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665. La complétive détachée

1. Structure

Il est très fréquent que la complétive COD, sujet ou attribut soit détachée en prolepse (p. 513) avant la prin­ci­pale. Quand il y a dislocation, le verbe de la complétive se met en principe au mode qu’il aurait dans une cons­truc­tion non disloquée, mais comme la complétive est détachée et donc en relation synta­xi­que moins étroite avec la principale, le mode peut varier, selon que la complétive est sentie ou non comme le sujet ou l’objet véritable de la principale (comparer avec les exem­ples p. 657 §1 ; voir exem­ples avec com­plé­tive attribut détachée p. 662 §1) :

Qu’elle ait peur, cela ne m’étonne pas.
Qu’il soit si fatigué, ça me parait bizarre.
Que tout fût réglé d’avance, cela ne plaisait pas à cette nature de combattant.
Qu’il ait laissé passer une faute pareille, c’est étrange.
Qu’un poète soit aussi chef d’entreprise, ce n’est pas très habituel.
Que vos étudiants ne sachent pas cela, c’est proprement scandaleux.

2. Mode

Dans la complétive détachée en prolepse renvoyant au sujet de la principale, on trouve assez facilement l’in­di­ca­tif, par exem­ple pour souligner la valeur temporelle du verbe :

Que la guerre sera de courte durée, c’est plus ou moins prévisible.
Qu’il demanderait toute sorte de privilèges dus à son rang, c’était un peu difficile à accepter pour ces gens qui mettaient leur humble vie en péril tous les jours. [conditionnel = futur, concordance des temps]

Dans les exem­ples suivants, les propositions complétives placées en prolepse constituent l’objet logique du verbe de la principale (l’objet formel étant le pronom de rappel à antécédent non GN le).On uti­li­se donc normalement l’in­di­ca­tif :

Que cet auteur n’a pas eu d’influence sur lui, il est inutile de le démontrer.
Que vous avez toujours été opposé à ce projet, nous le savons.

Mais le subjonctif se rencontre éga­le­ment, notamment sous l’influence de l’analogie avec les cons­truc­tions qu’il soit fatigué, cela ne m’étonne pas :

Et que ce pays honnête m’ennuyât, c’est ce que je savais d’avance. Ja sen, että tämä mukava maa ikävystyttäisi minua, tiesin etukäteen.
Qu’il n’ait pas dit oui aussitôt, c’était à prévoir.
Que vous ayez toujours été opposé à ce projet, je ne le comprends pas. [ici le subjonctif est aussi amené par le sens de je ne comprends pas que, qui demande le subjonctif, voir p. 683]

Comparer ces exem­ples aux mê­mes phrases construites avec la complétive COD à sa place normale (après le verbe), et dans lesquelles l’emploi du subjonctif est impossible :

Je savais d’avance que ce pays honnête m’ennuierait.
Cet autre exem­ple montre que l’in­fi­ni­tif, ici, fait fonction de sujet.
J’essaye de vous montrer qu’un exem­ple de ce genre peut avoir deux explications.
C’était à prévoir qu’il ne dirait pas oui aussitôt.

3. Construction pseudo-clivée

La complétive peut éga­le­ment être placée en tête de phrase dans une cons­truc­tion pseudo-clivée (p. 622). Dans ce cas-là, le subjonctif est nettement moins fréquent, mais il reste possible par attraction (et par analogie), en fonction du sens du verbe :

Que l’in­fi­ni­tif, ici, fait fonction de sujet, c’est ce que montre cet autre exem­ple.
Qu’un exem­ple de ce genre peut avoir deux explications, c’est ce que j’essaye de vous montrer.
Que ces affirmations puissent paraitre choquantes pour les électeurs, c’est ce que toute personne sensée peut comprendre.