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657. La complétive sujet antéposée au verbe

1. Complétive sujet devant le verbe

La manière la plus simple d’employer une proposition complétive en fonction de sujet est de lui faire oc­cu­per la place normale du sujet, devant le verbe :

Qu’elle ait peur ne m’étonne pas.
Qu’il soit si fatigué me parait bizarre.
Que tout fût réglé d’avance ne plaisait pas à cette nature de combattant. Se, että kaikki oli ennalta sovittu, ei miellyttänyt tätä taistelijatyyppiä.
Qu’il ait laissé passer une faute pareille est étrange.
Qu’un poète soit aussi chef d’entreprise n’est pas très habituel.
Que vos étudiants ne sachent pas cela est proprement scandaleux.

Dans toutes ces phrases, la proposition complétive occupe la place qu’occuperait un GN sujet :

qu’elle soit inquiète ne m’étonne pas = ses inquiétudes ne m’étonnent pas
qu’il ait laissé passer une telle faute est étrange = [par exem­ple] sa négligence est étrange, etc.

Malgré sa simplicité, la proposition complétive su­jet est uti­li­sée de préférence dans la langue écrite. La langue courante et la langue orale préfèrent soit l’uti­li­sation de la locution conjonctionnelle le fait que (cf. ci-dessous §2), soit les cons­truc­tions avec inversion du sujet (la complétive est placée après le verbe) et uti­li­sation d’un pronom sujet ap­parent (résumé p. 656 §2b).

2. La complétive sujet introduite par le fait que

Dans la langue courante, la complétive sujet est le plus souvent introduite par le fait que…. Comparer :

Qu’un poète soit aussi chef d’entreprise n’est pas très habituel. →
Le fait qu’un poète soit aussi chef d’entreprise n’est pas très habituel.
Qu’il ait laissé passer cette erreur est étrange. →
Le fait qu’il ait laissé passer cette erreur est étrange.

Le fait que les droits de l’homme se soient vu accorder une place centrale dans le rapport est, à notre avis, une bonne chose.
Pour les industries du nord du golfe de Botnie, le fait que la mer soit navigable toute l’année, mê­me durant l’hiver rigoureux, est une condition vitale.

3. Mode du verbe de la complétive

Quand la complétive est introduite par le fait que, on met le verbe assez fréquemment à l’in­di­ca­tif, no­tam­ment quand on veut insister sur la valeur temporelle ou sur la réalité du fait (le fait que signifie au départ « se tosiasia että ») :

Le fait que la consommation a bel et bien repris ne permet pas encore d’être trop optimiste.
Le fait que tu as été malade ne te donne pas d’excuse.

La cons­truc­tion avec le fait que est obligatoire dans les cons­truc­tions comparatives, pour éviter la ren­con­tre de deux que (p. 188 §6) :

Que tu le félicites avec du retard vaut toujours mieux que le fait que tu ne lui écrives pas du tout.
Que vous connaissiez bien le vocabulaire est au moins aussi important que le fait que vous maitrisiez bien la grammaire.

Au total, on peut dire que le choix du mode subjonctif/in­di­ca­tif dépend de l’appréciation du locuteur et elle est fréquemment l’objet d’une pomme de discorde entre les usagers, comme on peut le constater par exem­ple sur des forums Internet. La réalité est que l’usage est flottant, ou plutôt il est libre : le choix du mode dé­pend du contexte.