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658. La complétive sujet : inversion simple

On peut aussi uti­li­ser une complétive sujet avec inversion simple, autrement dit on déplace simplement la complétive derrière le verbe de la principale, sans ajouter de sujet apparent. Il s’agit donc de la mê­me struc­ture que celle avec sujet antéposé examinée à la page précédente (p. 657), dans laquelle on a seu­le­ment dé­pla­cé la complétive derrière le verbe, sans aucune autre modification. Ces cons­truc­tions s’uti­li­sent, là aussi, plu­tôt dans la langue écri­te.

1. Inversion simple dans l’exclamation ou l’interrogation

Dans l’interrogation ou l’exclamation, la complétive se trouve placée après la principale, mais elle est bien le sujet de celle-ci. Cet usage est réservé à la langue écrite :

Et que me fait que vous échouiez ? Ja miten se minua liikuttaa, että epäonnistutte?
D’où vient que personne ne m’en ait parlé ? Mistä johtuu, että kukaan ei ole siitä kertonut minulle?
Qu’importe qu’il ne soit pas d’accord, nous le ferons sans lui ! Sillä ei ole väliä, että hän ei ole samaa mieltä, teemme sen ilman häntä.
Comment s’explique qu’il n’ait pas écrit de romans depuis dix ans ? Miten selittyy, että hän ei ole kirjoittanut romaania kymmeneen vuoteen?
Passe encore que son pays lui fasse de grandioses funérailles nationales, mais notre grande presse était-elle tenue de lui emboiter le pas ?
Peu s’en fallut que la Chambre des séances ne devînt le théâtre d’une affreuse mêlée.

Remarque : dans les cons­truc­tions exclamatives, malgré les apparences, la proposition complétive n’est pas le com­plé­ment de l’adjectif, mais le sujet du verbe être sous-entendu :

Quelle chance que nous nous soyons rencontrés !
[= Que nous nous soyons rencontrés est vraiment une chance].
Quel dommage que tu ne puisses rester !
[= Que tu ne puisses rester est vraiment dommage », se dirait plutôt le fait que tu ne …, ou bien c’est vraiment dommage que tu ne…].

2. Expressions figées

L’inversion simple se fait éga­le­ment dans certaines expressions figées :

Peu importe qu’il ne vienne pas. Ei ole väliä vaikka hän ei tule.
Peu me chaut que cela soit cruel pour lui. Vähät välitän siitä, että se on hänelle julmaa.

La forme chaut est le présent du verbe défectif chaloir « importer » (qu’on retrouve dans l’adjectif non­cha­lant välinpitämätön), qui n’existe que dans cette expression. C’est une expression littéraire et ar­chaï­san­te.

Dans certains cas, la tournure avec inversion peut être sentie comme un groupe lexicalisé (similaire à une locution adverbiale). Dans ce cas, on peut trouver aussi l’in­di­ca­tif dans la sub­or­don­née. L’exem­ple (a) ci-dessous présente le cas normal avec subjonctif, dans l’exem­ple (b), on trouve les deux modes :

(a) C’est bientôt les vacances. De là vient qu’il y ait si peu de monde au cours. [= cas normal]
(b) De là vient que cet auteur n’a pas fait école ; de là vient aussi qu’il plaise à tant de lecteurs différents. Siitä johtuu, että sillä kirjailijalla ei ollut seuraajia; siitä johtuu myös, että hänestä pitävät niin erilaiset lukijat.

Dans la première proposition de l’exem­ple (b), De là vient que est senti comme un locution adverbiale ex­pli­ca­tive (sen takia) suivie de l’in­di­ca­tif, et non pas comme une cons­truc­tion avec complétive inversée.

3. Verbes impersonnels ou au passif

L’inversion est éga­le­ment possible avec les verbes pronominaux et les verbes passifs à sens impersonnel qui équi­va­lent à un verbe actif avec sujet on, avec lesquels l’uti­li­sation d’un pronom apparent il devant le verbe est facultative. Cet emploi est possible à condition que le verbe ne se trouve pas seul en début de phrase, c’est-à-dire à condition que la phrase com­mence par un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel ou un ad­ver­be :

Nulle part (il) n’est dit dans le texte que le personnage soit un homme.
Ainsi se justifie que les films soient doublés.

Ces deux phrases correspondraient aux cons­truc­tions actives suivantes, dans lesquelles la complétive est en fonction de COD et, donc, à l’in­di­ca­tif (p. 652) :

On ne dit nulle part dans le texte que le personnage est un homme.
On peut justifier ainsi que les films sont doublés.