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653. La complétive com­plé­ment d’objet au subjonctif

1. Complétive COD au subjonctif après verbes exprimant une volonté

Le subjonctif s’emploie en général dans des complétives COD de verbes exprimant une volonté, un effort, une interdic­tion (vo­lon­té « négative »), un conseil (volonté que qqn fasse qch), une crainte (volonté que qch ne se pro­dui­se pas) et avec quelques verbes de sens divers :

volonté : attendre edellyttää / odottaa, interdire, commander määrätä, défendre kieltää, demander, désirer, exiger, impliquer, imposer vaatia, nécessiter edellyttää, ordonner, réclamer perätä, refuser, requérir vaatia, supposer (anglicisme courant dans le sens de « impliquer, nécessiter »), souhaiter, vouloir, entendre edellyttää
effort : obtenir saada aikaan, éviter välttää, tâcher pyrkiä, veiller huolehtia, empêcher estää
acceptation : accepter, approuver, convenir myöntää, douterkyseenalaistaa, consentir, tolérer hyväksyä, supporter sietää ; aimer, détester, haïr, préférer
conseil : préconiser suositella, proposer, recommander
crainte : craindre, redouter, appréhender (tous les trois : pelätä)
autres : mériter, risquersaattaa joutua kokemaan, valoir olla arvoinen

Exem­ples :

Nous éviterons qu’il l’apprenne.
Je hais que l’on soit tatillon.
Tu mérites que je ne vienne pas à ta fête.
Il a refusé que ce soit signé avant demain. 
J’appréhendais que la vérité ne soit découverte.
Je n’ai pas pu supporter qu’il soit insulté en public.
Je craignais qu’il ne s’en mêlât.
Cela vaut qu’on y fasse un tour.
Je doute grandement que ce soit possible. (voir p. 654 §1 Rem.)
Elle a préféré que je ne lui dise pas la vérité.

2. Complétive au subjonctif après verbes exprimant un sentiment

On uti­li­se le subjonctif quand la complétive est complément d’objet (direct ou indirect) d’un verbe ex­pri­mant un sentiment, un état d’esprit :

déplorer valitella, s’enorgueillir ylpeillä, s’étonner, s’excuser, se féliciter iloita, se ficher vähät välittää, se foutre (fam. viis välittää), s’indigner olla tuohtunut, s’inquiéter, s’irriter närkästyä, se moquer vähät välittää, s’offusquer loukkaantua, regretter, se réjouir, n’en pas revenir olla ihmeissään, rougir [de ce] olla häpeissään, se scandaliser que

Exem­ples :

Les gens qui ont voté pour la gauche déplorent que celle-ci se soit empressée de réduire les allocations familiales.
Je n’en reviens pas qu’il ait réussi son bac. Olen ällikällä lyöty, että hän pääsi ylioppilaaksi. 
Elle s’inquiétait que son fils n’ait pas encore répondu.

Remarque : la majeure partie de ces verbes sont transitifs indirects et se construisent avec la pré­po­si­tion de. Ils admettent donc un complément d’objet indirect (COI). Malgré cela, dans la langue soutenue, on construit la complétive di­rec­te­ment (sans pré­po­si­tion), comme si c’était un COD. La préposition reste cependant « active » de façon latente, voir §3 ci-dessous. Comparer :

Nous nous réjouissons de sa venue.
Nous nous réjouissons qu’il vienne.
Elle s’est étonnée de ton refus.
Elle s’est étonnée que vous ayez refusé.
Il se moque des critiques.
Il se moque qu’on le critique. Hän ei välitä siitä, että häntä arvostellaan.

De même, la préposition à peut être sous-entendue :

C’est à vous de veiller que tout le monde soit à l’heure.
C’est à vous de veiller à ce que tout le monde soit à l’heure.

3. Rétablissement de la pré­po­si­tion

En français moderne (dans la langue courante), la tendance est à rétablir la pré­po­si­tion « man­quan­te » et le pronom qui la suit, en exprimant l'antécédent ce (comme en finnois par exem­ple siitä, että). Les deux formes sont cependant possibles, la dif­fé­rence est dans le niveau de langue, on supprime plus vo­lon­tiers l’antécédent ce dans la langue soutenue :

Nous nous réjouissons de ce qu’il vienne.
Elle s’est étonnée de ce que vous ayez refusé.
Il se moque de ce qu’on le critique. Il faut faire attention que tous les réglages soient faient avec une extrême précision

Quand la pré­po­si­tion n’est pas exprimée, il est important de savoir la rétablir, autrement dit d’iden­ti­fier la cons­truc­tion du verbe, car de cette pré­po­si­tion dépend la forme du pronom qui reprend la complétive, par exem­ple devant le verbe ou dans les phrases pseudo-clivées (p. 622) :

Elle se réjouissait qu’on lui ait proposé de partir un an à Tokyo.
Elle s’en réjouissait. [se réjouir de → pronom en]
Ce dont elle se réjouissait, c’est qu’on lui ait proposé de partir un an à Tokyo.
Je rougis que vous ayez pu me croire capable d’une telle chose.
J’en rougis.
Ce dont je rougis, c’est que vous ayez pu me croire capable d’une telle chose.

4. Maintien de la pré­po­si­tion à

Après les verbes suivants construits avec la pré­po­si­tion à, le pronom ce doit obligatoi­rement être exprimé devant que :

consentir à ce que suostua siihen, että, s’attendre à ce que varautua siihen, että, s’habituer à ce que tottua siihen, että, s’engager à ce que lupautua siihen, että, s’opposer à ce que vastustaa sitä, että, tenir à ce que pitää kiinni siitä, että, veiller à ce que [dans le style soutenu ou littéraire, on peut cependant dire veiller que]

Exem­ples :

Le jury a consenti à ce que le concours soit reporté.
Le Service des monuments historiques s’est opposé à ce que le manoir soit transformé en restaurant.