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666. Mode variable dans la complétive : influence de la négation

Dans certains cas (en nombre relativement limité), le mode attendu normalement dans la complétive peut varier, soit en fonction du sens du verbe de la principale dont la complétive est l’objet (p. 654), soit parce que la phrase principale est à la forme négative (ci-dessous) ou interrogative (p. 667).

1. Complétive COD

Quand le verbe de la principale est à la forme négative, on uti­li­se parfois dans la complétive le mode « in­verse » de la normale. C’est le cas de certains verbes demandant l’in­di­ca­tif, qui, à la forme né­ga­tive, amè­nent le subjonctif dans la complétive. Les plus fréquents sont les suivants :

croire, penser, trouver, juger, pro­met­tre, se rappeler, se souvenir
affirmer, prouver, voir, dire, garantir, imaginer, signifier

Exemples :

Je crois qu’il ne va pas souvent voir ses parents.
Je ne crois pas qu’il aille souvent voir ses parents.
Il prétend que c’est la meilleure solution possible. Hän väittää sen olevan paras mahdollinen ratkaisu.
Je ne prétends pas que ce soit la meilleure solution possible, mais tu devrais essayer. En väitäkään, että se on paras mahdollinen ratkaisu, mutta sinun pitäisi silti yrittää.
On m’a garanti que c’était un tableau authentique.
Nous ne garantissons pas que vous trouviez un acheteur.

Mais cela ne concerne par exem­ple pas le verbe savoir :

Je ne savais pas qu’ils allaient déménager bientôt.
Ils ne savent pas encore que leur terrain est en zone inondable.

Le verbe de la complétive se met au subjonctif surtout si le verbe exprime une opinion subjective. S’il s’agit d’une simple constatation, d’une idée, on met l’in­di­ca­tif :

Je ne pense pas que ce soit une bonne solution.
Je ne pensais pas qu’il était aussi malade. [penser = savoir].
On ne m’a pas garanti que c’était un tableau authentique. [= on ne m’a pas dit/déclaré/affirmé que c’était un tableau authentique]

Le verbe douter que demande le subjonctif, puisqu’il signifie « ne pas être sûr que ». S’il est à la forme né­ga­ti­ve, il demande l’in­di­ca­tif :

Le juge a indiqué qu’il doutait que la Cour suprême se saisisse de l’affaire. Tuomarin mukaan oli epätodennäköistä, että korkein oikeus ottaa asian ratkaistavakseen.
Il doutait que les lois fussent toujours appliquées à la lettre. Hän ei ollut varma siitä, noudatetaanko aina lain kirjainta.
Je ne doute pas que le Sénat, dans sa grande sagesse, votera comme il l’a fait précédemment.

Remarque :  l’emploi du subjonctif après les verbes mentionnés ci-dessus à la forme négative est typique de la langue écrite. Dans la langue courante (et, à plus forte raison, parlée), on entend le plus fréquemment uti­li­ser l’in­di­ca­tif :

Nous ne garantissons pas que la description des produits ou tout autre contenu du site web sont exacts, complets, fiables, à jour ou exempts d'erreur.
Nous ne garantissons pas que vous trouverez un acheteur.

Dans le doute, on peut mettre l’in­di­ca­tif.

2. Complétive com­plé­ment d’adjectif et de nom

Les cons­truc­tions demandant exceptionnellement l’in­di­ca­tif (p. 660 §5 et p. 664 §1) se mettent au sub­jonc­tif :

Nous ne sommes mê­me plus très sûrs qu’ils puissent venir. (voir aussi faq p. 644)
Je ne suis pas convaincue que ce soit une bonne idée.
Je n’ai pas l’impression que le film t’ait plu.
Nous n’avons pas la preuve que ce soit lui le coupable.

Remarquer le mode dans la phrase suivante ; croire dépend d’un verbe négatif, mais est lui-mê­me à la for­me affirmative, donc on utilise l’in­di­ca­tif (mode normal) :

Nous ne sommes pas loin de croire que c’est lui qui a raison.

