certains verbes.
Nous verrons plus tard comment classer ces données.
On ignore pourquoi l’auteur a uti­li­sé cette formule.

Les autres verbes uti­li­sables (mais avec plus de prudence, certains étant uti­li­sés plutôt à la forme né­ga­ti­ve), sont indiquer, remarquer, établir, décider, se souvenir, oublier, confirmer, ex­pli­quer, prou­ver, ap­pren­dre :

Cette analyse nous indiquera si les mesures sont valides.
J’ai oublié si j’ai fermé à clé ou non.
L’étymologie peut nous apprendre pourquoi le sens de ce mot a évolué de façon dif­fé­ren­te en anglais et en français.
Sur la base des résultats de l’analyse de la productivité, nous tenterons d’établir si le secteur tertiaire peut être tenu pour responsable de la modération salariale observée plus haut.
Les autorités de Port Saguenay n’ont pas confirmé si un navire de la garde côtière canadienne était en direction du terminal de Grande-Anse pour observer les effets des rejets polluants.
Le représentant gouvernemental n’a pas indiqué si des changements ont eu lieu.

Dans les autres cas, on ne peut pas uti­li­ser de mot interrogatif, et il faut recourir à des supports com­me la manière dont (au lieu de comment), le moment où (au lieu de quand), la ques­tion de savoir si (au lieu de si) etc :

Nous aborderons cette problématique en examinant la manière dont le subjonctif français est traité dans les manuels finlandais [tutkia kuinka].
Il importe d’analyser avec précision la manière dont ces phrases sont construites [selvittää tarkasti kuinka].
Nous reviendrons plus tard sur la question de savoir ce que l’auteur entend par cette affirmation surprenante [palata siihen, mitä...].

4. Un problème peu connu

Certains linguistes ont identifié plus de 80 verbes pouvant se construire avec une interrogation in­di­recte. Dans la réalité, la liste semble bien plus réduite. Ainsi, cet exem­ple relevé dans une thèse fran­çaise semble à la limite de l’acceptable  :

Nous comptons poursuivre l’exploration des motifs voisins du 1,5-anhydro-hexitol, dans le but d’identifier lesquels pourraient être dérivés du métabolisme. [On attendrait plutôt : d’identifier ceux qui...]

Le problème, c’est que les grammaires généralistes ou FLE ne s’intéressent habituellement pas beau­coup à ce problème, qui est pourtant fondamental et source d’innombrables erreurs chez les apprenants FLE fin­no­pho­nes, et elles ne sont pas très disertes sur le type de verbes uti­li­sables, indiquant parfois mê­me des verbes qui ne le sont pas, par exem­ple interroger, ou s’informer[1], qui se construisent dif­fi­ci­le­ment avec si : ?je l’interroge s’il vient ou ?je m’informe s’il vient. En tout état de cause, quelle que soit l’étendue en français moderne des possibilités d’uti­li­sation des interrogatives in­di­rectes, du point de vue par­ti­cu­lier de l’apprenant fin­no­pho­ne il vaut mieux restreindre le nombre de verbes uti­li­sables, car les fin­no­phones ont une tendance inverse à ex­tra­po­ler l’emploi des interrogatives in­di­rectes à toute sorte de verbes qui ne peuvent en aucun cas en re­ce­voir une (*réfléchir si, *s’interroger si, *s’étonner si etc.).