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660. Inversion avec sujet apparent : Il est adjectif/adverbe que

1. Identification de la cons­truc­tion

L’une des cons­truc­tions les plus courantes où la proposition complétive sujet a pour attribut un adjectif est celle où la complétive se trouve rejetée après le verbe, sur le modèle il est normal que. Les usagers de la langue et les apprenants FLE interprètent souvent la complétive comme un « com­plé­ment » de l’adjectif (*nor­mal que, *bizarre que etc., voir p. 347). Il n’en est rien : ici encore, la complétive est le vrai sujet du verbe être et le pronom il (sujet apparent) ne sert qu’à marquer la 3e personne du verbe. Les adjectifs qui peu­vent être attributs de la complétive sont des adjectifs qui se ne se rapportent pas à des animés : in­dis­pen­sable, souhaitable, essentiel, obligatoire, facile, etc. (voir autres exem­ples p. 347). Le subjonctif n’est pas dû au sens de l’ad­jec­tif, mais à la cons­truc­tion de la phrase, où la complétive est sujet réel du verbe de la prin­ci­pale (voir aussi p. 342). Exem­ples :

Il est symptomatique que les taux d’escompte aient monté.
Il est difficile à admettre que ce soit lui le coupable.
Il est essentiel que tous les réglages soient faits avec minutie.
Il n’est pas rare que des Finlandais achètent des propriétés en France.
Il est normal que tu sois dérouté.
Il est possible que je parte dès demain.

Ces cons­truc­tions ne doivent pas être confondues avec celles où le pronom il est un véritable pronom de 3e personne à référent GN et la complétive est le com­plé­ment de l’adjectif (p. 655). Comparer :

sujet être adjectif + com­plé­ment complétive sujet apparent être adjectif + complétive sujet réel
Il est enchanté que vous veniez. Il est essentiel que vous veniez.
Je suis enchanté que vous veniez. **Je suis essentiel que vous veniez.
Nous sommes enchantées que vous veniez. **Nous sommes essentiels que vous veniez.

2. Forme du pronom sujet apparent

Dans la langue écrite, le pronom sujet apparent est il. Dans la langue parlée, on préfère uti­li­ser comme sujet apparent le pronom ce, ou éventuellement, devant certaines formes du verbe être, la forme ça, dont il est l’allomorphe (tableau p. 294) :

C’est bon que tu sois là.
C’est difficile à admettre que ce soit lui le coupable.
C’est essentiel que tous les réglages soient faits avec minutie.
C’est pas rare que des Finlandais achètent des propriétés en France.
C’est normal que tu sois dérouté.
C’est pas impossible que je parte dès demain.
Ça serait sympa que vous veniez avec nous pour notre excursion dans les Vosges.
Ça doit être assez cool qu’on te dise que t’as gagné un voyage de 10 000 euros.
Je joins seulement pour dire que c’est fun que tu te plaignes de l’orthographe de Julian quand on voit comme tu massacres le français dans la description.

La seule dif­fé­ren­ce entre c’est et il est est une dif­fé­ren­ce de niveau de langue. Il y a cependant des cas où la dif­fé­ren­ce entre il et ce correspond à une dif­fé­ren­ce de sens, autrement dit chacune des cons­truc­tions s’est spécialisée dans un sens particulier : dans il est bon que, le mot bon signifie « utile, opportun », tandis que dans c’est bon que, l’adjectif signifie « agréable, plaisant ». C’est pourquoi la cons­truc­tion il est bon que/il serait bon que s’emploie aussi fré­quem­ment dans la langue parlée :

Il serait bon que tu sois là quand on commencera les travaux.
Olisi suotavaa, jos olisit täällä, kun työt alkavat.
C’est bon que tu sois là pour m’aider avec tous ces travaux.
On mukavaa, kun olet täällä auttamassa näiden töiden kanssa.