Même quand la négation pourrait entrainer un subjonctif, on peut parfois uti­li­ser un in­di­ca­tif pour in­sis­ter sur l’aspect temporel :

Des chasse-neige, ça coute cher, et on n’est jamais sûr que ça servira. Lumiaurat ovat kalliita eikä voi koskaan olla varma, että niillä on käyttöä. [en France]

Dans ce cas, le locuteur insiste sur l'idée de futur et recourt à la forme du futur simple, ce qui est dû en partie au fait que le subjonctif n’a pas de temps futur. Dans la langue parlée, cette uti­li­sation du futur est sans doute assez fréquente ; mais le temps qu’on uti­li­se dans la langue écrite est le subjonctif présent. Le présent exprime en effet aussi le futur, comme c’est le cas pour l’in­di­ca­tif présent, en finnois comme en français (p. 422 et p. 629) :

Des chasse-neige, ça coute cher, et on n’est jamais sûr que ça serve.

3. Complétive sujet réel

La négation « inverse » les règles normales. Un adjectif exprimant le doute devient à la forme négative un ad­jectif exprimant une cer­ti­tu­de, et inversement, un adjectif exprimant une certitude perd cette valeur à la forme négative et on retrouve la règle normale (la complétive sujet réel du verbe se met au subjonctif) :

il est faux que + subjonctif → il n’est pas faux que + in­di­ca­tif
il est douteux que + subjonctif → il n’est pas douteux que + in­di­ca­tif
il est certain que + in­di­ca­tif → il n’est pas certain que + subjonctif
il n’est pas niable que + in­di­ca­tif [niable a un sens négatif]

Exem­ples :

Il est douteux qu’on puisse [subjonctif] jamais trouver les causes de l’accident.
Il n’est pas douteux qu’un grand progrès s’est fait [in­di­ca­tif] en quelques années.
Il n’est pas certain qu’il ait raison / qu’il réussisse / que ce soit faux.
Il n’est pas vrai que le finnois soit plus difficile que le français.

4. Un emploi hésitant

Toutefois, comme dans le cas d’autres constructions entrainant normalement un indicatif mais utilisées avec un subjonctif (voir le cas de probable p. 660 §5), il règne un certain flottement en ce qui concerne l’influence de la négation. Les emplois n’obéissant pas à la « règle » mécanique figurant dans les grammaires s’expliquent souvent par la forte ressemblance (phénomène d’analogie) avec des constructions bien implantées. Ainsi la structure je ne dis pas que est fréquemment employée (suivie du subjonctif, comme on s’y attend d’après la règle énoncée au §1 ci-dessus) même dans la langue courante pour exprimer une concession :

Je dis pas que ça soit une bonne chose, mais c’est humain.
Ah, mais je dis pas que ça soit faux, je dis juste qu’il manquerait une référence et qu’il faudrait clarifier tout ça.

Il n’est donc pas étonnant de trouver je ne nie pas que suivi du subjonctif, d’autant que la forte ressemblance phonétique renforce l’analogie :

Ecoutez, sérieusement, je ne nie pas que ça soit une discussion intéressante, mais je trouve qu’on ne s’en sort pas.
Cela dit, je ne nie pas que ça soit un problème.

Souvent la construction il est + adjectif que est sentie comme une sorte de déclencheur de subjonctif. Sur le modèle de il n’est pas impossible que, on alignera par exemple il n’est pas douteux que (dont le sens n’est d’ailleurs peut-être pas immédiatement clair pour l’usager non averti) :

Il n’est pas douteux que cela puisse réussir. [dans un texte de Pierre de Coubertin]
Il n’est pas douteux que dans le nord de la France, au Moyen Age, l’usage de la bière ait été répandu.

Il en va de même pour il n’est pas vrai que, qui, inversement, peut entrainer un indicatif au lieu d’un subjonctif, surtout lorsque, par analogie avec ce n’est pas vrai que (qui est souvent suivi d’un indicatif), on veut insister sur la (non)-réalité du fait :

Mais je vais malgré tout tordre le cou au cliché : il n’est pas vrai qu’ils ont tous ça dans le sang.
Tout d’abord il n’est pas vrai que c’est moi qui ai tout inventé.

Souvent, ces analogies sont aussi renforcées par le fait que de nombreuses formes verbales sont identiques au subjonctif et à l’indicatif. Au total, l’usage est assez souvent hésitant et difficile à « régimenter » de façon définitive. Le Bon usage en fournit des preuves innombrables (voir §1160 et suivants). Les francophones seraient souvent bien en peine de justifier l’utilisation de tel ou tel mode dans ces cas, et l’apprenant (ou l’enseignant) de FLE ne peut malheureusement que prendre acte de cet état de fait.