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672. Infinitives com­plé­ments de verbes de perception

1. Structure

Les verbes de perception peuvent recevoir comme objet une proposition in­fi­ni­tive. L’in­fi­ni­tif a un sujet, qui, pour beaucoup d’usagers, est perçu comme l’objet direct du verbe principal (impression renforcée par le procédé de pronominalisation, voir p. 673), mais l’objet direct est en réalité toute la phrase in­fi­ni­ti­ve :

Les parents entendaient [les enfants rire aux éclats].

Aux verbes de perception qui peuvent recevoir comme objet une proposition in­fi­ni­tive, voir, regarder, ima­gi­ner, entendre, écouter, sentir, on peut ajouter faire et laisser, qui ne sont pas des verbes de per­cep­tion, mais peuvent induire des proposi­tions in­fi­ni­tives ayant extérieurement la mê­me struc­ture :

On sentait l’hiver venir.
J’entends quelqu’un rire.
Il n’imaginait pas son grand-père faire du VTT.
Nous regardions les enfants faire des dessins dans le sable.

Il a laissé son jeune fils conduire la voiture.
J’ai envoyé les enfants chercher des glaces.

2. Ordre des mots

En général, dans les propositions in­fi­ni­tives dépendant d’un verbe de perception, on observe l’ordre normal SVO (p. 505), comme on le voit dans les exem­ples p. 671. Dans le cas de certains verbes intransitifs ou si le sujet est développé par une proposition, il peut y avoir inversion (voir le détail p. 507) :

Nous regardions tomber la pluie.
J’ai vu bouger tous ceux qui n’étaient pas d’accord.
Laissez partir les gens qui ont fini.

Si le verbe a un objet ou est déterminé par un adverbe, l’inversion est impossible :

Nous écoutions la pluie tomber sur le toit.
Nous regardions la pluie tomber violemment.
J’ai entendu quelqu’un crier mon nom.
Nous avons regardé Jacques changer la roue de la voiture.

3. Inversion après faire

Après le verbe faire, le sujet de l’in­fi­ni­tif est toujours inversé :

On a fait sortir les spectateurs de la salle.
La violence du choc avait fait s’évanouir le joueur.
Le personnage burlesque qu’il incarnait travesti en femme et avec force mimiques faisait se tordre de rire les téléspectateurs.

Si le verbe qui dépend de faire a un objet, l’inversion reste obligatoire. Le sujet du verbe qui dépend de fai­re est alors précédé de la pré­po­si­tion à :

J’ai fait écouter aux élèves une chanson de Souchon.
Vous ferez apprendre ce poème aux enfants.
Cette forme peut faire croire aux apprenants que la règle est plus compliquée qu’elle ne l’est en réalité.
Cette identité de forme a vraisemblablement fait penser aux auteurs que des explications supplémentaires n’étaient pas nécessaires.

Dans ces exem­ples, les mots élèves, enfants, apprenants sont les sujets logiques des verbes écouter, ap­pren­dre, croire.

Cet emploi systématique de à devant le sujet de l’in­fi­ni­tif dépendant de faire est tout à fait régulier et pour­tant il est en général très mal connu des apprenants FLE. On a ainsi relevé les cons­truc­tions erronées suivantes (comparer avec les exem­ples ci-dessus), dans lesquelles l’in­fi­ni­tive est construite sur le modèle des in­fi­ni­tives dépendant d’un verbes de perception :

Cette forme peut faire *les apprenants croire que la règle est plus compliquée qu’elle ne l’est en réalité.
[forme correcte : peut faire croire aux apprenants que...]
Cette forme identique a vraisemblablement fait *les auteurs penser que des explications supplémentaires ne sont pas nécessaires.
[forme correcte : a vraisemblablement fait penser aux auteurs que ...]