3. Attribut adverbe

L’attribut de la complétive peut être un adverbe, qui, surtout dans la langue parlée, peut avoir la fonc­tion d’adjectif. Dans cette cons­truc­tion, le sujet apparent est ce/ça :

C’est bien que tu ne sois pas venu, le concert a été annulé.
C’est déjà beaucoup qu’on nous ait laissé entrer. Sekin on jo paljon, että meidät päästettiin sisään.
C’est trop qu’on doive rester si longtemps debout. On rasittavaa, että täytyy seisoa niin pitkään.
Comme si c’était déjà pas assez qu’on doive le promener en voiture à tout bout de champ ! Ikään kuin ei riittäisi, että häntä täytyy kuljettaa koko ajan autolla.
C’est déjà pas mal qu’on se soit pas fait trop mouiller. On sekin jotain, että ei kastuttu.
Ça serait bien que tu me donnes enfin l’adresse de ta copine.

4. Adjectif attribut de l’objet

La complétive peut éga­le­ment être l’objet du verbe, mais en mê­me temps le sujet auquel se rapporte un adjectif, qui est alors attribut de l’objet (objektipredikatiivi). Il s’agit d’une variante des cas ci-dessus, et le mo­de de la complétive est le subjonctif, puisque la complétive est en fonction de sujet par rapport à l’ad­jec­tif :

Je crois d’ailleurs probable qu’une réaction se produise.
=Je crois qu’il est probable qu’une réaction se produise.
Pidän kuitenkin todennäköisenä (= luulen, että on todennäköistä), että tähän asiaan reagoidaan.

Autres exem­ples :

On jugeait indispensable que les associations fussent représentées au conseil d’administration. [= on jugeait qu’il était indispensable que les associations fussent représentées au conseil d’administration]
Elle trouvait comique qu’on pût l’estimer brave. [= elle trouvait qu’il était comique qu’on pût l’estimer brave] Hänestä oli huvittavaa, että sitä miestä voitiin pitää rohkeana.
J’estime regrettable qu’on en soit arrivé là. [= j’estime qu’il est regrettable qu’on en soit arrivé là] Pidän valitettavana, että on tultu tähän.

5. Mode variable

Quand l’adjectif attribut marque une certitude ou une probabilité, on met le verbe de la complétive à l’in­di­ca­tif (par attraction du sens : on veut insister sur la réalité du fait). Ces adjectifs sont notamment : cer­tain, clair, indéniable, indubitable, évident, flagrant, patent, exact, incontestable, prévisible, probable, sûr, visible, vrai, vraisemblable :

Il est vrai que nous avons encore le temps pour cela.
Il est certain qu’il a raison/qu’il réussira/que c’était faux.
Il est indéniable que c’est sa plus belle œuvre.

Dans la langue écrite surtout, la variation de mode dans le cas de quelques adjectifs donne un sens dif­fé­rent à l’adjectif, comme par exem­ple :

subjonctif in­di­ca­tif
il est frappant que on hämmästyttävää että on ilmeistä että
il est remarquable que on mielenkiintoista että on pantava merkille että

Comme toujours quand il s’agit de l’emploi du subjonctif, il règne parfois un certain flottement dans ce domaine (les débats et les interrogations sont nombreux sur les divers forums sur internet). L’adjectif probable, par exemple, a perdu son sens originel de « prouvable que » et est de plus en plus assimilé à « possible ». On rencontre ainsi fréquemment le subjonctif dans une complétive sujet réel de il est probable (cf. aussi exemple ci-dessus §4) :

(1) Il est probable que vous n’ayez qu’une seule de ces options de paramètres.
(2) Il est probable qu’il se soit perdu.
(3) Il est probable que l’action soit différente suivant que l’administration du produit est faite avant ou après le pic.

Dans certains cas, probable pourrait parfaitement être remplacé par possible (par exemple dans l’exemple 3, qui évoque clairement deux options possibles), sans que ces deux mots soient toutefois toujours parfaitement interchangeables dans cet emploi. Probable apporte une nuance sup­plé­men­taire et exprime une quasi certitude relative (fondée sur l’expérience, exemple 1), qui est plus qu’une possibilité (exemple 2), tout en n’étant pas une certitude totale. L’appréciation de ces nuances par les francophones (et à plus forte raison par des apprenants FLE) est souvent illogique ou contra­dic­toire. Ce qui est certain est qu’il quasiment impossible de donner des règles absolues ou définitives quant à l’emploi du subjonctif dans ces cas.