Vous êtes ici » Les propositions subordonnées » Propositions complétives » Complétives conjonctives
667. Mode variable dans la complétive : influence de l’interrogation

1. Influence de l’interrogation

Quand la principale est une phrase interrogative où la question est posée par le procédé de l’inversion (p. 533 et suivante), le verbe de la complétive objet direct d’un verbe d’opinion ou de sentiment se met au subjonctif. Cela con­cer­ne essentiellement des verbes demandant nor­ma­le­ment l’in­di­ca­tif comme croire, penser, estimer, juger. De mê­me, le verbe des complétives com­plé­ments d’adjectifs exprimant la cer­ti­tu­de comme sûr, certain, convaincu, etc. et qui de­man­dent normalement l’in­di­ca­tif, se mettent au sub­jonc­tif :

Croyez-vous que le projet ait des chances d’aboutir ?
Êtes-vous convaincus que ce soit une bonne solution ?
Pensez-vous que cela soit faisable ?
Sommes-nous vraiment certains que cela puisse augmenter nos ventes ?

Cependant, on maintient généralement l’indicatif dans les complétives sujet réel d’un verbe dont l’attribut exprime une certitude :

Est-il vrai que la commune a obtenu une subvention extraordinaire du conseil général en 2014 ?
Est-il certain qu’un nouveau directoire sera élu ?
Est-il vrai que vous vous êtes opposé à cette décision ?

De même à la forme interro-négative (voir ci-dessous).

Remarque

Il règne dans ce domaine un certain flottement et une tendance à l’hypercorrectisme. Dans un style très soutenu, on peut trouver le subjonctif dans une phrase introduite par est-il vrai que (par exemple Est-il vrai que vous ayez toujours de l’amitié pour moi, Voltaire, Lettres, en concurrence avec l’indicatif ailleurs chez ce même auteur). Mais dans la langue moderne, est-il vrai que est en voie de figement et commande pratiquement toujours l’indicatif.

Important !

Cette règle ne concerne que les cas où, dans la principale, la question est posée par le procédé de l’in­version du sujet. Si la question est posée avec est-ce que ou par l’intonation, le verbe de la complétive reste à l’in­di­ca­tif :

Crois-tu que ce soit raisonnable ? vs
Est-ce que tu crois que c’est raisonnable ? / Tu crois que c’est raisonnable ?
Est-ce que tu es convaincu que c’est une bonne solution ?
Vous pensez vraiment qu’il peut y avoir des cas de ce genre ? etc.

L’uti­li­sation du subjonctif dans une complétive dépendant d’une principale interrogative avec est-ce que est en principe interdite ! Plusieurs manuels finlandais de français oublient de mentionner cette limitation essentielle et un manuel présente mê­me un exem­ple qui contrevient de façon flagrante à la règle : *Est-ce que tu crois que nous gravions des CD pirates ? (la forme gravions est ici un subjonctif et non un im­par­fait, ainsi que le précise Voilà! 5, Guide du professeur, Helsinki, Éd. Otava, p. 153). Le subjonctif se rencontre cependant parfois mê­me chez les francophones (subjonctif par attraction, p. 437), notamment quand est-ce que est plus éloigné de la complétive. On pourrait ainsi admettre Est-ce que tu es vraiment convaincu que ce soit une bonne solution ? Comme toujours dans le cas du subjonctif par attraction, l’usage est flottant à ce sujet. Mais après une interrogation simple comme Est-ce que vous croyez que..., le subjonctif est impossible et des phrases comme *Est-ce que tu crois qu’il vienne ? ou *Est-ce que tu crois que nous gravions des CD pirates ? sont perçues comme nettement agrammaticales.

Remarque générale sur l’usage : étant donné que la question avec inversion est essentiellement uti­li­sée dans la langue écrite, l’emploi du sub­jonc­tif dans une complétive après verbe interrogatif d’opi­nion relève essentiellement de la langue écri­te. Dans la langue courante et notamment à l’oral, il est (très) fréquent qu’on utilise l’indicatif.

2. Forme interro-négative

Après une principale à la forme interro-négative, le mode de la complétive ne change pas (en quel­que sorte la négation annule les effets de l’interrogation), quelle que soit la forme de l’in­ter­ro­ga­tion (in­ver­sion, est-ce que ou intonation) :

Ne croyez-vous / Est-ce que vous ne croyez pas que le projet a des chances d’aboutir ?
Ne trouves-tu pas / Est-ce que tu ne trouves pas / Tu ne trouves pas qu’il a changé ?
N’êtes-vous pas / Est-ce que vous n’êtes pas convaincu que c’est une bonne solution ?
N’as-tu pas l’impression / Est-ce que tu n’as pas l’impression que ce voyage t’a fait du bien ?
N’est-il pas vrai que vous retiré tout votre argent de votre compte ce jour-là ?

Dans ce cas aussi, les hypercorrectismes ou les phénomènes d’analogie peuvent amener certains usa­gers de la langue à utiliser un subjonctif par attraction (ne croyez-vous pas étant une variante de la question pensez-vous, qui entraine fréquemment le subjonctif) :

Ne croyez-vous pas que cela puisse un jour être le cas dans le monde réel ?
Ma connection WIFI s’est connectée. Elle s’est recoupée au bout de 3 à 4 minutes. Ne croyez vous pas que cela vienne de ma carte ? [emploi nettement non conforme, car il ne s’agit pas une opinion subjective]

Sur les hésitations des francophones en matière d’emploi du subjonctif dans les complétives, voir également p. 660 §5 (il est probable que) et p. 666 §4 (influence de la négation).